Politique

Guinée : pourquoi Mamadi Doumbouya ne veut pas d’Ibn Chambas comme médiateur

Mamadi Doumbouya juge « inopportun » le choix d’un envoyé spécial en Guinée. Jeune Afrique a pu consulter la lettre qu’il a adressé en ce sens à Nana Akufo-Addo, président en exercice de la Cedeao.

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Par - à Conakry
Mis à jour le 10 novembre 2021 à 10:25

Mamadi Doumbouya à l’issue d’une réunion avec la Cedeao, en septembre 2021 © JOHN WESSELS/AFP

« La nomination d’un envoyé spécial ne nous paraît ni opportune ni urgente dans la mesure où aucune crise interne de nature à compromettre le cours normal de la transition n’est observée. » La déclaration est signée du chef de la junte au pouvoir en Guinée, le colonel Mamadi Doumbouya, dans une lettre non datée destinée au président en exercice de la Cedeao, le Ghanéen Nana Akufo-Addo, et consultée par Jeune Afrique.

La missive a semble-t-il été écrite juste après le troisième sommet extraordinaire de la Cedeao sur la Guinée et le Mali qui s’est tenue le dimanche 7 novembre à Accra. Au cours de cette réunion, l’organisation sous-régionale avait désigné un médiateur pour la Guinée. « La Conférence décide de nommer le Dr Mohamed Ibn Chambas, envoyé spécial en Guinée, dans le but de renforcer le dialogue avec les autorités de la transition et de favoriser la réussite d’un processus de transition dans les plus brefs délais », lit-on dans le communiqué qui a sanctionné la fin du sommet.

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Ce choix était déjà critiqué par certains acteurs politiques guinéens, comme l’opposant Bah Oury, au motif que le diplomate ghanéen avait auparavant conduit sans grand succès des missions similaires. À l’inverse, le Front national de défense de la Constitution (FNDC) avait salué cette nomination, estimant que la Cedeao répondait favorablement à ses plaidoyers en faveur de l’ouverture d’un dialogue avec les autorités de transition.

« Parfaite symbiose »

« La mise en place des organes de transition se déroule comme prévu, dans un climat apaisé et en parfaite symbiose avec les forces vives du pays, justifie Mamadi Doumbouya dans la lettre. Néanmoins, nous restons disposés à recevoir les missions ponctuelles de la Commission de la Cedeao, comme celle qui a récemment séjourné à Conakry, pour travailler avec le gouvernement sur les axes d’accompagnement technique en vue d’un retour à l’ordre constitutionnel normal ». Pour la troisième fois depuis le putsch du 5 septembre qui a renversé Alpha Condé, le président de la Commission de la Cedeao, l’Ivoirien Jean-Claude Kassi Brou, a séjourné fin octobre dans la capitale guinéenne. Objectif : faire le point sur la situation et évaluer dans quelle mesure l’organisation sous-régionale pourrait accompagner la transition.

La Cedeao a réitéré sa demande de « libération immédiate » d’Alpha Condé

Dans la même lettre adressée à Nana Akufo-Addo, le président du CNRD s’est réjoui de « la reconnaissance par le sommet des avancées enregistrées » dans le processus de transition en Guinée. « Je tiens à vous réitérer que mon engagement demeure ferme à tout mettre en œuvre pour poursuivre ce processus de manière inclusive et concertée, conformément aux dispositions de la charte de la transition servant de Constitution provisoire », l’a-t-il rassuré.

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Le 7 novembre à Accra, les chefs d’État et de gouvernement de la Cedeao ont réitéré leur demande de « libération immédiate » du président déchu Alpha Condé – toujours détenu dans un lieu tenu secret –, la suspension de la Guinée de ses instances ainsi que l’interdiction de voyager et le gel des avoirs visant la junte et ses proches. Sur ces points, la lettre de Mamadi Doumbouya est restée silencieuse.