Économie

RDC-Chine : après le volet minier, la partie infrastructures du « contrat du siècle » épinglée

Faible niveau de planification, absence d’études de faisabilité… Le rapport soumis par ses ministres à Félix Tshisekedi sur le volet infrastructures du programme dit « sino-congolais », fait état de plusieurs manquements. JA l’a consulté en exclusivité.

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Mis à jour le 9 novembre 2021 à 21:39

Félix Tshisekedi, à Kinshasa, en janvier 2019. © Hugh Kinsella Cunningham/EPA/MAXPPP

Félix Tshisekedi poursuit sa réévaluation du « contrat du siècle », signé avec la Chine en 2008 par l’administration de son prédécesseur Joseph Kabila. Cet accord prévoyait le troc du cuivre et du cobalt congolais contre la construction d’infrastructures pour un montant de 9 milliards de dollars. Ce montant avait été revu à la baisse en 2009 et fixé à 6 milliards de dollars à la suite de pressions du Fonds monétaire international (FMI).

Le volet minier de ce contrat avait déjà fait l’objet d’un premier rapport de la ministre des Mines Antoinette N’Samba Kalambayi. Le 20 septembre, son collègue Alexis Gisaro Muvunyi (Infrastructures) a présenté, à son tour, ses conclusions sur le second volet du contrat. Dans un rapport de seize pages intitulé « État des lieux du programme sino-congolais », auquel Jeune Afrique a eu accès, le ministre dresse un bilan en demi-teinte de la partie de l’accord intitulée « Infrastructures contre ressources naturelles ».

Investissements plafonnés

Si ce document reconnaît certains « acquis », comme la création d’emplois et le transfert de technologies, ou encore l’attrait de plusieurs entreprises chinoises pour les infrastructures, les résultats ne seraient pas au rendez-vous. Toujours selon Alexis Gisaro Muvunyi, si le projet minier a été exécuté à 77 % (2,4 milliards de dollars ayant été investis sur les 3,2 milliards prévus), celui ayant trait aux infrastructures n’a, pour sa part, été exécuté qu’à 27,5 %. Seuls 969 millions de dollars (825 millions sans les intérêts) ont, à ce stade, été investis par la partie chinoise sur les 3 milliards de dollars prévus pour cette phase du projet.

La liste des difficultés soulignées par le ministre est longue

Plus problématique encore, le montant du financement des travaux d’infrastructures a été plafonné à 1,053 milliard de dollars à la suite d’une décision du conseil d’administration de la Sicomines, la compagnie sino-congolaise chargée de réaliser le projet minier et de prendre en charge le remboursement des investissements dans les mines et les infrastructures. Ce plafonnement avait été instauré par le conglomérat sino-congolais – dont la partie chinoise est majoritaire au capital – en raison du démarrage poussif de l’exploitation minière.

Les 825 millions de dollars investis ont donc, pour le moment, été affectés à quarante projets répartis entre différents secteurs (routes, bâtiments, fourniture en eau potable…), dont treize sont toujours en cours d’exécution. « Faible niveau de planification des projets », « absence d’études de faisabilité », « inadéquation des mécanismes de paiement par rapport aux besoins et aux objectifs des projets »… La liste des difficultés soulignées par le ministre est longue.

Simple « voix consultative »

Pour ce dernier, la prédominance de la partie chinoise dans les décisions de la Sicomines pour le paiement des projets a réduit la RDC à devenir une simple « voix consultative » et ce, alors que le ministère concerné devait décider du calendrier de l’affectation des fonds.

Alexis Gisaro Muvunyi poursuit en écrivant que le plafonnement des investissements chinois à 1,053 milliard de dollars ne se justifie plus aujourd’hui, compte tenu du bond que la production minière devrait connaître avec la mise en service de la centrale de Busanga. Conçu comme « l’un des maillons critiques et essentiels pour la réalisation de tous les projets prévus dans le cadre de la convention », ce projet de centrale hydroélectrique, signé en 2009, a longtemps peiné à décoller. Sa mise en service, douze ans après, doit, selon le ministre, permettre de doubler la production annuelle de cuivre et faire ainsi grimper le montant annuel de financement à 1,5 milliard de dollars à partir de 2022.

Enfin, Alexis Gisaro Muvunyi préconise, entre autres, de « contraindre la Sicomines à revoir son plafonnement » et de régler les contraintes liées à la réalisation du projet de Busanga, notamment la relocalisation et l’indemnisation des riverains de la centrale.