Économie

Nigeria-France : comment TotalEnergies s’appuie sur un richissime prince pour étendre sa présence

Le groupe pétrolier français est actuellement en négociation avec un milliardaire nigérian pour racheter les terres de ce dernier dans le sud du Nigeria. Révélations. 

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Mis à jour le 18 novembre 2021 à 19:01

Le prince nigérian, Arthur Eze. © FACEBOOK/ PRINCE ARTHUR EZE

La rencontre s’est faite en toute discrétion au cœur du seizième arrondissement de Paris. Le 11 novembre dernier, dans une suite du palace le Shangri-La, l’homme d’affaires nigérian Arthur Eze a rencontré durant deux heures le directeur Afrique de la branche d’exploration-production du géant pétrolier français TotalEnergies, le Franco-Gabonais Henri-Max Ndong-Nzue, en poste depuis le début du mois de septembre.

Fortune de six milliards

« Prince » Arthur Eze, patron et fondateur d’Atlas Oranto Petroleum, descend d’une famille de notables et chefs traditionnels à la tête de la communauté Ukpo, dans l’État d’Anambra – son frère, Sa Majesté royale Dr. Robert C. Eze (Okofia VI), est le chef actuel du « royaume ». Arthur Eze, dont la fortune avoisinerait les six milliards de dollars, envisage en effet de vendre une partie de ses terres, situées dans le sud du Nigeria – notamment dans son Anambra natal – à la multinationale française. Celle-ci espère quant à elle renforcer sa présence dans le pays, malgré la concurrence des majors américaines et britanniques.

Selon nos sources, l’Anambra, riche en pétrole brut, cherche actuellement à développer ses revenus pétroliers et à profiter du statut convoité d’« État producteur de pétrole », que le gouvernement nigérian lui a officiellement accordé en septembre. Le gouvernement local essaie d’obtenir depuis 2013 ce sésame fédéral, qui permettra à l’Anambra de se voir allouer au minimum 13 % des revenus pétroliers issus de ses terres, le reste allant à l’État fédéral.

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Arthur Eze, financier historique du People’s Democratic Party de Goodluck Jonathan (opposition) mais néanmoins proche du chef de l’État Muhammadu Buhari, a séjourné à Paris du 7 au 13 novembre dernier. Le président nigérian était alors lui aussi présent en France, où il a notamment participé au Forum de Paris sur la paix aux côtés d’Emmanuel Macron et de la vice-présidente des États-Unis, Kamala Harris.

Au Nigeria, TotalEnergies réalise l’essentiel de sa production en pleine mer (offshore), à partir de cinq permis (OML) sur les 33 permis dans lesquels la multinationale compte des participations. Le géant des hydrocarbures opère notamment l’OML 130, où la production du champ Egina a atteint plus de 200 000 barils d’équivalent pétrole par jour en 2019.

Le groupe français détient également des actifs sur terre (onshore) via la co-entreprise SPDC, « qui détient 19 permis de production (dont 16 situés onshore) à la suite de la cession des intérêts dans OML17 en janvier 2021 », rappelle TotalEnergies. En 2020, la production du groupe français au Nigeria a atteint 100 millions de barils d’équivalent pétrole, soit plus que ses extractions combinées en Angola (78 millions) et au Gabon (10 millions).