Économie

Air Algérie ciblée par une commission d’enquête sur le prix exorbitant des billets

Confrontée à des difficultés financières aggravées par la pandémie de Covid-19, la compagnie publique va être auditionnée par une commission d’enquête mise en place le 3 novembre par le gouvernement afin d’étudier la structure des tarifs de ses billets, jugés exorbitants.

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Mis à jour le 15 novembre 2021 à 11:08

Un Boeing 737 d’Air Algérie à l’aéroport d’Orly. © Laurent GRANDGUILLOT/REA

La polémique enfle sur la toile depuis le 28 août, date de l’entrée en vigueur du nouveau programme de dessertes aériennes. Les Algériens résidant à l’étranger se plaignent de ne pas pouvoir venir au pays voir leurs proches à cause de la cherté des billets d’avion et du nombre insuffisant des vols.

Les autorités « préoccupées »

Scénario inattendu : le Premier ministre Aymen Benabderrahmane approuve les critiques des clients envers l’entreprise étatique, mais aussi contre les autres compagnies étrangères actives, en particulier sur la ligne Alger-Paris. « Je partage pleinement cette  préoccupation », a-t-il indiqué à l’ambassadeur d’Algérie à Paris, Mohamed Antar Daoud. Lequel a plaidé, mardi dernier, lors de la deuxième journée de la Conférence des chefs des missions diplomatiques et consulaires algériennes, pour le lancement de nouvelles offres à même de soulager les émigrés, contraints, selon lui, de débourser jusqu’à 3000 euros pour un séjour familial de quatre personnes en Algérie.

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Expliquant que le prix du billet d’avion oscille entre 700 et 800 euros, alors que le salaire de la plupart des 2,2 millions de ressortissants algériens en France ne dépasse pas 2000 euros par mois, l’ambassadeur estime qu’une baisse de tarif s’impose, et cela même si la pandémie de coronavirus a eu des conséquences négatives sur nombre d’entreprises du secteur aérien, dont Air Algérie.

Avant lui, le ministre des Transports Aissa Bekkai a reconnu lui aussi le 2 novembre que les tarifs des billets vers certaines destinations étaient « exagérés », soulignant la nécessité de revoir les processus de gestion interne de la compagnie nationale.

Le député de l’émigration Tewfik Khedim a, quant à lui, saisi dès la fin du mois d’août le président Abdelmadjid Tebboune, l’appelant à régler les problèmes nés d’une offre insuffisante de billets sur les sites, applications et agences de la compagnie aérienne, et ce afin d’éviter aux voyageurs de recourir à des intermédiaires et d’être victimes d’escroquerie. Dans sa correspondance, le parlementaire qualifiait en outre de « fous » les prix des billets d’avion, exhortant les autorités « à préserver la dignité de la diaspora et ses moyens financiers ».

640 euros le billet Paris-Alger

Au creux de la vague depuis plusieurs années, Air Algérie a sombré davantage encore pendant la pandémie. Entre mars 2020 et fin mai 2021, son activité se résumait aux opérations de rapatriement des dépouilles et au  fret. Avec la réouverture partielle des frontières, le 1er juin 2021, le trafic aérien a repris, mais avec seulement neuf vols par semaine.

Malgré la récente augmentation du nombre de vols et l’envolée du prix des billets, Air Algérie ne parvient pas à effacer les 40 milliards de dinars de pertes affichés en 2020

Au mois d’août, les autorités ont fini par donner leur autorisation à une augmentation des dessertes, leur nombre passant à 32 par semaine, dont 24 avec la France. Selon nos informations, la compagnie nationale fonctionne actuellement avec un programme de 49 vols par semaine vers 8 destinations : France, Espagne, Italie, Grande-Bretagne, Allemagne, Canada, Émirats arabes unis et Turquie.

Avant la pandémie, la fréquence était de 250 vols par semaine, charters compris. Ce changement de cadence a eu un impact considérable sur le prix des billets : ces derniers jours, un billet Paris-Alger se négocie 640 euros, et il en coûte 450 euros pour rallier la capitale depuis l’Espagne.

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Malgré la récente augmentation du nombre de vols et l’envolée du prix des billets, Air Algérie ne parvient pas à effacer les 40 milliards de dinars de pertes affichés en 2020, selon les chiffres officiels. Et l’année en cours devrait voir le déficit se maintenir, voire se creuser, la compagnie ayant récemment commencé à rembourser des centaines de milliers de billets annulés en raison de la  fermeture des frontières.

Charges et salaires

À cela s’ajoutent les charges de maintenance des appareils, qui se chiffrent en millions d’euros par semaine, et le paiement des salaires d’un effectif global de 9 600 employés.

Pour le moment, la commission d’enquête installée par la primature n’a pas encore contacté la compagnie publique. Il ne faut de toute façon pas s’attendre à ce qu’une baisse des tarifs des billets découle des travaux de cette instance d’investigation. Une telle décision ne pourra venir que des autorités politiques.