Politique

Sénégal : pourquoi Barthélémy Dias a-t-il été arrêté ?

Pour la deuxième fois en une semaine, l’opposant et candidat à la mairie de Dakar a été brièvement interpellé par les autorités ce mercredi. Il a finalement été libéré en début d’après-midi, a confirmé son avocat.

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Par - à Dakar
Mis à jour le 17 novembre 2021 à 17:53

Barthélémy Dias, maire de Mermoz-Sacré-Coeur © SYLVAIN CHERKAOUI pour JA

À ce rythme-là, il risque d’avoir du mal à faire campagne. L’opposant Barthélémy Dias a été interpellé mercredi 17 novembre en fin de matinée par la police de Dieppeul alors qu’il partait « à la rencontre des populations », selon ses équipes. « Il a été relâché, il est rentré chez lui », a confirmé son avocat Khoureychi Ba à Jeune Afrique en début d’après-midi.

Son cortège avait été stoppé par la police à Sicap Liberté 1, non loin de son domicile. Le candidat a alors décidé de continuer sa tournée à pied, avant d’être vigoureusement empoigné par les services de sécurité. Après avoir été retenu au commissariat de Dieppeul, il a été conduit au commissariat central de Dakar. Il a ensuite été relâché par les forces de l’ordre.

Arrestation « brutale »

Le responsable départemental de la coalition Yewwi Askan Wi (YAW) pour Dakar, le maire Cheikh Guèye, a dénoncé la « brutalité » et la « célérité » avec laquelle le cortège de Barthélémy Dias a été arrêté. « On ne peut permettre qu’un candidat, maire de surcroît, soit traité de la sorte. On ne peut pas interdire à un citoyen de faire valoir un droit garanti par la Constitution. »

Il avait déjà été retenu par la police durant plusieurs heures avec Ousmane Sonko et Malick Gakou

Si aucun appel à manifester n’avait été lancé par l’opposition, les rues du centre-ville étaient néanmoins quadrillées par les services de sécurité dans la matinée. Le programme « dox mbokk », une campagne de porte-à-porte pour la région de Dakar, avait ainsi débuté dans la commune du maire ce matin, et devait continuer jusqu’à l’avenue Petersen, à deux pas de Dakar-Plateau. Le but : « informer les citoyens de la tenue d’un meeting le 21 novembre prochain » par les responsables départementaux de la coalition YAW.

Il y a tout juste une semaine, le maire de Mermoz-Sacré-Cœur avait déjà été retenu plusieurs heures au camp de police Abdou Diassé. Il y avait été conduit en compagnie de l’opposant Ousmane Sonko et de Malick Gakou, tous trois leaders de YAW dans la perspective des élections locales du 23 janvier prochain. Les responsables politiques étaient alors en route vers le tribunal, où Barthélémy Dias était convoqué plus tôt dans la matinée.

Le maire socialiste est actuellement sous le coup d’une procédure judiciaire en appel dans l’affaire de l’attaque de sa mairie, en décembre 2011, au cours de laquelle un jeune homme avait trouvé la mort. Condamné à deux ans de prison en 2017 pour « coups mortels », il doit être entendu par la justice le 1er décembre prochain.

Sanction ou harcèlement ?

Mercredi 10 novembre, l’avocat des responsables politiques avait été notifié de leur arrestation et s’était rendu au camp Abdou Diassé. Une fois sur place, après un échange musclé avec certains policiers, ils avaient finalement été relâchés, sans qu’aucune charge ne soit retenue à leur encontre. Leur avocat avait alors dénoncé une « prise d’otage sans rançon ». Des débordements avaient été rapportés un peu plus tôt à la sortie d’une conférence de presse de la coalition YAW, qui s’était tenue sur la VDN de Dakar.

Ils ont eu ce qu’ils voulaient : l’empêcher de circuler au Plateau et l’arrêter de façon préventive sans aucune notification

Ce 17 novembre encore, personne n’est en mesure de dire pour quelles raisons le maire a été détenu par la police. Son avocat dénonce une campagne de « harcèlement » et une « violation inadmissible des droits [de son client] ». « Ils ont eu ce qu’ils voulaient : l’empêcher de circuler au Plateau et l’arrêter de façon préventive sans aucune notification », dénonce Khoureychi Bâ.

La préfecture de Dakar a néanmoins publié un communiqué dans la journée de mercredi, en évoquant « la tenue, par certains acteurs politiques, de caravanes, cortèges, défilés et rassemblements non déclarés, sur la voie publique ». « Les manifestations sur la voie publique sont soumis à l’obligation d’une déclaration préalable. Le non-respect de ces dispositions expose les auteurs aux sanctions prévues par les lois et règlements en vigueur », a fait savoir l’autorité administrative.

Cela ne fait pas décolérer les proches de Barthélémy Dias. « Avec ce régime-là, les interpellations sont totalement arbitraires. On ne peut pas parler d’arrestation mais de séquestration », ajoute le responsable de sa communication, Pape Konaré. Les partisans de l’opposant ont ainsi fait remarquer que le candidat de la majorité, le ministre Abdoulaye Diouf Sarr, avait réuni ses militants et distribué des flyers dans le centre-ville de Dakar sans que cela n’entraîne aucune intervention des forces de l’ordre.