Politique

Procès Sankara : Diendéré, victime autoproclamée

Mis à jour le 12 novembre 2021 à 17:09
Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Damien Glez © Damien Glez

Droit dans ses rangers, Gilbert Diendéré a nié toute implication dans l’assassinat de Thomas Sankara. À l’audience, il s’est déclaré « non coupable », et même victime…

Sur les événements du 15 octobre 1987 qui coûtèrent la vie au président burkinabè Thomas Sankara et douze de ses compagnons, tout semblait avoir été su et rien n’avait été formellement dit. Dans l’esprit du Burkinabè lambda –volontiers autoproclamé sankariste –, les responsabilités semblaient établies.

« Faire dire » est sans conteste l’enjeu principal du procès actuel qu’on n’espérait plus, tant il semblait ancré dans une historicité moins contemporaine que l’assassinat du journaliste Norbert Zongo, en 1998. De témoignages en reconstitutions journalistiques, parfois sur le simplissime mode du « à qui profite le crime », tout semblait transparent sur le rôle présumé et la présence supposée, le jour J, de Blaise Compaoré, Hyacinthe Kafando, Arzouma « Otis » Ouédraogo ou Gilbert Diendéré. Tout ?

Aplomb spectaculaire

Ces derniers jours d’audience ont permis d’assister aux auditions contradictoires du colonel-major à la retraite Jean-Pierre Palm et approximative de l’ex-chauffeur militaire Yamba Élysée Ilboudo. Du fretin si menu, dans le casting du procès, que personne ne s’émeut outre mesure de quelque arrangement avec la vérité. Mais quand apparut la star du feuilleton judiciaire, le 9 novembre, les auditions prirent des allures de climax.

En l’absence du bénéficiaire du putsch – Compaoré exilé – et de ceux qui firent vraisemblablement feu – Kafando en fuite et « Otis » neutralisé –, la vedette du prétoire reste Gilbert Diendéré. Au moment des faits, ce dernier était chef de corps adjoint du Centre de formation commando (CNEC, dont étaient issus les assaillants) membre de la division information du Haut Commandement des forces armées populaires et responsable de la sécurité du « Conseil de l’entente », lieu des assassinats du 15 octobre 1987.

Il vaut mieux entendre certaines choses que d’être sourd : « la quatorzième victime », c’est ce que le général aurait failli être, si l’on en croit sa déclaration sous serment. « Boîte noire » des turpitudes du régime qui suivit le coup d’État, Diendéré affiche un aplomb spectaculaire en se proclamant victime potentielle devant les familles de victimes effectives.

Désarmé et inconscient ?

Non coupable des chefs d’attentat à la sûreté de l’État, complicité d’assassinat, recel de cadavre et subornation de témoins ? Le scénario de l’accusé vedette est simplissime : s’il s’est effectivement retrouvé sur les lieux du drame – intrigué par les déflagrations –, ce serait juste après la mort de Sankara, en tenue de sport et avec un niveau d’information nul sur le complot.

Diendéré explique qu’ils n’étaient que des humains bien naturellement tétanisés par cette violence

Désarmé, inconscient de « qui était avec qui », il aurait donc subi l’événement. Dédouanant au passage Blaise Compaoré, il explique qu’un membre du commando lui aurait indiqué avoir pris l’initiative d’une arrestation de Sankara malencontreusement achoppée. Quid de ceux qui étaient censés intercepter les assassins ? Diendéré explique qu’ils n’étaient que des humains bien naturellement tétanisés par cette violence…

Le calme légendaire du général, grand échalas socialement affable, frise l’énigme. Comment pouvait-il être à ce point droit dans ses bottes qu’il ne chercha pas à fuir avec les autres compaoristes, à l’insurrection populaire de 2014 ? Comment pouvait-il être à ce point stoïque qu’il incarna – il nie en être à l’origine – le putsch absurde et avorté de 2015, qui le conduira en prison pour une vingtaine d’années ?

Si on lui posait la question, « Golf » (surnom du général) répondrait sans doute que ne fuient, ne complotent et ne troquent leur jogging que ceux qui ont des choses à se reprocher. Tout est simple au pays de Diendéré…