Politique

RDC : à peine ouvert, le procès Matata Ponyo se referme

Ce 15 novembre, la Cour constitutionnelle qui devait juger l’ancien Premier ministre de Joseph Kabila et ses co-accusés s’est déclarée incompétente. L’affaire Bukango Lonzo pourrait donc ne jamais être tranchée par le justice.

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Par - avec Anna Sylvestre-Treiner
Mis à jour le 15 novembre 2021 à 13:04

Augustin Matata Ponyo, alors Premier ministre de la RDC, à Kinshasa, le 14 octobre 2014. Augustin Matata Ponyo, Premier Ministre de la R√©publique d√©mocratique du Congo, pose dans son bureau √† Kinshasa le 14 octobre 2014. / Augustin Matata Ponyo, Prime Minister of the Democratic Republic of Congo, is posing in his office in Kinshasa on October 14th, 2014. © Gwenn DUBOURTHOUMIEU pour JA

Ce devait être un procès emblématique mais, à peine ouvert, il a fait « pshitt ». Ce lundi 15 novembre, en une audience d’une quarantaine de minutes seulement, le juge a annoncé que la Cour constitutionnelle se déclarait incompétente pour juger Augustin Matata Ponyo et ses deux co-accusés. Le dossier est donc désormais clos au sein de cette juridiction. Elle ne jugera pas l’ancien Premier ministre de Joseph Kabila.

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« La Cour constitutionnelle vient de redorer l’image de la justice congolaise. Le dossier pour nous est clos. C’est fini », s’est réjoui Me Laurent Onyemba, l’avocat d’Augustin Matata Ponyo, à la sortie de l’audience.

Vide juridique

Dès l’ouverture des débats, le 8 novembre, les avocats de la défense avaient contesté la compétence de cette juridiction. Si la Cour constitutionnelle est chargée de juger les présidents et Premiers ministres en exercice, rien ne dit explicitement qu’elle est légitime une fois qu’ils ont quitté leurs fonctions. « Il y a un vide juridique, souligne Me Onyemba. C’est ce que la Cour constitutionnelle a aujourd’hui constaté. »

Selon l’IGF, 205 des 285 millions de dollars débloqués par le Trésor public ont été détournés

Augustin Matata Ponyo sera-t-il un jour jugé pour ce qui constitue l’un des scandales retentissants de l’ère Kabila ? Nul ne le sait pour l’instant. C’est au Parquet que revient désormais la tâche de se tourner éventuellement vers une nouvelle juridiction. « Le ministère public va voir comment il peut réorienter son action. Ce sera peut-être devant la Cour de cassation », suppose Jacquemain Shabani, l’avocat du Sud-Africain Christo Grobler, l’un des co-accusés, sans cacher « [sa] satisfaction » de voir le procès s’arrêter.

La débâcle Bukanga Lonzo

Quelques heures à peine de débat et seulement trois audiences, qui se sont concentrées sur des questions formelles, n’auront donc pas permis d’en savoir plus sur les responsables de la débâcle du projet « Bukanga Lonzo ». Ce parc agro-industriel situé à quelque 200 km à l’est de Kinshasa devait être l’un des projets phares de la présidence Kabila et du mandat de Matata Ponyo, Premier ministre de 2012 à 2016.

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Il était le fer de lance du Plan national d’investissement lancé en 2013, qui devait relancer la production agricole dans six provinces à l’horizon 2020. On évoquait alors la perspective de millions de tonnes de maïs et de légumes. Rien de tel n’est arrivé.

Patrice Kitebi, et Christo Grobler sont eux aussi libres de toute poursuite

La réalité est bien moins flamboyante que les promesses. Un rapport dressé l’année dernière notait les « sacs d’engrais périmés, les machines endommagées, les terrains non cultivés ». Et selon l’Inspection générale des finances (IGF), 205 des 285 millions de dollars débloqués par le Trésor public ont été détournés.

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C’est en tant qu’ « auteur intellectuel » de ces délits qu’Augustin Matata Punyo devait être jugé. L’ancien ministre des Finances, Patrice Kitebi, et Christo Grobler, l’un des administrateurs d’Africom, la société sud-africaine associée au projet, sont eux aussi libres de toute poursuite.

Laissant planer l’éventualité d’une candidature à l’élection présidentielle de 2023, Matata Ponyo dénonce depuis toujours un « procès politique ».