Politique

Russie-France : Emmanuel Macron à l’offensive pour faire barrage à Wagner au Mali

Le 15 novembre, le président français a discuté avec Vladimir Poutine de l’arrivée de Wagner au Mali. Un sujet qu’il a aussi abordé avec Roch Marc Christian Kaboré, Mohamed Bazoum, Mahamat Idriss Déby Itno, ainsi qu’avec Kamala Harris ces derniers jours.

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Mis à jour le 16 novembre 2021 à 17:11

Vladimir Poutine et Emmanuel Macron, en janvier 2020 à Berlin. © EMMANUELE CONTINI/Getty Images via AFP

Si, lors de leur entretien téléphonique, il a essentiellement été question de la crise migratoire à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne, Emmanuel Macron et Vladimir Poutine ont également abordé le dossier Wagner au Mali. Comme au cours de leurs précédentes discussions sur le sujet, le président français a plaidé contre l’arrivée des mercenaires russes à Bamako et répété qu’un tel scénario aurait de graves conséquences.

Son homologue russe a, une nouvelle fois, repris ses éléments de langage : Wagner est une société privée qui répond à une logique de marché et que le Kremlin ne contrôle pas. Mais à Paris, on continue à prendre au sérieux l’hypothèse d’un débarquement de l’entreprise au Mali.

Inquiétudes partagées

Aux yeux des responsables français, la junte au pouvoir à Bamako a vraiment l’intention de conclure un tel accord – en particulier le colonel Sadio Camara, le ministre de la Défense. « Même si, lorsqu’elles en discutent avec les Russes, les autorités maliennes se rendent compte que ce dossier est plus compliqué qu’il n’y paraît et qu’il a un vrai coût politique et financier », précise une source élyséenne.

Le 12 novembre, il avait déjà été question de Wagner et du Mali lors d’un mini-sommet consacré à la situation au Sahel, organisé à l’Élysée en marge du Forum de Paris sur la paix. Roch Marc Christian Kaboré, Mohamed Bazoum et Mahamat Idriss Déby Itno avaient alors été conviés par Emmanuel Macron. Aucun officiel malien ni mauritanien n’avait en revanche fait le déplacement dans la capitale française.

Les trois chefs d’État sahéliens ont alors pointé l’affaiblissement de leur partenariat sécuritaire avec Bamako. Alignés sur la position de la Cedeao, ils ont aussi exprimé leurs inquiétudes sur l’éventuelle venue de Wagner au Mali. Des préoccupations dont ils ont fait directement part à Assimi Goïta ou à Sadio Camara, comme la plupart des autres présidents ouest-africains.

La question du bataillon tchadien de la force conjointe du G5 Sahel basé à Téra, au Niger, a par ailleurs été abordé. Celui-ci est sous-employé ces dernières semaines, notamment en raison de problèmes de soutien logistique. Macron, Bazoum, Kaboré et Déby Itno ont donc convenu de trouver des solutions pour le remettre en ordre de bataille.

Enfin, Emmanuel Macron a discuté du Sahel le 11 novembre avec Kamala Harris, qu’il a longuement reçu à l’Élysée. La vice-présidente américaine a redit la disponibilité des États-Unis à œuvrer dans la région, en particulier en matière de renseignement. La question d’un soutien de l’ONU au G5 Sahel, auquel Washington est opposé, a aussi été abordée par le président français et son hôte.

Le 15 septembre, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a annoncé que l’Union européenne (UE) va emboîter le pas à la Cedeao et appliquer des sanctions contre l’État malien. « Il y a une volonté commune de décider du cadre juridique de sanctions qui seront mises en œuvre contre la société Wagner et ceux qui travaillent avec elle », a-t-il ajouté.