Politique

Libye : le grand retour des Kadhafi

L’événement était attendu depuis plusieurs semaines : le fils de Mouammar Kadhafi, Seif el-Islam, a déposé sa candidature à la présidence libyenne ce 14 novembre, dans la ville de Sebha.

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Mis à jour le 18 novembre 2021 à 11:36

Seif el-Islam Kadhafi, candidat à la présidentielle libyenne prévue le 24 décembre. © DR

Il est arrivé au centre électoral de Sebha à grand renfort de klaxons et toutes sirènes hurlantes : après dix ans d’éclipse politique, Seif el-Islam Kadhafi a déposé son dossier de candidature à la présidence libyenne le 14 novembre. Il lui a également été délivré sa carte d’électeur.

Retour de Béchir Saleh

Le fils « préféré » de l’ancien « Guide » avait prévu d’annoncer sa candidature quelques jours plus tôt, mais la perspective de la Conférence de Paris du 12 novembre l’a incité à repousser la date de dépôt de son dossier de candidature afin de ne pas perturber le rendez-vous. Lequel a abouti à un communiqué commun appelant « à la pleine mise en œuvre de l’accord de cessez-le-feu […] et à la tenue des élections présidentielle et législatives le 24 décembre 2021 ».

L’annonce de la candidature du rejeton de Mouammar Kadhafi a été accompagnée de scènes de liesse dans le pays, en particulier à Sebha et Tobrouk, où le drapeau vert du régime précédent a été brandi. Surtout, elle est quasiment concomitante du retour au pays de Béchir Saleh, l’argentier de Mouammar Kadhafi et ex-patron du Libyan African Investment Portfolio, après dix ans d’exil, toujours à Sebha.

Le cousin de Mouammar Kadhafi, Ahmed Kadhaf al-Dam, toujours installé au Caire, et qui avait permis le ralliement de nombre de kadhafistes à Khalifa Haftar, s’est exprimé pour soutenir Seif el-Islam. L’annonce de la candidature de ce dernier est incontestablement un coup dur pour le maréchal.

Il ne reste plus que ce dossier à la CPI, il est normal qu’elle s’y accroche », balaie son entourage

Seif el-Islam devrait s’exprimer dans les prochains jours et annoncer la création d’un parti. Reste que ses démêlés judiciaires risquent de compliquer sa campagne. Il est notamment réclamé par la Cour pénale internationale (CPI) pour des allégations de crime contre l’humanité durant la répression de la révolte de 2011. « Le mandat d’arrêt de la CPI reste en vigueur et n’a pas changé », a ainsi confirmé Fadi al-Abdullah, porte-parole de la CPI dans la foulée de l’annonce.

« Désormais incontournable »

Une perspective qui n’inquiète pas outre mesure l’entourage de Seif el-Islam. « Il ne reste plus que ce dossier à la CPI, il est normal qu’elle s’y accroche », balaie ainsi son entourage. Qui confirme que son dossier a bien été accepté par la Commission électorale. Un rapprochement avec le Premier ministre, Abdulhamid Dabaiba, qui a déjà eu l’occasion de travailler avec Seif el-Islam Kadhafi sous l’ancien régime, est en cours.

Alors que des contacts ont déjà été établis avec l’Élysée, l’ex-attaché de défense de l’ambassade de France à Tripoli Benoît de La Ruelle a estimé dans un post publié sur le réseau LinkedIn que Seif el-Islam Kadhafi est « désormais incontournable dans le jeu politique libyen ». Pour l’entourage du fils Kadhafi, il ne subsiste plus de doute sur le fait que la candidature de Kadhafi est acceptée par la France.