Économie

Congo-FMI : une enveloppe de 450 millions de dollars sur la table

Un accord a été trouvé entre les équipes du Fonds monétaire international et le gouvernement congolais. Il doit maintenant être examiné par le conseil d’administration de l’institution de Washington.

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Mis à jour le 9 novembre 2021 à 19:00

Chantier de renforcement du port autonome de la ville de Pointe-Noire, 2012. © Antonin Borgeaud pour Les éditions du Jaguar

Dernière ligne droite dans les négociations entre le Fonds monétaire international (FMI) et le gouvernement de Brazzaville. Le 8 novembre, les équipes de Kristalina Georgieva, la dirigeante bulgare du Fonds, ont annoncé avoir trouvé un accord avec le gouvernement congolais « sur un programme de trois ans au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC) pour aider le pays à maintenir la stabilité macroéconomique et impulser une reprise économique dans le contexte de la pandémie. »

Concrètement, le Fonds et Brazzaville se sont mis d’accord sur le contenu des réformes que la troisième économie de la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (Cemac) devra mener en trois ans pour obtenir le décaissement des ressources – par étape, après vérification et validation de l’application du programme par le FMI. La FEC envisagée en faveur de Brazza est anticipée à « 324 millions de droits de tirage spéciaux (DTS) ou 456 millions de dollars ».

Des programmes souvent incomplètement appliqués

La principale inconnue est la capacité de Brazzaville à appliquer entièrement le programme établi. En effet, cette FEC serait la quatrième signée entre Brazza et le FMI depuis 2004. En décembre 2004, une facilité de crédit d’un montant de 55 millions de DTS avait été approuvée, dont à peine la moitié a été décaissée. Une deuxième FEC de seulement 8,46 millions de DTS a été approuvée et décaissée entre 2008 et 2011. Mais à peine 10 % du montant de la troisième FEC, signée en juillet 2019 et courant jusqu’en avril 2021, ont été déboursés, soit 32,4 millions de DTS sur un total de 324 millions. Et pour cause : Brazzaville n’a pas atteint la plupart des objectifs fixés par ce programme triennal dans un contexte économique difficile exacerbé par la crise du Covid-19.

Le nouveau programme, qui doit encore être examiné et approuvé par le conseil d’administration du FMI avant le début des décaissements, prévoit notamment « le dépôt au Parlement de la nouvelle loi anti-corruption », ainsi que « l’audit et la publication des informations relatives à la production pétrolière et aux revenus pétroliers effectivement perçus par le gouvernement », de même que « le renforcement de la gestion des finances publiques – par l’audit des dépenses liées à la pandémie, et l’adoption d’un contrôle et d’une transparence accrus des dépenses publiques et le recouvrement des recettes pétrolières et non pétrolières ».

Logements sociaux au nord de Brazzaville (Congo). © Baudouin Mouanda pour JA.

Logements sociaux au nord de Brazzaville (Congo). © Baudouin Mouanda pour JA.

Le Fonds réclame également une hausse du recouvrement des arriérés d’impôts, la réduction des exonérations fiscales et douanières, la poursuite « ferme » des réformes « déjà engagées en matière de politique et d’administration fiscales, ainsi que la réduction des transferts aux entreprises publiques ».

Enfin, les équipes de Kristalina Georgieva demandent « une révision du régime fiscal dans le secteur pétrolier, une suppression plus importante des exonérations de TVA et une rationalisation des autres dépenses fiscales, une amélioration des pratiques de passation des marchés et une gestion plus efficace des investissements publics ».

Plus de 3 milliards de dollars d’arriérés apurés

La progression des négociations entre Brazza et l’institution multilatérale découle en partie des efforts déployés par le gouvernement congolais pour assainir sa situation fiscale, notamment la restructuration de sa dette vis-à-vis de l’extérieur mais également des acteurs économiques locaux. Brazzaville a ainsi trouvé des accords avec les traders pétroliers auprès de qui l’État s’était lourdement endetté dans le cadre de financements liés à la fourniture de brut.

La restructuration de la dette bilatérale avec la Chine a abouti à la résolution des arriérés

« Aujourd’hui, des accords ont été signés avec tous les traders, à savoir Orion, Glencore et Trafigura, mais sans atteindre pour autant, à l’exception d’Orion, la cible des 30 % de décote demandés par le FMI », expliquait en février 2021 à Jeune Afrique l’ex-Premier ministre congolais Clément Mouamba, décédé en octobre 2021.

Si, selon le FMI, en octobre 2021, l’accord avec Trafigura n’avait pas encore obtenu l’approbation du pool bancaire à l’origine des prêts, le Fonds se félicite que « depuis son lancement en 2019, cette stratégie visant à rétablir la viabilité de la dette extérieure a permis de restructurer des contrats de dette extérieure et d’apurer plus de 3 milliards de dollars (20 % du PIB) d’arriérés extérieurs ».

Parmi les créanciers concernés, figurent la Turquie, le Brésil et surtout la Chine. « La restructuration de la dette bilatérale avec la Chine, qui représente environ un cinquième de la dette publique globale […], conclue en 2019, a abouti à la résolution des arriérés et à un service de la dette initial substantiel [ainsi qu’à un] service de la dette à des conditions très favorables à partir de 2022 », notent les équipes du FMI.

La dette publique devrait chuter à 61,3 % du PIB d’ici à 2026

Parallèlement, le « Club de Brazzaville », pool bancaire composé de BGFIBank, La Congolaise de Banque (LCB, groupe BMCE Bank of Africa), Ecobank et la Banque sino-congolaise pour l’Afrique (BSCA), a été constitué et a repris déjà plus de 332 milliards de F CFA (plus de 505 millions d’euros) de dettes publiques domestiques du Congo, avec une décote de 15 % à 30 %, que l’État s’est engagé à rembourser à un taux de 6,5 % sur huit ans, dont deux ans de grâce.

Reportage au Congo. Délégation Générale des Grands Travaux (DGGT) Travaux de l’aéroport international Agostinho Neto de la ville de Pointe-Noire, 2012. © Antonin Borgeaud pour Les éditions du Jaguar

Reportage au Congo. Délégation Générale des Grands Travaux (DGGT) Travaux de l’aéroport international Agostinho Neto de la ville de Pointe-Noire, 2012. © Antonin Borgeaud pour Les éditions du Jaguar

Selon le FMI, la dette publique totale congolaise en pourcentage du PIB a chuté de niveaux supérieurs à 100 % de la production économique nationale ces dernières années à environ 94 % en 2021. Elle devrait reculer à 61,3 % du PIB d’ici à 2026. Parallèlement, la croissance économique négative ces dernières années (-0,4 % en 2019, -8,2 % en 2020 et -0,2 % en 2021), est attendue en hausse de +2,4 % en 2022 à +6,3 % en 2024.

Du côté du FMI, les négociations ont été conduites par l’économiste canadienne Pritha Mitra, assistée entre autres de Mahamoud Islam, diplômé de Paris Dauphine et ancien de Euler Hermes, et de Alun Thomas, représentant-résident du Fonds à Brazzaville. Du côté du gouvernement d’Anatole Collinet Makosso, les équipes du FMI ont échangé avec, entre autres, Roger Rigobert Andely, ministre des Finances, du Budget et du Portefeuille public, et Ghislaine Ingrid Olga Ebouka Babakas (Économie, Plan et intégration régionale).