Politique

Azali Assoumani : « Il est temps pour les Comores de revenir sur la scène internationale »

En visite à Paris, après avoir fait étape à Glasgow et Dubaï, le président Azali Assoumani veut convaincre les investisseurs de revenir dans son pays, lequel a plutôt bien résisté à la crise économique engendrée par la pandémie de Covid-19.

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Mis à jour le 23 novembre 2021 à 17:45

Le président des Comores, Azali Assoumani, le 13 novembre 2021. © Vincent Fournier pour JA

Parti des Comores le 30 octobre, Azali Assoumani a multiplié les escales. Il s’est d’abord rendu à Glasgow pour assister à la COP26, puis à Dubaï, où il a pu admirer le stand des Comores à l’exposition universelle, avant d’arriver à Paris le 11 novembre, où se tenait le Forum sur la paix. Autant d’opportunités pour le chef de l’État de mettre en avant son pays auprès des investisseurs internationaux, avec l’espoir de relancer un processus de développement passablement grippé depuis l’irruption du Covid-19.

Avant de repartir pour Moroni, Azali Assoumani a accepté de recevoir Jeune Afrique dans sa suite de l’hôtel Westminster, à Paris, pour revenir sur les principaux dossiers qui font l’actualité de son pays, du dernier remaniement ministériel à la relance économique de l’archipel, sans oublier la qualification historique de l’équipe nationale de football pour la CAN 2022.

Jeune Afrique : Pour la première fois depuis le début de la pandémie, vous quittez votre pays deux semaines pour participer à plusieurs grands rendez-vous internationaux. C’est le moment de redonner un peu de visibilité aux Comores ?

Azali Assoumani : Tout à fait. L’arrivée du Covid-19 a brisé notre dynamique. Nous sortons d’une période difficile, mais toutes les conditions sont aujourd’hui réunies pour que notre pays puisse reprendre sa marche en avant. Il est temps aujourd’hui pour les Comores de revenir sur la scène internationale pour montrer ses potentialités. L’exposition universelle de Dubaï, que je viens de visiter, constitue à cet égard une vitrine parfaite de ce que nous avons à proposer économiquement et culturellement.

Dubaï est également un bon endroit pour trouver des investisseurs internationaux…

Tous ceux qui souhaitent investir aux Comores sont les bienvenus. Beaucoup de choses nous lient par ailleurs aux pays de cette région et nous entretenons avec eux de très bons rapports. Nous avons beaucoup à apprendre d’eux et nous avons leur soutien. J’ai ainsi pu m’entretenir avec le prince Mohammed Ben Zayed et avec plusieurs ministres des Émirats Arabes Unis. Tous ont confirmé qu’ils nous accompagneraient.

À nous de convaincre les investisseurs qu’ils peuvent revenir travailler en toute sécurité aux Comores

En décembre 2019, vous étiez à Paris pour présenter le Plan Comores Émergent aux principaux bailleurs internationaux, publics et privés, qui avaient promis de décaisser plus de quatre milliards de dollars. Quelques mois plus tard, la pandémie démarrait…

… Et plombait la dynamique enclenchée. Nous avons néanmoins continué à avancer grâce aux 750 millions de dollars que nous avons pu récupérer au début de l’année 2020 et qui ont été essentiellement investis dans les énergies renouvelables. La Banque mondiale nous a aussi apporté son soutien durant cette période délicate, ainsi que la France, et au final les Comores ont été l’un des rares pays du continent à traverser la pandémie en conservant une croissance positive l’année dernière. Le Covid-19 est certes toujours présent, mais nous ne pouvons pas attendre qu’il disparaisse pour repartir de l’avant.

Avec ce voyage, vous essayez donc de relancer cette dynamique rompue auprès des bailleurs ?

Avec d’autant plus de force que nous disposons de projets connus et validés par la communauté internationale depuis 2019. Nous devrions donc être en mesure de redémarrer rapidement. À nous de convaincre les investisseurs qu’ils peuvent revenir travailler en toute sécurité aux Comores. C’est ce que nous avons fait à Dubaï et nous prévoyons à terme d’en faire de même dans d’autres pays, tels que le Kenya ou l’Afrique du Sud.

Le départ précipité fin 2020 du groupe Duval, qui avait repris la gestion de la Banque de développement des Comores (BDC) un an plus tôt, ne risque-t-il pas de ternir l’image du pays auprès des investisseurs potentiels ?

C’est pourquoi nous devons communiquer pour montrer que c’est Duval qui n’a pas tenu ses engagements et que notre place financière est saine. En décidant d’exclure Duval, nous avons montré au secteur privé en général que l’État comorien entend travailler dans le respect des lois établies et de la parole donnée.

Est-ce avec cet agenda économique en tête que vous avez décidé de remanier votre gouvernement le 26 août dernier ?

La précédente équipe était en place depuis cinq ans, il était temps d’apporter un peu de renouveau. J’attends beaucoup de la jeune génération qui arrive avec un regard frais et avec une énergie nouvelle. Il s’agit d’un changement de personnel, tout à fait normal, mais pas d’un changement de politique.

La Banque mondiale nous a classé l’an dernier parmi les pays à revenu intermédiaire [PRI] et je compte poursuivre dans cette voie, malgré le contexte, grâce à cette nouvelle équipe. Ce remaniement doit nous permettre de relancer notre stratégie d’émergence. Il ne reflète pas une crise politique.

Personne n’a le monopole de l’opposition

Et le dialogue national auquel vous venez de convier l’opposition ?

Ce dialogue n’intervient pas dans les mêmes circonstances que le précédent, qui avait été recommandé lors des assises nationales de 2018 et qui a abouti à une nouvelle Constitution l’année suivante. Ce premier dialogue, très large, avait favorisé de nombreux changements dans le pays et il est dommage que l’opposition s’obstine à ne pas vouloir le reconnaître.

Avec ce nouveau dialogue, il s’agit cette fois de préparer, ensemble, les échéances électorales à venir : la présidentielle et les gouvernorales en 2024, puis les législatives en 2025.

Comment a réagi l’opposition à votre invitation ?

Personne n’a le monopole de l’opposition chez nous. Il y a des opposants, et nous discuterons avec ceux qui accepteront de venir. Un coordinateur a été nommé, en accord avec l’ONU et l’UA, et je suis confiant quant à la possibilité de démarrer le processus dès janvier 2022.

Est-ce important d’avoir l’UA à votre côté ?

C’est à la fois le témoin et la caution de ce dialogue. La présence des experts de l’UA dans sa préparation va crédibiliser les débats, avec l’objectif d’obtenir un consensus sur des dossiers aussi importants que le fonctionnement de la commission électoral ou le redécoupage électoral.

Pas de nouvelles réformes à attendre concernant le rythme de la présidence tournante entre les trois îles de l’archipel ?

Certains articles pourront peut-être être modifiés, mais pas question de revenir au rythme de quatre ans non renouvelable, qui prévalait jusqu’en 2018. Que peut-on faire en quatre ans ?

Les Comores ne sont pas un royaume, mais un État de droit

Que répondez-vous à ceux qui estiment que votre priorité est de préparer votre fils, Nour El Fath, aujourd’hui votre très proche conseiller, à prendre votre succession ?

Que les Comores ne sont pas un royaume, mais un État de droit, avec des règles à respecter.

Comment expliquez-vous que votre prédécesseur, Ahmed Abdallah Sambi, inculpé pour corruption en 2018, soit toujours en résidence surveillée sans avoir été encore jugé ?

Il faut le demander à la justice. Aux Comores, elle est indépendante et c’est à elle de décider du sort de Sambi.

Pour Emmanuel Macron, Mayotte est française et pour moi, elle est comorienne

À Paris, avez-vous pu vous entretenir avec les autorités françaises de certains dossiers bilatéraux, comme la question de Mayotte ?

J’ai échangé avec le président Macron lors de la cérémonie officielle du 11-Novembre, mais je n’ai pas pu m’entretenir en tête-à-tête avec lui.

Concernant Mayotte, nous sommes tous les deux d’accord pour accepter que cette question soit un contentieux entre nos deux pays. Pour lui, Mayotte est française et pour moi, elle est comorienne. Et cela ne changera pas, tant les quatre îles de l’archipel sont liées entre elles, par la culture, le sang, la religion. La priorité aujourd’hui est de nous concentrer sur ce qui nous unit, dans le sport, la culture, mais aussi sur la sécurité dans l’Océan indien, où la France joue plus que jamais le rôle de puissance régionale.

Eric Zemmour s’est dernièrement dit prêt à rendre Mayotte aux Comores. Comment réagissez-vous ?

Je sais qu’il ment et surtout qu’il ne sera jamais élu.

Symbole de cette union au sein de l’archipel, l’équipe nationale de football, les Cœlacanthes, est qualifiée pour la première fois à la CAN, avec en son sein des joueurs mahorais. Allez-vous vous rendre au Cameroun en janvier pour supporter l’équipe ?

C’est historique pour notre sélection et je compte bien faire le déplacement pour soutenir les Cœlacanthes. Tout le pays est derrière eux et, quand ils gagnent, tout le monde fait la fête. Y compris à Mayotte.


La réponse du groupe Duval 

Suite à la publication de l’interview du président Azali Assoumani, Éric Duval, président du groupe bancaire éponyme, nous a adressé un droit de réponse dont nous publions ici l’essentiel.

« Nous regrettons vivement les allégations de M. Azali qui s’inscrivent en contradiction avec la plus évidente réalité des faits. Finafrica, filiale du groupe Duval, a rapidement contribué à redresser et largement redynamisé la Banque de développement des Comores (BDC) au service de l’économie comorienne…

… Notre décision de retrait de ce pays repose, cela est de notoriété publique et a été démontré, sur le fait que la gouvernance prédatrice du pays s’est révélée incapable de se conformer à ces strictes exigences de compliance et de transparence avec lesquelles nous ne transigeons pas et à clairement chercher à nous spolier. L’annonce de notre décision de départ fut d’ailleurs communiquée aux représentants français du Trésor et du ministère des Finances, ainsi que de l’ambassade de France aux Comores et du ministère des Affaires étrangères. »