Politique

RDC : l’UNC et Kamerhe doivent faire un choix

Exister politiquement sans porter préjudice à son président condamné à treize ans de prison pour détournement de fonds, tel est le dilemme de l’UNC. Tiraillé en interne mais toujours officiellement membre de l’Union sacrée, le parti pourra-t-il revenir sur le devant de la scène ?

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Mis à jour le 9 novembre 2021 à 17:46

Vital Kamerhe, président de l’Union pour la nation congolaise (UNC), à Paris, en 2013. © Vincent Fournier/JA

Incarcéré au centre hospitalier de Nganda, Vital Kamerhe s’est-il réjoui de voir le plus ancien stade de Kinshasa paré aux couleurs rouge et blanc du parti qu’il a fondé il y a une décennie ? La présence de plusieurs dizaines de milliers de militants, rassemblés le 23 octobre au stade Cardinal-Malula, lui a-t-elle réchauffé le cœur ? Pour l’Union pour la nation congolaise (UNC), qui organisait son premier meeting en l’absence de son président, la journée avait en tout cas valeur de test.

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Officiellement, l’UNC voulait évaluer son implantation et se renforcer avant les prochaines élections, l’objectif étant notamment, selon Billy Kambale, le nouveau secrétaire général du parti, « de remporter plusieurs sièges » lors des législatives de 2023. Mais, affaiblie par les déboires judiciaires de son président, condamné en appel à treize ans de prison pour détournement de fonds en juin dernier, l’UNC avait surtout besoin de démontrer sa force pour peser sur la scène politique et remettre ses troupes en confiance.

Il faut dire qu’il est des années qui paraissent compter double, tant elles sont chargées en rebondissements, et que les mois qui se sont écoulés depuis l’arrestation de Vital Kamerhe ont paru interminables à la formation politique. Toutes les initiatives visant à obtenir sa libération ont par ailleurs échoué et la dernière manifestation organisée dans ce but par l’UNC, au mois de mai, a été sèchement réprimée par la police.

Dissensions internes

Résultat, trois ans après avoir formellement décidé de soutenir le candidat Tshisekedi dans la course à la présidentielle, l’UNC est divisée. Deux camps coexistent désormais en son sein. D’un côté, il y a ceux qui considèrent que le chef de l’État a trahi son ancien allié ; de l’autre, ceux qui estiment que l’intérêt du parti doit primer et que cela passe par son maintien au sein du Cap pour le changement (Cach). C’est le cas de Jean-Baudouin Mayo Mambeke, vice-Premier ministre chargé du Budget dans le gouvernement de Sylvestre Ilunga Ilunkamba, et d’Aimé Boji, qui lui a succédé dans celui de Sama Lukonde Kyenge.

Billy Kambale, le nouveau secrétaire général de l’UNC, a fait le choix de la modération

En juin dernier, fragilisé et préoccupé par les ennuis judiciaires qui menacent son épouse, Hamida Chatur, laquelle se voit par ailleurs reprocher de se mêler des affaires du parti, Kamerhe décide de renouveler les instances dirigeantes de l’UNC. Le poste de secrétaire général revient à Billy Kambale, qui succède alors à Aimé Boji. « L’objectif était de rompre avec l’ancienne garde, qui ne partageait pas la vision du président national, et pour cela, il fallait accepter de composer avec les jeunes », raconte une source. La vieille garde, ce sont notamment ces cadres accusés d’être « Tshisekedi compatibles ».

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Billy Kambale lui-même a mis de l’eau dans son vin. Après avoir compté parmi ceux qui reprochaient au chef de l’État d’être derrière l’arrestation de Kamerhe (à ce propos, Tshisekedi avait d’ailleurs critiqué, dans une interview à Jeune Afrique, ces « quelques irresponsables au sein de [l’UNC] qui jouent avec le feu »), le nouveau secrétaire général a fait le choix de la modération. Il évite désormais les déclarations tonitruantes et a soin de ne pas prendre de position tranchée contre l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS). « C’est au regard de la situation particulière de notre président, se justifie-t-il. Nous essayons de nous aligner et de rester prudents. Sa libération en dépend, puisque tout ceci est une affaire politique et non judiciaire. »

Profil bas

Le 23 octobre, au stade Cardinal-Malula, Billy Kambale s’est ainsi abstenu d’engager l’UNC dans la question de la composition de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni). « Notre président est dans une situation délicate, confirme un cadre du parti. C’est vrai que nous avons un avis sur tous ces sujets, mais il est dans notre intérêt de faire profil bas face à l’UDPS et au président Tshisekedi. » Il y a quelques jours, Billy Kambale a aussi supprimé un tweet dans lequel il exprimait son scepticisme vis-à-vis de l’état de siège décrété par le chef de l’État dans le Nord-Kivu et l’Ituri – une suppression effectuée, selon nos informations, à la demande expresse de Vital Kamerhe.

Ils ont mis Kamerhe en prison pour le contrôler

Bien que condamné en appel, Vital Kamerhe ne désespère pas d’obtenir une remise en liberté provisoire, voire de bénéficier d’un geste du président et d’être par exemple autorisé à aller se faire soigner à l’étranger. Le pouvoir le sait et n’hésite pas à en jouer, croit savoir une autre source en interne : « Ils l’ont mis là pour le contrôler et à chaque fois que lui ou son parti prend une position qui déplaît, la présidence appelle pour interpeller et menacer. » Cela a été le cas lorsque l’UNC, qui fait toujours officiellement partie de l’Union sacrée, s’est publiquement prononcé pour « le retrait pur et simple » de la très controversée taxe RAM, affirme notre interlocuteur.

« Il y a trop d’interférences dans la gestion du parti, dénonce l’ancien secrétaire général Jean-Baudoin Mayo Mambeke. Des interférences de la part de personnes qui ne font pas partie de l’UNC et qui profitent de la situation de notre président pour influencer les décisions dans un sens ou dans un autre. »

Tiraillée, l’UNC saura-t-elle surmonter ses contradictions pour peser en 2023 ? Dans un message publié au début du mois d’octobre, Vital Kamerhe s’est plaint du fait que plusieurs poids lourds du parti avaient du retard dans le paiement de leurs cotisations. Selon nos informations, il entretient par ailleurs des rapports tendus avec plusieurs cadres de la formation qui souhaiteraient que l’UNC annonce dès maintenant son soutien à une candidature de Félix Tshisekedi pour la prochaine présidentielle. Une insistance que goûte peu Kamerhe. « Ce n’est pas le moment », conclut un membre de son entourage immédiat.