Économie

Le réassureur SCG-Ré se sent à l’étroit sur le marché gabonais

La Société commerciale gabonaise de réassurance, unique réassureur d’Afrique centrale, vient d’établir un plan stratégique pour se déployer à travers le continent. Et pour financer son projet, il compte d’abord s’introduire en bourse.

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Par - Envoyé spécial à Libreville
Mis à jour le 14 février 2022 à 16:37

Dans les locaux de SCG-Ré à Libreville. © SCG-Ré

Andrew Crépin Gwodog est formel. « Le marché gabonais de l’assurance compte dix opérateurs, c’est insuffisant pour rentabiliser 10 milliards de F CFA [15,2 millions d’euros] de capital », souligne l’administrateur directeur général de la Société commerciale gabonaise de réassurance (SCG-Ré). L’entreprise a donc décidé de partir à la conquête du continent, forte du soutien de ses actionnaires, notamment publics – elle est détenue à 61,2 % par le Fonds gabonais d’investissements stra- tégiques (FGIS) et par le fonds souverain géré par ce dernier, la Caisse des dépôts et consignations (CDC) se contentant de 8,7 % des parts.

L’Afrique centrale et l’Afrique de l’Ouest sont les premières cibles de cette expansion. En mars 2021, des missions ont été dépêchées à Douala, Brazzaville et Kinshasa à la recherche de nouveaux clients, mais aussi pour explorer la possibilité d’y implanter une représentation.

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Car le service management souhaite aller vite. Il veut ouvrir son premier bureau hors du Gabon dès 2022, en Afrique centrale, ainsi qu’un deuxième en 2023, au Sénégal, au Togo ou au Bénin, les choix ne sont pas encore définis. Dans un second temps, le maillage devrait se poursuivre en Afrique australe, en Afrique du Nord et en Afrique de l’Est, de façon à assurer une présence dans toutes les zones économiques.

L’objectif est que le tour de table, uniquement gabonais, puisse avoir une coloration régionale

« C’est notre façon de préparer l’avènement de la zone de libre-échange continentale [Zlecaf], en particulier en allant dans la région anglophone, afin d’accroître la contribution de cette dernière à notre chiffre d’affaires, pour qu’elle passe de 250 millions de F CFA actuellement à au moins 1 milliard de F CFA », explique Andrew Gwodog.

Acquérir une nouvelle stature

Ce choix de l’unique réassureur d’Afrique centrale de sortir de son étroit cadre national s’explique en partie par une volonté d’acquérir une stature régionale, en prévision de l’entrée sur le marché des compagnies camerounaise et équato-guinéenne de réassurance.

Ce déploiement ayant un coût, SCG-Ré compte le supporter en procédant à l’ouverture de son capital avant le mois juin 2022. Le réassureur figure en effet parmi les trois entreprises gabonaises désignées par le gouvernement pour céder 20 % des parts à la Bourse de valeurs mobilières d’Afrique centrale (BVMAC) de Douala. « L’objectif étant que le tour de table, uniquement gabonais, puisse avoir une coloration régionale, assure Andrew Gwodog.

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L’opération permettra à SCG-Ré de lever 5 milliards de F CFA, portant ainsi son capital à 15 milliards, après la récente augmentation réalisée dans le cadre de son plan stratégique 2018-2020, qui lui a permis de faire passer son capital de 5 milliards à 10 milliards de F CFA. Pour préparer cette échéance, Andrew Gwodog et ses collaborateurs ont rencontré la Commission de surveillance du marché financier de l’Afrique centrale (Cosumaf), en juin 2021, afin de s’enquérir des conditions d’une admission à la cote.

Une modification du portefeuille s’avère nécessaire

Cette levée de fonds vise également à soutenir en partie le plan stratégique 2021-2025, dont l’autre source de financement provient du recouvrement de 2,7 milliards de F CFA issus d’un placement effectué à la Banque gabonaise de développement (BGD) – l’État gabonais, garant de cette institution en faillite, ayant accepté de régulariser la situation.

Nouveau plan stratégique

Parmi les principaux points de la feuille de route de SCG-Ré, on note : la construction d’un nouveau siège, l’amélioration de la notation de l’agence spécialisée AM Best, de C+ (vulnérable) à B+ (bonne), et un chiffre d’affaires annuel minimum de 25 milliards de F CFA (contre 16 milliards projetés pour 2021). Pour y parvenir, il s’agit entre autres de restructurer le portefeuille de la société en réduisant la part de la réassurance obligatoire de cession légale (pour la ramener d’environ 65 % actuellement à une proportion de 35 % à 50 %) au profit de la montée en puissance, dans les mêmes proportions, de la réassurance commerciale. « La SCG-Ré ne pourra plus bénéficier de ce régime de faveur [la réassurance obligatoire] offert par l’État. Donc, une modification du portefeuille s’avère nécessaire », soutient le patron du réassureur.

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Le nouveau plan stratégique se donne également pour ambition de ramener les charges de gestion de 17 % à 15 % dans les quatre ans. Et surtout de capter davantage les risques miniers et pétroliers – SCG-Ré ne réassure pour le moment que 15 % du secteur des hydrocarbures gabonais – pour être en phase avec la structure économique des pays du golfe de Guinée. En retenant 18 milliards de F CFA de primes qui partaient auparavant à l’étranger, la société apporte déjà sa pierre au financement de l’économie locale. Mais la marge de progression reste considérable.