Politique

Maroc : qui est Nabila Rmili, maire de Casablanca et démissionnaire du gouvernement ?

Cette native de la Ville blanche a créé la polémique en cumulant son poste de maire de Casablanca avec celui de ministre de la Santé. Sous la pression, elle a dû renoncer à ses fonctions gouvernementales.

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Mis à jour le 15 novembre 2021 à 08:30

Nabila Rmili a été élue en septembre à la tête du Conseil de la ville de Casablanca. © DR

« Mme Rmili, une compétence dont nous sommes fiers et que nous estimons, a fait la preuve de son sens des responsabilité en considérant que les dossiers aujourd’hui sur la table du Conseil de la ville de Casablanca sont importants et prioritaires et exigent d’elle de s’y consacrer pleinement ». Par ces mots, le chef du gouvernement Aziz Akhannouch officialisait, le 14 octobre, le retrait de Nabila Rmili de son poste de ministre de la Santé, afin qu’elle puisse s’atteler entièrement à sa fonction de maire.

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Née dans la Ville blanche en 1974, Nabila Rmili est médecin généraliste de formation. Sa carrière débute au sein des urgences du Centre hospitalier provincial de Ouazzane. Puis elle se lance dans des fonctions plus administratives, comme lors de son passage au ministère de la Santé en tant que déléguée à la préfecture d’arrondissement Casablanca-Anfa. Elle devient ensuite directrice régionale de la santé de Casablanca-Settat en 2017.

Une nomination surprise

Encartée au Rassemblement national des indépendants (RNI), elle a par ailleurs exercé dans plusieurs postes à responsabilité au sein du parti. Une source qui l’a fréquentée lorsqu’elle était membre du bureau politique la décrit comme « courageuse et grande bosseuse », très impliquée dans la politique de terrain. Pourtant, sa nomination au ministère de la Santé en a surpris quelques-uns, qui n’ont pas manqué de rappeler son limogeage du poste de déléguée régionale de la santé après avoir été mise en cause pour sa gestion de la crise sanitaire.

Le 20 septembre 2021, Nabila Rmili est élue présidente du Conseil communal de Casablanca, et devient ainsi la première femme maire de la capitale économique. Les événements vont alors s’accélérer puisqu’une quinzaine de jours plus tard, elle est nommée ministre de la Santé et de de la Protection sociale dans le nouveau gouvernement d’Aziz Akhannouch. Une consécration, à 47 ans.

Sur les réseaux sociaux, beaucoup dénoncent l’impossibilité d’assurer à la fois la gestion chronophage d’une ville aussi importante que Casablanca tout en étant à la tête d’un ministère

Mais rapidement, son arrivée suscite une levée de boucliers dans l’opinion publique ; on lui reproche de cumuler cette nouvelle fonction avec celle pour laquelle elle a été élue à peine quelques jours auparavant. Très vite, une campagne médiatique s’organise pour réclamer qu’elle effectue un choix entre le Conseil communal de Casablanca et son poste de ministre. Sur les réseaux sociaux, beaucoup dénoncent l’impossibilité d’assurer la gestion chronophage d’une ville aussi importante tout en étant à la tête d’un ministère.

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« Prise de conscience »

Alors qu’aucune mesure législative ne la contraignait juridiquement à quitter son poste (une loi organique stipule qu’il n’existe « pas de contradiction entre une fonction gouvernementale et la présidence du Conseil de la commune »), Nabila Rmili se résout à trancher en faveur de sa fonction de maire, abandonnant ainsi son poste au ministère une semaine jour pour jour après sa nomination. Le portefeuille échoit à son prédécesseur, Khaled Ait Taleb.

Le communiqué royal fait état d’une prise de conscience de « la charge de travail de cette mission représentative », et de la difficulté à concilier ses engagements avec « le suivi quotidien que nécessite le secteur de la santé, surtout en cette période de pandémie ».

Il n’est cependant pas interdit de s’interroger sur le fait que la question du cumul ne semble se poser que dans le cas de Nabila Rmili. De fait, d’autres membres du nouveau gouvernement cumulent leurs fonctions de ministre avec celle de maire d’une grande ville. C’est le cas d’Aziz Akhannouch lui-même et de Fatima-Zahra Mansouri, pour ne citer qu’eux, respectivement maires d’Agadir et de Marrakech, villes se trouvant à plusieurs centaines de kilomètres de Rabat, où ils exercent leurs fonctions ministérielles.

Une version officielle et des questions

Pour le politologue Mustapha Sehimi, la version officielle du départ de Nabila Rmili cache ce qui s’apparenterait plutôt à un limogeage. En réalité, certaines des décisions prises alors qu’elle venait tout juste d’entrer en fonction auraient conduit à son départ précipité. « En limogeant l’inspecteur général de la Santé ainsi que d’autres directeurs d’administrations, puis en étant à l’origine de fuites dans la presse concernant des marchés du ministère, elle s’est décrédibilisée », analyse Sehimi.

Le politologue rappelle également que lors de son passage à la direction régionale de Casablanca, elle avait suscité plusieurs interrogations quant à sa gouvernance. Son mari s’était notamment fait élire troisième vice-président de la municipalité de Casablanca, avant de démissionner… dix jours plus tard.

Son limogeage quelques jours à peine après sa nomination l’a fragilisée et pose la question de sa crédibilité, estime Sehimi

Aujourd’hui, Nabila Rmili revient en poste à Casablanca avec « un coefficient négatif », selon Sehimi, qui estime que « son limogeage quelques jours à peine après sa nomination l’a fragilisée et pose la question de sa crédibilité ». Et d’ajouter que « son parcours très éloigné des problèmes économiques et sociaux de Casablanca lui rendra difficile la tâche de mener des grandes réformes et de présider sereinement le conseil municipal ».

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A posteriori, on s’interroge sur le fait que ni la principale intéressée ni son entourage n’ait anticipé les critiques que provoqueraient immanquablement le cumul de ses fonctions. « Le Docteur Rmili a toujours nourri l’ambition de devenir ministre de la Santé, après avoir occupé le poste de directrice régionale », note une source proche du RNI. Elle y sera parvenue, le temps d’une semaine.