Politique

Mali : « Ce n’est pas avec des élections qu’on résoudra la crise »

Ibrahima Ikassa Maïga, ministre de la Refondation, défend la tenue des assises nationales, déjà décriées par une partie de la classe politique.

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Par - à Bamako
Mis à jour le 15 novembre 2021 à 17:09

Ibrahim Ikassa Maïga, ministre de la Refondation au Mali. © Capture d’ecran Kayes – TV/YouTube

Ibrahima Ikassa Maïga est un pilier du gouvernement de Choguel Kokalla Maïga. Preuve en est, le ministre de la Refondation de l’État s’est vu confier la délicate mission d’organiser les assises nationales de la refondation prévues du 20 au 26 décembre mais qu’une partie de la classe politique a prévu de boycotter, les percevant comme un moyen dispendieux, pour la transition, de jouer les prolongations.

L’équipe de Choguel Maïga jure au contraire que ce rendez-vous sera une étape clé pour jeter les bases d’un nouvel État. Ibrahima Ikassa Maïga a reçu Jeune Afrique dans son bureau de la cité administrative de Bamako pour défendre ces assises décriées.

Jeune Afrique : Les autorités maliennes ont annoncé que les élections ne se tiendraient pas le 27 février 2022, comme cela était prévu, ce qui a poussé la Cedeao à prendre des sanctions. Quel chronogramme se donne le gouvernement de transition ?

Ibrahima Ikassa Maïga : Pour comprendre les enjeux actuels, il convient de se remémorer les conditions dans lesquelles notre gouvernement s’est formé, notamment la contestation qui a conduit à la chute d’Ibrahim Boubacar Keïta. Après quelques mois de navigation à vue, le M5-RFP a été approché par la junte militaire pour définir la vision du peuple. Celle-ci a été traduite en Plan d’action de gouvernement (PAG) pour répondre à trois besoins majeurs : la sécurité, la réforme de l’État et la justice.

Pour traduire tout cela en actions concrètes, dont l’aboutissement ultime sera de jeter les bases du redressement de l’État, il est nécessaire de créer un débat national. C’est pour cela que nous avons proposé d’organiser des assises nationales de la refondation. Celles-ci vont permettre de nourrir le débat de tous les diagnostics et de toutes les propositions faites par les Maliens ces dernières années.

Ces assises sont contestées par une partie de la classe politique. Quels sont les points de blocage ?

C’est à ceux qui les contestent de nous le dire. Ils ne nous donnent pas d’arguments objectifs. Les considérations individuelles dans cette lutte pour refonder l’État sont peu de choses. Nous ne nous arrêterons pas sur des états d’âme personnels.

Ces assises doivent servir à envisager les reformes nécessaires pour établir un nouveau système de gouvernance. Elles n’ont pas vocation à éteindre une crise politique ou sociale, mais à bâtir un nouvel État. Il est vrai que la volonté politique de mettre en œuvre les reformes avait jusqu’à présent toujours manqué. C’est pourquoi nous avons proposé d’assortir les résolutions qui seront adoptées lors de ces assises d’un caractère exécutoire. Il ne s’agit pas d’imposer quoi que ce soit à qui que ce soit, mais de donner confiance aux citoyens.

Travaillez-vous à obtenir un consensus sur leur tenue ? 

Oui. Les autorités ont décidé de mettre en place des organes dédiés à ces assises, en l’occurrence le panel des hautes personnalités et la Commission nationale d’organisation. Leur mission est de parvenir à un consensus afin d’obtenir la participation de chacun.

Certains estiment toutefois que le Premier ministre Choguel Maïga est trop clivant pour parvenir à rassembler

Que ne diraient pas certains dans ce pays  ? Quand il s’est installé en juin, avant même la constitution de son gouvernement, c’est au pas de charge que Choguel Maïga a rencontré toutes les forces politiques, syndicales et religieuses. On lui a même reproché d’avoir rencontré trop de gens…

Je ne pense pas que le Mali trouve une solution à la crise que le pays traverse grâce à des élections

Des propositions ont été formulées pour exclure de ces assises certains sujets, comme la durée de la transition, les élections et la candidature des dirigeants de la transition. Que répondez-vous à ces suggestions  ?

La charte de la transition est claire : les tenants actuels du pouvoir, c’est-à-dire le président, le Premier ministre et les membres du gouvernement n’ont pas vocation à se présenter aux échéances présidentielle et législatives. Je ne pense pas que ce soit un problème. Je ne pense pas non plus que le Mali trouve une solution à la crise que le pays traverse grâce à des élections.

Il faut avant tout affronter avec courage la crise structurelle à laquelle l’État fait face pour résoudre les problèmes constitutionnels et institutionnels, de gouvernance, d’organisation de l’administration, d’accès aux services sociaux de base, mais aussi les questions de citoyenneté. Ce qui compte pour nous, c’est ce qu’on fait d’ici aux élections pour installer des institutions légitimes et fiables. Les assises nationales sont le meilleur moyen pour y parvenir.

Notre Constitution a montré ses limites. Il est nécessaire de la reformer

Des assises locales auront lieu dans les prochains jours en amont des rencontres nationales. Dans certaines régions où l’insécurité est forte, pourront-elles avoir lieu ?  

Nous allons dresser la cartographie des zones où les assises pourront se tenir. S’il est impossible de les organiser dans certaines localités, il faudra alors que les délégués de ces zones se retrouvent dans des localités plus sûres pour tenir les débats, afin que tous les points de vue soient pris en compte. Mais, déjà, le travail de sécurisation du territoire national est en cours.

Un responsable de parti a déclaré que si les assises peuvent être organisées au niveau des communes, alors on peut aussi y tenir des élections. Que lui répondez-vous ?

Que ce sont deux choses qui ne sont pas comparables. Nous avons dit que cent personnes par commune pourraient participer aux assises. C’est tout à fait différent que d’organiser des élections mobilisant l’ensemble de la population.

La révision de la Constitution sera l’un des sujets évoqués. Faut-il seulement la modifier ou aller vers une nouvelle République ?

Notre Constitution a montré ses limites. Il est nécessaire de la reformer pour l’adapter aux réalités. Les assises seront l’occasion de débattre de la teneur des réformes à adopter. Tout le monde est convaincu que les dispositions constitutionnelles doivent être réadaptées à nos besoins.