Politique

Noureddine Adam, François Bozizé et les espions… dans les coulisses de la crise centrafricaine 

Alors que les négociations de paix se poursuivent en Centrafrique, les services de renseignements angolais et soudanais ont proposé au gouvernement et aux groupes armés de signer de nouveaux engagements.

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Mis à jour le 19 novembre 2021 à 11:31

Noureddine Adam, leader du FPRC, en décembre 2017 © ALEXIS HUGUET/AFP

C’est dans le bureau de Noureddine Adam, au cœur de son quartier général de Khartoum, que s’est joué une partie des négociations de paix entre le gouvernement et les groupes armés centrafricains. Selon nos informations, le leader du Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC, membre de la Coalition des patriotes pour le changement) a reçu en août dernier les chefs des services de renseignements angolais et soudanais, Fernando Garcia Miala et Jamal Abdul-Majeed.

Lettre d’une page

Le maître-espion de Luanda était envoyé par le président João Lourenço, lequel est en première ligne dans la médiation autour de la crise centrafricaine, tandis que son homologue soudanais est une connaissance de longue date de Noureddine Adam. En 2018, pour préparer les accords de paix dits de Khartoum, les renseignements du Soudan avaient en effet déjà joué les intermédiaires auprès du chef rebelle centrafricain et en lien avec les Russes du groupe Wagner et son patron, Evgueni Prigojine,

Lors de cette réunion, Noureddine Adam s’est vu proposer de signer une lettre d’engagement d’une page, que Jeune Afrique a pu consulter, dans lequel il s’engageait à quitter sa position de leader du FPRC, à « renoncer à la voie armée », à appeler ses combattants à « baisser les armes » et à « respecter la souveraineté de l’État et l’intégrité territoriale de la République centrafricaine ». Mais il a refusé de parapher ce document, malgré les encouragements de ses invités angolais et soudanais.

L’accord de Bozizé

« Le président angolais nous a déjà demandé d’appliquer un cessez-le feu. Nous avons alors obtempéré et nous nous sommes repliés. Mais, de son côté, le gouvernement centrafricain n’a pas respecté sa parole et a continué à nous attaquer avec les mercenaires de Wagner. Nous n’avons plus confiance dans la démarche angolaise », explique un proche de Noureddine Adam, contacté par Jeune Afrique. Selon nos sources, Ali Darassa, chef de l’Unité pour la paix en Centrafrique, a également refusé de signer la lettre.

En revanche, le général Sembé Bobo, à la tête des 3R (Retour, réclamation et réhabilitation) a accepté, tout comme François Bozizé, coordinateur de la Coalition des patriotes pour le changement. L’ancien président vit actuellement en exil à N’Djamena, au Tchad, où il s’est installé avec l’accord des autorités locales et après des négociations menées par la diplomatie angolaise au titre de la Conférence internationale sur la région des Grands lacs et de la Communauté économique des États d’Afrique centrale – dont le président de la commission, Gilberto da Piedade Verissimo, est l’ancien directeur adjoint des services de renseignement angolais.