Politique

RDC : dix choses à savoir sur Tommy Tambwe, l’ex-rebelle qui veut désarmer ses anciens compagnons

Félix Tshisekedi a choisi ce natif du Sud-Kivu pour diriger le programme Désarmement, démobilisation et réinsertion. Mais son passé d’ancien rebelle, et sa proximité avec le M23, soupçonné de vouloir reprendre le combat, suscitent la polémique.

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Par - à Kinshasa
Mis à jour le 17 novembre 2021 à 12:03

Tommy Tambwe, lors de sa conférence de presse à la présidence. © DR

1. Nomination controversée

Sa nomination, en août dernier, à la tête du Programme de désarmement, démobilisation et réinsertion des anciens combattants a donné lieu à une vive polémique. Tommy Tambwe Ushindi a en effet assumé des positions centrales dans la hiérarchie de groupes armés qui se sont rendus coupables de crimes et de violations des droits de l’homme.

Très critique à son égard, le Dr Denis Mukwege, prix Nobel de la Paix 2018, a estimé que sa nomination « encourag[eait] tous les autres criminels qui sont encore dans la forêt à continuer à tuer, violer, détruire parce qu’ils savent qu’un jour la stratégie de destruction les amènera au pouvoir ou les conduira à occuper des postes dans l’administration, l’armée [et] la police. » Ces dernières semaines, le spectre de la résurgence du Mouvement du 23 mars (M23), dont Tambwe fut l’un des cadres, est venu raviver la polémique.

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2. Grande famille

Fils de Selemani Rudima et de Zaina Mbungo, né dans  le 14 avril 1964 à Uvira, Tommy Tambwe Ushindi est membre d’une famille d’agriculteurs et d’éleveurs très connue du clan des Batumba, au sein de la chefferie Bavira, dans le Sud-Kivu.

3. À l’école de Kadhafi

Il est âgé d’une vingtaine d’années lorsqu’il rejoint la Mathaba International, l’école de guerre – militaire et politique – créée par Kadhafi au début des années 1980 et dirigée alors par Moussa Koussa, chef du « bureau d’exportation de la révolution » (il  sera parmi les premiers caciques du régime à lâcher le « Guide » libyen). Tambwe y apprend les techniques de guérilla, une formation mâtinée d’idéologie « révolutionnaire » et anti-impérialiste.

4. Avec les « tigres » de Mbumba

De retour au Congo au début des années 1990, il reprend ses études. En 1992, il sort de l’Institut de criminologie de Kinshasa avec une licence en poche, avant de rejoindre les anciens « tigres » du Front national de libération du Congo (FNLC), mouvement katangais du général Nathanaël Mbumba. Ce dernier, incarcéré depuis 1979 au Zaïre après avoir été expulsé d’Angola où il s’était réfugié à la suite de l’offensive des parachutistes français sur Kolwezi, est remis en liberté à la faveur de la conférence nationale qui s’ouvre en 1990. Il fait alors de Tommy Tambwe Ushindi son secrétaire particulier.

5. Dans les rangs du SNIP…

Au milieu des années 1990, Tambwe rejoint les rangs du Service national d’intelligence et de protection (SNIP), un organe placé sous l’égide de la présidence et né de la fusion de l’Agence nationale de documentation et de l’Agence nationale de l’immigration. Il y officie comme analyste politique au sein du cabinet de l’administrateur directeur général.

6. … et du RCD

De 1996 à 2000, il est chargé de la « sécurité intérieure » au sein de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), le groupe rebelle qui a porté Laurent-Désiré Kabila au pouvoir. Il rejoint ensuite le Rassemblement congolais pour la démocratie-Goma (RCD-Goma).

En 2002, à l’issue de la deuxième guerre du Congo, il est nommé vice-gouverneur du Sud-Kivu pour le compte du RCD, avant de devenir, en 2005, le conseiller défense et sécurité d’Azarias Ruberwa, alors vice-président dans le cadre de la transition politique dite du « 1+4 », qui voit Joseph Kabila partager le pouvoir avec Ruverwa, Jean-Pierre Bemba et Arthur Z’ahidi.

7. Proche du M23

Les années suivantes, Tambwe occupe des responsabilités au sein de l’Alliance pour la libération de l’est du Congo (Alec), un groupe armé créé par des Banyamulenge luttant pour « l’indépendance du Kivu », très proche du RCD et, comme ce dernier, soutenu par Kigali.

L’Alec entretient également des liens serrés avec le M23. Tambwe, un temps membre du cabinet de Jean-Marie Runiga, le chef politique du M23, participera activement aux négociations de paix entre le M23 et le gouvernement congolais qui se tiennent à Kampala, en 2013.

8. Reconversion

Ex-homme des services de renseignement, ex-rebelle, ex-vice-gouverneur, Tambwe entame alors une carrière dans la résolution de conflits. De 2014 à 2019, il travaille pour l’antenne ougandaise de la Global Peace Foundation, une organisation américaine d’obédience chrétienne créée par le fils de Sun Myung Moon, qui n’est autre que le fondateur de la « secte Moon ». Dans ce cadre, il est notamment intervenu dans le Rwenzori, région située en Ouganda, à la frontière avec la RDC.

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9. Des projets en RDC

Pendant la même période, il est le coordonnateur pour la province de l’Ituri du Bureau d’études pour la paix et le développement, fonction qu’il cumule en outre avec un poste de professeur assistant à l’Institut supérieur de développement rural, au sein de l’université de Bunia-Ituri (2017-2018).

Fin 2019, il est consultant pour le mécanisme de suivi de l’accord cadre d’Addis-Abeba, où il œuvre au rapprochement entre cette structure technique de la présidence congolaise et l’ONG Interpeace – dont est membre Alan Doss, ancien patron de la Monusco.

10. Rencontre avec Tshisekedi

S’il est longtemps resté dans l’ombre, Tambwe travaille en fait avec Félix Tshisekedi depuis 2018. Les deux hommes se sont rencontrés à Bruxelles, via à un « ami commun », et s’étaient « promis de travailler ensemble à l’avenir », assure l’entourage de l’ex-rebelle.

Jusqu’à sa nomination, en août dernier, il faisait office de conseiller officieux du chef de l’État sur les questions sécuritaires. Le président congolais lui avait notamment demandé de plancher sur l’élaboration d’une stratégie de pacification et de stabilisation de l’est du pays.

Trois mois après sa nomination à la tête du programme DDR, et alors que l’armée congolaise évoque le spectre d’une résurgence du M23, le chantier semble plus que jamais ouvert.