Politique

Libye : Khalifa Haftar annonce sa candidature à la présidentielle

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Mis à jour le 16 novembre 2021 à 15:58

Khalifa Haftar s’est porté mardi 16 novembre candidat à la présidentielle de décembre 2021. © AFP

L’homme fort de l’Est de la Libye, Khalifa Haftar, s’est porté mardi 16 novembre candidat à la présidentielle de décembre, deux jours après Seif el-Islam Kadhafi.

« Je déclare ma candidature à l’élection présidentielle, non pas parce que je cours après le pouvoir mais pour conduire notre peuple en cette période cruciale vers la gloire, le progrès et la prospérité », a lancé le maréchal Haftar dans un discours retransmis en direct le 16 novembre depuis Benghazi, son fief. Après cette déclaration, il s’est rendu dans un bureau de la Haute Commission électorale (HNEC) pour déposer sa candidature.

Le 22 septembre, le maréchal Haftar, 77 ans, s’était provisoirement retiré de ses fonctions à la tête de l’autoproclamée Armée nationale libyenne (ANL), comme le stipule la loi électorale, pour pouvoir se présenter à la présidentielle le 24 décembre. La loi électorale en question, dénoncée par les détracteurs du maréchal Haftar comme taillée sur mesure pour lui, lui permet d’être candidat à la présidentielle et de pouvoir retrouver son poste militaire s’il n’était pas élu.

Après l’échec retentissant de son offensive contre Tripoli lancée en avril 2019 – ses troupes avaient été repoussées en juin 2020 par les forces rivales aidées par la Turquie -, c’est donc par les urnes que le maréchal cherche à conquérir le pouvoir.

« Un tournant »

« La Libye se trouve aujourd’hui à un tournant. Soit elle opte pour la liberté et l’indépendance, soit pour la corruption et le chaos », a déclaré le maréchal Haftar lors de son allocution.

Selon Wolfram Lacher, spécialiste de la Libye de l’institut allemand SWP, les forces dirigées par le maréchal « sont de loin les principaux auteurs de crimes de guerre depuis 2014 et elles pourraient recourir à la violence pour influer sur les élections ».

La candidature du maréchal Haftar survient deux jours après celle de Seif el-Islam Kadhafi, recherché par la Cour pénale internationale pour « crimes contre l’humanité ».

Haftar « reste un personnage controversé et contesté par une grande majorité dans l’Ouest »

Pour son discours de candidature, Khalifa Haftar a troqué son uniforme militaire lesté d’insignes pour un costume cravate bleu foncé. Les médias acquis à sa cause s’y réfèrent désormais comme « Monsieur Khalifa Haftar », sans mention de son grade militaire.

Personnage controversé

Son échec à conquérir la capitale a été suivi de la signature d’un cessez-le-feu en octobre 2020 et, surtout, de l’installation en mars 2021 sous l’égide de l’ONU d’un gouvernement chargé de mener la transition d’ici les élections de décembre.

Pour Khaled al-Montasser, professeur en relations internationales à l’Université de Tripoli, même en s’imposant sur le plan politique, Haftar « reste néanmoins un personnage controversé et contesté par une grande majorité dans l’ouest et le sud du pays ». Il sera « difficile de faire accepter un processus électoral qui l’amène au pouvoir », a-t-il affirmé à l’AFP.

Devant un rassemblement de jeunes lundi soir à Tripoli, le chef du gouvernement intérimaire, Abdulhamid Dabaiba, a évoqué de « gros problèmes » autour des lois électorales adoptées unilatéralement par le Parlement de l’Est, réputé pro-Haftar, faisant savoir qu’il annoncerait, « le moment venu », s’il compte se présenter ou pas.

Avec AFP