Société

Mohamedou Ould Slahi : « Après 14 ans de détention à Guantanamo, j’ai choisi le pardon »

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Mis à jour le 14 novembre 2021 à 11:13

Tahar Rahim dans le film « Désigné coupable », tiré du récit de Mohamedou Ould Slahi. © Tobis Film

Arrêté au lendemain du 11-Septembre et considéré à tort comme un responsable d’Al-Qaïda, le Mauritanien Mohamedou Ould Slahi a été torturé et emprisonné jusqu’en 2016. Le récit qu’il a fait de sa captivité vient d’être adapté au cinéma. Entretien.

Soupçonné d’être une tête pensante d’Al-Qaïda, Mohamedou Ould Slahi a passé quatorze ans à Guantanamo, sans que le gouvernement américain produise la moindre preuve contre lui.

Isolement, torture, sévices sexuels : il était l’un des prisonniers pour lesquels Donald Rumsfeld, alors secrétaire à la Défense, avait approuvé un programme d’« interrogatoire renforcé ». Durant sa captivité, cet ingénieur électricien mauritanien a pris la plume pour raconter son quotidien.

Publiés en 2015 et traduits dans 19 langues, ses Carnets de Guantanamo jettent une lumière crue sur l’horreur de ce camp de détention extra-judiciaire, quintessence des dérives de la guerre contre le terrorisme.

Depuis sa libération, en 2016, Mohamedou Ould Slahi se consacre à l’écriture pour défendre le pardon, la liberté et l’État de droit. Son histoire vient d’être adaptée au grand écran dans le film Désigné coupable, avec Tahar Rahim dans son rôle. Jeune Afrique l’a rencontré à Dubaï, sur le site de l’Expo 2020, où il est le parrain du pavillon mauritanien.

Jeune Afrique : Vous avez passé quatorze ans à Guantanamo, sans procès et sans que le gouvernement américain produise la moindre preuve de votre culpabilité. Vous avez été torturé, humilié, menacé. Après une telle expérience, vous pourriez être amer, en colère, déprimé. Pourtant, vous avez choisi le pardon. Pourquoi ?

Mohamedou Ould Slahi : J’ai vu la mort en face, et c’est dans ce genre de moment que vous réalisez ce qui compte vraiment dans la vie. Avant Guantanamo, j’ai été détenu huit mois en Jordanie [au quartier général des services de renseignement jordaniens, à Amman, qui, après le 11-Septembre, a servi de prison secrète à la CIA, NDLR].