Politique

Algérie : pourquoi le ministre Amar Belhimer a été limogé

Abdelmadjid Tebboune a remercié son ministre de la Communication le 11 novembre, à quelques jours de l’ouverture du procès de son fils, Boumédiène Belhimer, pour trafic de drogue. Mais d’autres motifs auraient pesé sur la décision.

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Par - à Alger
Mis à jour le 16 novembre 2021 à 10:27

Ammar Belhimer, en mars 2021 © AFP

Aucune explication officielle n’a été donnée après l’éviction brutale et inattendue, en pleine campagne électorale pour l’élection des Assemblées populaires communales (APC) et de wilayas (APW), du ministre algérien de la Communication. Mais son limogeage intervient à quelques jours de l’ouverture, le 28 novembre, du procès de son fils, soupçonné d’être impliqué dans une affaire de trafic de drogue.

En poste depuis janvier 2020, Amar Belhimer cède sa place à Mohamed Bouslimani, un ancien haut cadre du ministère. En juillet, lors de l’installation d’un nouveau gouvernement à l’issue des législatives, il faisait partie des « rescapés » de l’équipe précédente – la moitié de l’effectif avait été maintenue –, mais il avait perdu en cours de route son poste de porte-parole du gouvernement, supprimé de l’organigramme des membres de l’exécutif.

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Près d’un kilo de drogue

Lors du mini-remaniement ministériel du 11 novembre, Abderrahmane Lahfaya, ministre du Travail et de la Sécurité sociale en poste depuis quatre mois, a également été remplacé par le wali d’Alger, Youcef Cherfa. Le ministre de l’Agriculture Abdelhamid Hemdani cède lui sa place à Mohamed Abdelhafid Henni. Mais le départ le plus commenté reste celui du ministre de la Communication.

La drogue traitée était dissimulée dans une voiture du ministère de la Communication

Aucun prélude n’est venu annoncer l’éviction de Amar Belhimer, ancien enseignant en droit public et fondateur de quatre journaux, défenseur zélé des décisions et positions officielles les plus impopulaires. Plusieurs sites internet réputés critiques du pouvoir ont ainsi été bloqués sous son autorité. En tant que porte-parole du gouvernement, Amar Belhimer était également réputé pour sa constante négation de l’existence de détenus d’opinion en Algérie.

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Mais l’incarcération de son fils, Boumédiène Belhimer, a sans doute alourdi le dossier du désormais ex-ministre. En novembre 2020, lors d’un contrôle de routine sur l’autoroute Est-Ouest, au niveau de la commune de Oued Rhiou, dans la wilaya de Relizane, la brigade de sécurité et d’intervention de la gendarmerie nationale avait saisi près d’un kilo de drogue traitée dissimulée dans une voiture officielle du ministère de la Communication conduite par un chauffeur de ce département. Arrêté lui aussi et placé en détention provisoire à la prison Belhacel, ce dernier avait fini par avouer l’implication de Boumédiène Belhimer.

Transition numérique trop lente

D’aucuns ont voulu voir dans le limogeage du ministre la conséquence de cette affaire pour le moins gênante. Mais selon nos informations, il serait surtout reproché à Amar Belhimer sa lenteur dans l’exécution du projet présidentiel de transformation du paysage médiatique et de développement de la presse électronique. Une semaine avant son limogeage, l’ex-ministre de la Communication soutenait lors de l’inauguration d’une exposition du quotidien El Moudjahid autour de la guerre d’indépendance que « les journaux en format papier vont disparaitre » au profit d’une transition numérique. Mais alors que plus de 140 accusés de réception de déclarations de sites internet ont été déjà remis durant le premier semestre de l’année en cours, l’élaboration des lois relatives à la publicité, à l’information et à l’audiovisuel accuse beaucoup de retard.

Amar Belhimer a été au cœur du début de brouille entre Paris et Alger

En avril 2021, Amar Belhimer a également été au cœur du début de brouille entre Paris et Alger, reprochant à mots couverts à l’ambassadeur de France François Gouyette de rencontrer des activistes du Hirak. « Je crois qu’il ne ratera pas ces précieuses opportunités grâce à sa grande expérience et sa connaissance des limites et des règles de la pratique diplomatique, notamment en Algérie, qui, le cas échéant, n’hésitera pas à prendre les mesures nécessaires pour corriger la situation » avait-il alors déclaré au média Arabic Post.