Politique

Mali : qui est Zeïni Moulaye Haïdara, la cheville ouvrière des assises nationales ?

C’est l’homme choisi par Assimi Goïta pour conduire une mission délicate. En décembre, l’ancien ministre qui a survécu à tous les régimes, va devoir piloter les assises nationales de la refondation, déjà décriées par une partie de la classe politique.

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Mis à jour le 10 novembre 2021 à 17:19

Zeïni Moulaye Haïdara. © DR

Qui pour diriger les assises nationales de la refondation qui font tant couler d’encre en ces temps de transition au Mali ? Plusieurs noms ont été évoqués avec insistance, y compris celui du cardinal Jean Zerbo. Mais c’est sur Zeïni Moulaye Haïdara, 67 ans, ancien chef de la diplomatie malienne que le président, Assimi Goïta, a jeté son dévolu.

« Cérébral » pour les uns, « méticuleux » pour d’autres, cet ancien conseiller des présidents Moussa Traoré et d’Ibrahim Boubacar Keïta a aussi eu un parcours de consultant indépendant spécialisé sur les questions de gouvernance de la sécurité. Plusieurs fois ministre, cet homme proche d’Assimi Goïta qui a survécu à tous les régimes depuis Moussa Traoré va devoir user de son sens politique pour mener à bien cette mission délicate. Les assises nationales de la refondation sont déjà décriées par une partie de la classe politique qui y voient une opération coûteuse dont le but n’est que de prolonger la transition.

1. Un parcours de technocrate

Dans les cercles d’amis et d’anciens collaborateurs, Zeïni Moulaye Haïdara a la réputation d’avoir été « toujours brillant, posé et peu bavard ». Cet arabe originaire de Gao, né en 1954, est un ancien conseiller des Affaires étrangères. « ll est entré à l’école le même jour qu’un certain Soumeylou Boubeye Maïga [ancien Premier ministre]. Cela ne fait pas d’eux des inséparables, mais ils se voyaient beaucoup et échangeait », confie un dirigeant d’ONG, originaire lui de Gao.

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Sous le pouvoir monolithique de Moussa Traoré, il chapeaute la coopération économique bilatérale avant de devenir adjoint au directeur des affaires politiques au ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale. Il est, par la suite, conseiller spécial du président Moussa Traoré sur les questions de politique étrangère, avant de devenir ministre des Transports et du Tourisme en 1989. S’ensuit une traversée du désert après la chute du régime, en 1991.

En 2016, le président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), fait appel à lui pour le nommer comme ambassadeur en Arabie Saoudite avant d’en faire son conseiller diplomatique en 2019. Zeïni Moulaye Haïdara occupera son poste jusqu’au putsch d’août 2020.

2. Jugé pour « crimes de sang »

En mars 1991, Moussa Traoré est poussé à la démission. Un an et demi plus tard, un procès est ensuite intenté contre les dirigeants du régime déchu. Jugé pour « crimes de sang », Zeïni Moulaye est acquitté. Le président Traoré, lui, est condamné à la peine capitale avant d’être gracié en 2002 par Alpha Oumar Konaré.

3. Un expert en gouvernance de la sécurité

Formé en Algérie puis à la Sorbonne où il  obtient un doctorat en sciences politiques (relations internationales), Zeïni Moulaye travaille au sein du Programme spécial pour la paix, la sécurité et le développement du nord du Mali (PSPSDN), sous Amadou Toumani Touré (2002-2012). Auparavant, il avait été conseiller politique à la coopération canadienne puis conseiller spécial au Programme de coordination et d’assistance pour la sécurité et le développement (PCASED) du PNUD, couvrant une quinzaine de pays de la Cedeao.

Plus tard, il dirige le Programme de gouvernance partagée de la sécurité et de la paix au Mali (PNUD/Mali). Depuis le début des années 2000, Zeïni Moulaye a écrit de nombreuses notes autour de la gouvernance de la sécurité. En 2005, une de ses études pour la Fondation Friedrich-Ebert (FES) aurait d’ailleurs servi de base pour organiser les États généraux de la paix et de la sécurité.

4. Ministre conseiller spécial d’Assimi Goïta

En octobre 2020, quelques semaines après l’investiture de Bah N’Daw comme président de la transition, Zeïni Moulaye est nommé ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale dans le gouvernement de transition dirigé par Moctar Ouane. Ce dernier le reconduit à son poste à la suite du remaniement survenu en mai 2021, avant d’être destitué par Assimi Goïta en mai 2021. Zeïni Moulaye survivra à la purge menée par le colonel Goïta, dont il deviendra conseiller spécial avec rang de ministre.

5. À la tête du panel des hautes personnalités

Le 26 octobre, le Président Assimi Goïta a installé le panel des hautes personnalités pour les Assises nationales, prévues du 20 au 26 décembre 2020. Il annonce que celui-ci sera présidé par Zeïni Moulaye. Pour nombre d’observateurs, Moulaye n’a pas été mis là uniquement pour ses compétences.

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Si on ne peut lui denier la légitimité intellectuelle pour mener à bien cette mission, sa nomination répond à un besoin de la part des militaires au pouvoir d’avoir le contrôle sur « la teneur des résultats », estime un fin observateur de la scène politique malienne. « Avec lui, on a l’impression d’être dans un processus un peu trop contrôlé par l’État », ajoute-t-il, tout en reconnaissant que Moulaye est un « bourreau de travail » qui « a le goût du travail bien fait ».