Économie

Guinée : les priorités de Lanciné Condé, nouveau ministre de l’Économie et des Finances

Ce connaisseur des rouages de l’économie guinéenne devra poursuivre les réformes engagées par l’ancien gouvernement tout en contournant un certain nombre d’écueils.

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Par - à Conakry
Mis à jour le 24 novembre 2021 à 15:32

Lanciné Condé est, depuis la fin d’octobre 2021, le ministre de l’Économie et des Finances de la Guinée. © Ministère de l’Economie, des Finances et du Plan Guinée/Facebook/DR

S’inscrire entre rupture et continuité. C’est le délicat point d’équilibre que doit trouver le nouveau ministre guinéen de l’Économie, des Finances et du Plan, Lanciné Condé. Si le putsch du 5 septembre a porté un coup d’arrêt aux réformes économiques engagées par l’ancien président, Alpha Condé, et si son tombeur, Mamadi Doumbouya, a promis la rupture, on assiste dans les faits à la reconduction, du moins partielle, de la politique des dernières années.

Les réformes pertinentes engagées doivent aboutir, les autres seront rectifiées

C’est dans ce contexte que doit se lire l’action du ministre, macroéconomiste de 48 ans, formé en Guinée et en France notamment, officiellement nommé à la fin d’octobre.

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Si son entourage évite le terme de « continuité », il admet néanmoins que toute l’action passée n’est pas à jeter. « Une belle réforme a été entamée, à savoir l’informatisation des comptes publics, avec l’appui technique du Fonds monétaire international (FMI) et le soutien financier de la Banque africaine de développement (BAD). Le matériel a déjà été commandé. Faut-il refuser ce projet mature parce qu’il y a eu un changement ? Non », confie ainsi un proche collaborateur du ministre. « Toutes les réformes entamées qui sont pertinentes doivent aboutir, et celles qui méritent d’être rectifiées le seront », ajoute-t-il, résumant la feuille de route de Lanciné Condé.

Capacité de travail

Ce dernier, marié et père de trois enfants, a bien failli ne pas obtenir ce poste. Selon nos informations, c’est Yaya Sow, finalement nommé ministre des Infrastructures et des Transports, qui avait les préférences du Premier ministre Mohamed Béavogui pour prendre la tête du stratégique portefeuille de l’Économie, des Finances et du Plan.

Le choix de Lanciné Condé a été appuyé par Facinet Sylla, ancien de la Banque centrale de Guinée et de la BAD, aujourd’hui administrateur suppléant au FMI et un moment pressenti pour être Premier ministre, qui a fait le déplacement à Conakry pour convaincre Mamadi Doumbouya de l’intérêt de « ne pas casser la dynamique économique » dont il a hérité, confie à Jeune Afrique une source ministérielle.

Nous devons renforcer nos fonctions de contrôle et rationaliser nos dépenses

Réputé pour sa rigueur et sa capacité de travail, Lanciné Condé connaît bien les rouages d’un ministère qu’il a intégré en 2006 en qualité de chargé d’études, après avoir dispensé des cours de macroéconomie à l’université Gamal-Abdel-Nasser de Conakry. Trois ans plus tard, il est nommé directeur national adjoint des études économiques et de la prévision avant, en 2016, d’être promu directeur avec l’arrivée de Malado Kaba à la tête du ministère (2015-2018).

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Par la suite, alors que Condé est pressenti pour être nommé comme représentant suppléant de la Guinée au FMI, Mamadi Camara, le successeur de Kaba au ministère, préfère le garder comme conseiller chargé des relations avec les partenaires au développement.

Diplomate

Condé finit pourtant par quitter brièvement le ministère (durant un an à partir d’octobre 2020), pour devenir conseiller spécial de GIZ, institution de coopération allemande, auprès de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) dans le cadre de la mise en œuvre de la vision 2050 de l’organisation sous-régionale. Un poste qu’il quitte à sa nomination comme ministre.

« C’est évident qu’il a été nommé par le président de la transition, reprend le proche de Condé. Il est également évident qu’il n’aurait pas été choisi si le Premier ministre y avait été fondamentalement opposé. » Dans son discours de prise de fonction, le 2 novembre, le nouveau ministre, en bon diplomate, a témoigné de sa reconnaissance envers les deux autorités, Mamadi Doumbouya et Mohamed Béavogui.

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« Nous devons renforcer nos fonctions de contrôle, rationaliser nos dépenses et améliorer leur impact sur le bien-être des populations. Le contrôle des marchés publics devrait être renforcé en coordination avec le Trésor et les services juridiques pour éviter des délais indus et favoriser la conformité avec les cahiers des charges », a-t-il insisté. « Les investissements publics souffrent encore des faiblesses signalées dans le dernier PIMA [Public Investment Management Assessment, évaluation menée par le FMI], cela devrait changer rapidement », a-t-il promis.

Coopération avec le Budget ?

Saluant la réunion de l’Économie, des Finances et du Plan en un seul ministère, l’entourage du ministre y voit un gage d’efficacité. « Les missions étaient éparpillées entre différents ministères et différentes directions, ce qui entraînait une rétention de l’information », commente-t-on.

Pour rappel, le gouvernement de Mohamed Béavogui comprend 25 ministères et deux secrétariats généraux contre près de quarante portefeuilles dans celui dirigé par son prédécesseur, Ibrahima Kassory Fofana. Dans l’ancienne mouture, le Plan et l’Économie étaient respectivement dirigés par Mama Kanny Diallo et Mamadi Camara.

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Comme dans de nombreux pays, le portefeuille du Budget demeure à part, dirigé par Moussa Cissé, cadre de la diaspora rappelé par l’ancienne administration en 2016, devenu juriste au cabinet de la présidence. Ce dernier et Lanciné Condé ont travaillé ensemble cinq ans au ministère de l’Économie, Cissé étant alors conseiller juridique. « Leurs relations sont réputées cordiales, ce qui présage une saine collaboration entre les deux », commente, optimiste, un ancien ministre d’Alpha Condé.

Réformer dans la continuité

Plusieurs voix plaident auprès de la junte pour assurer une certaine continuité de l’action économique. Ainsi, selon nos informations, Facinet Sylla, promoteur de Lanciné Condé à l’Économie, a aussi défendu auprès de Mamadi Doumbouya le maintien de Louncény Nabé comme gouverneur de la Banque centrale de Guinée. Madikaba Camara, ancien conseiller spécial d’Alpha Condé chargé des questions économiques et financières, est sur la même ligne. Dans une « note synthèse sur la situation économique et financière de la Guinée », transmise à Mamadi Doumbouya et consultée par Jeune Afrique, il insiste sur la nécessité de poursuivre les réformes engagées, dont l’audit des sociétés minières, de télécommunications, du secteur financier et bancaire, des contrats de production et de vente d’énergie thermique.