Économie

Échanges internationaux : Ramsess, futur Erasmus africain ?

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Mis à jour le 19 décembre 2021 à 17:28

Présentation du projet Ramsess aux étudiants de l’université libre de Tunis, lors de la rentrée 2021. © Nadia Guendouz / Sawssen Ben Chaabane

Lancé par le Tunisien Kaïs Mabrouk, ce réseau rassemblant huit établissements francophones privés se veut la réplique du célèbre programme interuniversitaire de l’Union européenne. Les institutions du continent ont également engagé des initiatives similaires.

Le programme d’échange interuniversitaire Erasmus a bénéficié à près de 4,4 millions d’étudiants depuis sa création, en 1987. Un succès qui fait au sud de la Méditerranée des envieux, désireux d’un système similaire sur le continent. Côté institutionnel, l’Union africaine (UA), l’Agence universitaire de la francophonie (AUF) et l’Association des universités africaines (AUA) ont lancé plusieurs initiatives pour que les jeunes aient l’occasion d’étudier dans un autre pays du continent (lire encadré ci-dessous).

Ramsess (le Réseau africain pour la mobilité scientifique des étudiants Sud-Sud), première initiative privée du genre, a été mise en route par Kaïs Mabrouk. Ancien directeur du développement international de Honoris United Universities, actuellement directeur général adjoint de Bouebdelli Education Group, ce Tunisien a fédéré huit établissements privés africains francophones autour de ce projet ambitieux.

Parmi les membres pionniers de Ramsess, on compte les écoles de commerce et de management – BBS Business School (Gabon), MDI Alger et l’IME de Douala –, l’École de droit et de sciences politiques Akadémia (Sénégal), l’École d’architecture d’Abidjan, ainsi que plusieurs établissements pluridisciplinaires – l’Université libre de Tunis (ULT), l’Université privée de Fès (UPF) et l’Université Kofi-Annan de Conakry.

Mobilité sans frontières

Inspiré d’Erasmus, Ramsess vise à donner aux jeunes la possibilité d’effectuer un échange académique pour renforcer leurs connaissances, leurs compétences et leur employabilité. Le réseau va s’ouvrir à des candidats au départ venus des établissements partenaires – qui comptent à eux tous 15 000 étudiants –, mais il démarrera très modestement au premier semestre 2022, avec une première promotion de 40 à 80 jeunes en échanges interuniversitaires.

Tout est à construire mais dans une dynamique libre et indépendante

« Ramsess encouragera la mobilité étudiante, mais aussi celle des enseignants et du personnel administratif, explique Kaïs Mabrouk. Nous prévoyons également un partage des cours en ligne des universités membres sur tout le réseau. Tout est à construire, mais dans une dynamique libre et indépendante », fait valoir le responsable éducatif tunisien.

« La mobilité internationale est à la fois une priorité et un positionnement stratégique de notre établissement. L’efficacité d’un séjour académique d’études ou d’un stage à l’étranger n’est plus à prouver. C’est l’occasion rêvée de découvrir d’autres modes d’apprentissage, de s’ouvrir à des cultures différentes, de pratiquer une langue étrangère au quotidien, de se dépasser et de nouer de solides relations », affirme quant à lui le Marocain Mohamed Aziz Lahlou, président de l’Université privée de Fès. Le réseau de huit établissements entend se développer par cooptation d’autres universités ou écoles privées, francophones dans un premier temps.

Le budget de Ramsess est pour le moment à la discrétion des universités et des écoles associées : les étudiants seront exonérés des droits de scolarité, et les membres pionniers – dont l’ULT et l’UPF – ambitionnent d’offrir des bourses spécifiques. Pour gonfler les promotions partant étudier dans un autre pays africain et améliorer leurs conditions de vie, Ramsess compte solliciter la Banque africaine de développement et l’Union africaine.


Les initiatives panafricaines institutionnelles

L’Agence universitaire de la francophonie (AUF) encourage les mobilités académiques sur le continent auprès de ses 400 membres africains. De 2001 à 2021, 5 417 bourses ont été accordées à des étudiants pour qu’ils suivent leur cursus dans un pays francophone, dont les bénéficiaires les plus nombreux ont été, dans l’ordre, les ressortissants du Cameroun, de la Tunisie, de Madagascar, du Sénégal et de l’Algérie.

Soutenu conjointement par l’Union africaine et l’Union européenne, l’Intra-Africa Academic Mobility Scheme (IAAMS) comprend différents programmes d’échanges interuniversitaires ciblés par thème, notamment autour des formations médicales et de la gestion de l’eau. De 2012 à 2018, 1 255 Africains ont pu bénéficier de ce programme, dont 722 étudiants en master et 187 professeurs.

Le dernier projet conjoint de l’Association des universités africaines (AUA) avec la Cedeao intitulé « Nnaldi Azikiwe Academic Mobility Scheme » (en l’honneur du premier président du Nigeria), centré sur les filières scientifiques, a profité à 50 étudiants en master et 25 doctorants de 2015 à 2018.