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Gabon : candidats de l’opposition, à vos marques !

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Par - Envoyé spécial à Libreville
Mis à jour le 29 novembre 2021 à 16:04

De g. à d. : Guy Nzouba Ndama (Les Démocrates), Alexandre Barro Chambrier (Rassemblement pour la patrie et la modernité), Mike Jocktane (Gabon nouveau). © Montage JA : Vincent Fournier pour JA; MBarnesE/Creative Commons ; MBarnesE/Creative Commons

Barro Chambrier, Nzouba Ndama, Mike Joktane… Qu’ils se soient prononcés ou non sur leur intention de se présenter à la prochaine présidentielle, ils ont déjà tous 2023 en tête. Le fait que le scrutin sera à deux tours, contrairement à celui de 2016, change la donne.

En 2023, ce sera chacun pour soi. Les candidats potentiels à l’élection présidentielle préparent le rendez-vous en solitaire. Dans les coulisses, on se surveille plus qu’on ne se concerte. Dans tous les cas, on n’entend pas l’habituelle injonction faite aux femmes et aux hommes politiques de rechercher l’unité de l’opposition autour d’un candidat unique. Pas plus qu’on n’entend de discours de précampagne qui, souvent, présente le rassemblement comme la clé de la victoire contre le parti au pouvoir. D’ailleurs en 2015, dans la même période, en prélude à l’élection de 2016, Jean Ping était déjà parti en tournée provinciale pour prendre de l’avance et, ainsi, enclencher une dynamique qui obligea la plupart de ses concurrents à se désister à son profit. On connaît la suite.

À l’évidence, la prochaine élection présidentielle ne ressemblera pas à la précédente. En effet, depuis décembre­ 2017, une modification constitutionnelle a fait passer le scrutin présidentiel d’un à deux tours. Cette nouvelle donne explique à plusieurs égards le changement de comportement observé. Au premier tour les candidats se mesurent, au second ils se rassemblent.

ABC en opération séduction

Alexandre Barro Chambrier (ABC) est le premier à se placer sur la ligne de départ. Ancien ministre du Pétrole, du Gaz et des Mines, il est le fils d’Éloi Rahandi Chambrier, un ancien président de l’Assemblée nationale et arrière-arrière-petit-fils du roi Denis Rapontchombo, le souverain Mpongwè de l’estuaire (où se situe la capitale). Nanti de cette légitimité traditionnelle dans cette province qui pèse à elle seule 42,2 % de l’électorat gabonais, Barro croit en ses chances.

À la mi-juillet, le fondateur du Rassemblement pour la patrie et la modernité (RPM) a séjourné en France où il a noué des contacts avec des personnalités de l’opposition vivant à l’étranger avant de rentrer au Gabon entreprendre une tournée nationale. Cet agrégé d’économie passé par le Fonds monétaire international (FMI) veut articuler son opération séduction autour du retour à la prospérité, un sujet de préoccupation majeure de la population. Il devra cependant trouver une issue à la querelle juridique l’opposant à ses anciens alliés, qui ont ressuscité le Rassemblement héritage et modernité (RHM), que Barro avait dissout pour créer le RPM.

Autre candidat putatif, Guy Nzouba Ndama, président du parti Les Démocrates (LD), premier parti d’opposition en nombre de députés (10 sur 143). « Il y pense », assurent ses proches. Cet ex-président de l’Assemblée nationale n’a pas encore fait part de ses intentions mais, « en réunion, son propos, ses attitudes… Tout porte à croire qu’il va y aller », présume un parlementaire issu de LD.

Cependant, en interne, Guy Nzouba Ndama doit faire face à l’ambition impatiente de Séraphin Akure-Davain, le président du groupe parlementaire LD à l’Assemblée nationale. Ce dernier est un orthopédiste tombé dans la politique après avoir quitté les hôpitaux pour, notamment, faire admirer ses talents oratoires dans l’hémicycle. Se posant en rival de Nzouba, il pousse ce dernier à « muscler » le jeu contre la majorité. En cela, il est soutenu par les partisans de la ligne dure contre le Parti démocratique gabonais (PDG, au pouvoir). Ce à quoi Nzouba, qui tint le perchoir pendant dix-sept ans pour le compte du PDG, oppose discrétion et modération.

« Paulette » candidate ?

Élue présidente de l’Union nationale le 13 novembre dernier, Paulette Missambo est elle aussi pressentie pour prendre part à la course vers le Palais du bord de mer. Ancienne ministre d’État, celle qui partageait la vie de l’autre vice-président du parti et ancien Premier ministre Casimir Oyé Mba (décédé le 16 septembre 2021) est incitée à se présenter par une partie des cadres de l’UN. Ceux-ci voient en elle une femme d’État pétrie d’expérience et capable d’engranger les votes de son Ogooué-Lolo natal, où elle continue d’exercer son mentorat sur beaucoup de cadres influents de la haute administration.

« Paulette » candidate ? Elle refuse pour l’instant de se prononcer. Jeune Afrique, qui lui a posé la question, note cependant qu’elle n’a pas exclu cette éventualité. Rappelons que, dans la géopolitique locale, Missambo (Lastourville) et Nzouba (Koulamoutou) sont tous les deux originaires de l’Ogooué-Lolo (4,5 % du corps électoral), un fief dont le poids relatif les obligera à ratisser large et à nouer des alliances dès le premier tour pour espérer rivaliser avec le PDG.

D’autre figures de l’opposition pourraient bien rejoindre ces compétiteurs. Mike Jocktane, ancien de l’UN (dont il a démissionné en 2017), a déclaré sa candidature, tandis que l’ancien ministre des Finances Charles M’ba poursuit des consultations dans la sous-région et en Europe dans la perspective d’une candidature. L’approche de l’échéance suscitera d’autres vocations.