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FBL-AFR-2017-FEATURE-BLACK AND WHITE A picture shows a girl holding an umbrella as a man somersaults at a beach in Libreville on the sidelines of the 2017 Africa Cup of Nations football tournament on January 15, 2017.
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Gabon : 2023… c’est déjà demain, par Marwane Ben Yahmed

Riyad, Glasgow, Paris… Après avoir directement repris en main les rênes du pouvoir à Libreville, le président gabonais est de retour sur la scène internationale. Avec en perspective la présidentielle de 2023.

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Mis à jour le 7 décembre 2021 à 09:29
Marwane Ben Yahmed

Par Marwane Ben Yahmed

Directeur de publication de Jeune Afrique.

Ali Bongo Ondimba à Libreville, le 21 juin 2021, à l’issue de son discours devant les membres du Parlement, le premier depuis cinq ans © WEYL LAURENT/Gabon Presidency/AFP

Riyad, fin octobre 2018. C’était il y a trois ans. Un accident vasculaire cérébral, une vie suspendue à un fil. Ali Bongo Ondimba (ABO) est un miraculé, il le sait. Si son AVC avait eu lieu ailleurs, chez lui à Libreville, voire au Tchad, où il devait se rendre le lendemain de sa visite officielle en Arabie Saoudite, il ne serait sans doute plus de ce monde. La célérité de sa prise en charge, surtout, et la qualité des soins prodigués l’ont sauvé.

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Paris, mi-novembre 2021. Le chef de l’État gabonais est reçu par son homologue français Emmanuel Macron. Sur le perron de l’Élysée, ABO peine à grimper les sept marches de pierre qui le séparent de l’entrée officielle. La faute à cette jambe droite qui rechigne toujours à lui obéir et le contraint à se déplacer difficilement, à son rythme, avec une canne. Dans les rangs de ses opposants ou de ses détracteurs, on ricane.

La vidéo tourne en boucle sur les réseaux sociaux, voilà bien la preuve, disent-ils, que le président est affaibli, qu’il ne dispose plus de tous ses moyens. Ce dernier n’en a cure. Il aurait pu refuser d’être filmé. Accepter la proposition qui lui a été faite par la présidence française de lui éviter ce calvaire en passant par une autre entrée, et d’être reçu dans un salon plus proche et non dans le bureau de Macron. Il a refusé net et a tenu à suivre le protocole habituel.

ABO tient désormais directement les rênes de son pouvoir. L’objectif final est clair : sa réélection en 2023

Après trente-six mois de rééducation intensive, de séance d’orthophonie quotidienne et de régime draconien (il s’est délesté d’une quarantaine de kilos), il mesure le chemin parcouru. Il se souvient qu’il fut mutique, paralysé de tout le côté droit et cloué dans un fauteuil roulant. Alors cette satanée jambe, ces mots qu’il cherche parfois trop longtemps à son goût ou cette langue qui fourche sans prévenir…

Retour à la normale

L’entretien avec le chef de l’État français a, en tout cas, confirmé une chose, évidemment essentielle : la tête fonctionne comme avant. Les deux hommes ont longuement discuté, très peu de relation bilatérale, nettement plus des multiples dossiers africains dans l’actualité (sécurité au Sahel, Mali, Guinée, Tchad, etc.), exercice dont raffole ABO. Voilà bien longtemps que l’on n’avait vu le président gabonais sur la scène internationale. Il s’est longtemps contenté de recevoir ses hôtes de marque chez lui, au Palais du bord de mer ; voilà qu’il vient d’enchaîner une tournée qui l’aura mené en Arabie saoudite, en Écosse pour la COP26, au Maroc puis en France.

Sur la scène intérieure, la reprise en main d’ABO est également perceptible. Exit le coordinateur général des affaires présidentielles, son fils aîné Noureddin. Les mauvaises langues y ont vu une éviction aux allures de sanction, comme tant d’autres auparavant touchant les pièces maîtresses de l’échiquier présidentiel : les Maixent Accrombessi, Liban Soleman, Frédéric Bongo, Étienne Massard et consorts. Il n’en est rien. La mission harassante du « CGAP », courroie de transmission et watch dog du « Patron », est achevée, c’est tout. Et Noureddin reprend une place qu’il affectionne, dans l’ombre, mais toujours aux côtés de son père.

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Retour à la normale, donc, au Palais du bord de mer. ABO tient désormais directement les rênes de son pouvoir. L’objectif final est clair, même si lui-même ne l’avouera pas, en tout cas pas tout de suite car il n’y a aucun intérêt : sa réélection en 2023. Face à une opposition pour l’instant affaiblie et divisée, dont les têtes d’affiche que sont Alexandre Barro Chambrier, Guy Nzouba Ndama et Paulette Missambo se préparent chacun de leur côté à la compétition, alors que Jean Ping a totalement disparu des écrans radars et qu’aucun nouveau protagoniste n’émerge, le couteau est à double tranchant. Même si, dans ce pays relativement riche à l’échelle du continent, on devient président avec seulement quelque 200 000 voix, ABO sait pertinemment que l’élément le plus déterminant de la campagne à venir sera son bilan et la perception qu’en auront les Gabonais. Les attentes sont légion et le temps presse : il ne reste qu’une petite vingtaine de mois avant la grande échéance…