Politique

Mali : la Cedeao aurait-elle dû sanctionner Assimi Goïta et Abdoulaye Diop ?

Gel des avoirs financiers, interdiction de voyager… La Cedeao a frappé fort en sanctionnant près de 150 personnalités, mais a épargné pour l’instant le président de la transition et son ministre des Affaires étrangères.

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Mis à jour le 19 novembre 2021 à 12:10

Le colonel Assimi Goïta, le 24 août à Bamako avant une rencontre avec les représentants de la Cedeao. © Baba Ahmed/AP/SIPA

Dans l’avion qui le mène le jeudi 11 novembre à Moscou, le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, le sait : son pays est isolé sur la scène internationale et affaibli sur le plan sécuritaire, et le soutien de l’allié russe lui est plus que jamais indispensable. Quatre jours plus tôt, les chefs d’État et de gouvernement de la Cedeao se sont réunis en session extraordinaire à Accra, dans la capitale ghanéenne, et ont décidé d’adopter des sanctions ciblées contre les autorités de la transition et les membres du Conseil national de la transition (CNT).

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Et la Cedeao a décidé de frapper fort. Dans un document rendu public dès le 17 novembre au soir, le président de la Commission, Jean-Claude Brou, a communiqué la liste des personnes sanctionnées aux autorités de Bamako, aux États membres de la Cedeao et aux partenaires bilatéraux et multilatéraux du Mali.

Compte tenu de « l’absence d’un calendrier détaillé des activités pour la tenue des élections aux dates convenues [le 22 février 2022] » et constatant que «  les incertitudes politiques […] ont pour conséquences la détérioration de la situation sécuritaire au Mali, qui est de nature à compromettre la paix et la sécurité », la Cedeao a décidé d’interdire de voyage, dans la sous-région, le Premier ministre, Choguel Kokalla Maïga, ainsi que la quasi-totalité de son gouvernement et les 121 membres du CNT.

Les 150 personnalités politiques figurant sur cette liste voient également leurs avoirs financiers dans la zone gelés. Cela inclut leur patrimoine, leurs éventuels titres de propriété, mais aussi leurs actifs matériels ou immatériels et tous les dépôts d’argent effectués dans des banques.

Porte ouverte au dialogue

C’est la première fois que l’organisation sous-régionale sanctionne autant d’acteurs politiques de premier plan dans un même pays. Cette liste épargne néanmoins le président de la transition, Assimi Goïta, et Abdoulaye Diop. Si le nom du ministre malien des Affaires étrangères avait dès le départ été écarté, l’absence de ces personnages clés fait néanmoins réagir de nombreux observateurs. Pourquoi Goïta, qui est le chef d’orchestre de la transition, ne figure-t-il pas dans la liste ?

Selon les informations de Jeune Afrique, le président nigérien Mohamed Bazoum et le sénégalais Macky Sall avaient plaidé pour adopter une ligne ferme contre Assimi Goïta, lors du sommet du 8 novembre. Mais du fait de son statut de président de la transition, et dans le souci de maintenir le dialogue entre la Cedeao et Bamako, il avait été jugé préférable d’écarter le colonel putschiste de la liste.

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« Nous n’avons pas d’éléments d’appréciation à donner concernant les raisons qui ont poussé la Cedeao à écarter Assimi Goïta et Abdoulaye Diop, réagit une source diplomatique basée dans la sous-région. Toutefois, j’imagine qu’en agissant ainsi, la Cedeao a voulu laisser une porte ouverte pour que le dialogue se poursuive. »

« Goïta et Diop sont le visage du pays à l’échelle internationale, poursuit un ancien ministre qui exerçait dans le premier gouvernement de transition. Ils constituent l’élément de l’expression de la souveraineté internationale. C’est pour cette raison que la Cedeao ne les a pas sanctionnés. »

Réunion du Conseil paix et sécurité de l’UA

La Cedeao aurait-elle pu les sanctionner sous couvert de certaines dérogations, en définissant un périmètre d’exclusion les concernant ? « Non, répond notre interlocuteur. Le Mali est déjà exclu des instances politiques et juridiques de la Cedeao. Il ne peut déjà participer à aucun sommet ni siéger à la Cour de justice de la Cedeao. À la lecture des précédentes sanctions adoptées par l’organisation, leur décision est cohérente. »

Selon nos informations, une réunion du Conseil paix et sécurité de l’Union africaine est imminente. L’organisation panafricaine doit se réunir avant le prochain sommet de la Cedeao, qui se tiendra le 12 décembre, afin de statuer sur la marche à suivre concernant les sanctions contre Bamako.

De son côté, Paris, qui a fait un intense lobbying ces dernières semaines auprès de ses partenaires, semble avoir obtenu gain de cause. Au sortir d’une rencontre avec ses homologues européens le 15 septembre, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a annoncé que l’Union européenne (UE) allait emboîter le pas à la Cedeao et appliquer des sanctions contre l’État malien. Jusqu’à quand les autorités de la transition pourront-elles tenir ?