Politique

Libye : embrouillamini politique en amont du sommet de Paris

Alors qu’Emmanuel Macron accueille ce vendredi 12 novembre une nouvelle rencontre consacrée à la Libye, des tensions s’accentuent au sommet entre Mohammed El Menfi et son Premier ministre.

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Mis à jour le 8 novembre 2021 à 16:59

Mohamed El Menfi et Emmanuel Macron, à l’Elysée le 23 mars. © JULIEN MATTIA/ANADOLU AGENCY via AFP

La capitale française accueille ce vendredi 12 novembre un nouveau sommet sur la Libye, en amont de l’élection présidentielle prévue le 24 décembre – les législatives ont été repoussées à janvier. Un scrutin dont la tenue semble plus incertaine que jamais, alors que des parties estiment que le pays n’est pas prêt pour ces élections qui doivent donner aux Libyens des dirigeants légitimes et légalement désignés. Car en coulisses, les tensions entre le président Mohammed El Menfi et le Premier ministre Abdulhamid Dabaiba prennent une nouvelle ampleur.

Décret présidentiel

Le cercle présidentiel accepte mal que le Premier ministre, qui se consacre en principe aux affaires intérieures, ait été lui aussi invité au sommet de Paris. Un décret présidentiel émis le 1er novembre et que JA a pu consulter rappelle ainsi que le Conseil présidentiel est le seul organe représentatif de la Libye à l’étranger. Des proches de Menfi font ainsi valoir que depuis le retrait de confiance au gouvernement par le parlement libyen en septembre, l’équipe dirigée par Dabaiba est réduite à gérer les affaires courantes.

Par ailleurs, celle-ci ne dispose même plus des moyens d’accomplir sa mission première, l’organisation des élections en décembre. Y compris des moyens financiers, le Parlement n’ayant toujours pas approuvé le budget gouvernemental.

Ainsi, le pays ne dispose toujours pas de loi électorale, près d’un mois avant le scrutin. Le Parlement basé à Tobrouk a bien voté un texte le 4 octobre, mais il a été rejeté par Tripoli dès le lendemain. Une donnée qui n’a pas empêché la Haute commission électorale libyenne (HNEC) d’ouvrir le dépôt des candidatures à partir du lundi 8 novembre, et ce jusqu’au 22 novembre.

Mercenaires

L’entourage de Mohammed El Menfi explique également qu’organiser des élections alors que la souveraineté libyenne est incomplète du fait de la présence de mercenaires n’a pas de sens. Les deux principaux pays responsables de la multiplication des mercenaires en Libye, la Turquie et la Russie, ne participeront d’ailleurs pas à la conférence de Paris. Parmi les voisins, ni l’Algérie ni le Soudan ne seront, sauf surprise, représentés.

Le Niger, le Tchad et l’Egypte participeront bien à la conférence, sans oublier Denis Sassou-Nguesso, le président du Congo-Brazzaville qui dirige le comité de haut-niveau de l’Union africaine sur la crise libyenne et qui sera présent la veille au Forum de Paris sur la paix. Le Nigérien Mohamed Bazoum, le Tchadien Mahamat Idriss Déby et le ministre des Affaires étrangères du Maroc Nasser Bourita y prendront également part.

Succession

Selon nos informations, le président Menfi ne cherchera pas à se présenter à sa propre succession. Trois candidatures – pas encore officiellement déposées – se détachent pour le moment, celles de Seif el-Islam Kadhafi, de Khalifa Haftar et de Khaled el-Mishri. Problème : ils seraient, en cas de victoire, chacun rejetés par une partie importante des Libyens, ce qui pourrait à nouveau plonger le pays dans le chaos.

L’établissement d’un état d’urgence qui permettrait de dissoudre le Parlement et de promulguer une loi électorale par décret, figure parmi les pistes de sortie de crise étudiées par le cercle présidentiel. Une « solution » qui repousserait encore la tenue du scrutin de plusieurs mois.