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Gabon – Paulette Missambo : « Il est urgent de renforcer la transparence dans la vie publique »

Après des mois de campagne pour la succession de Zacharie Myboto, Paulette Missambo a été élue présidente de l’Union nationale le 13 novembre 2021, après moult reports. Elle revient sur les ambitions du parti – et les siennes – à l’approche des scrutins de 2023.

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Par - Envoyé spécial
Mis à jour le 17 novembre 2021 à 14:55

Paulette Missambo, vice-présidente de l’Union nationale. © Rose Valentine Emane Belinga

Elle a les clefs. Samedi 13 novembre, Paulette Missambo a été élue présidente de l’Union nationale (UN) à l’issue d’un scrutin haletant et serré. Âgée de 71 ans, cette ancienne ministre d’État l’a emporté par 308 voix contre 300 pour son concurrent, Paul Marie Gondjout.

Pilier des différents gouvernements d’Omar Bongo Ondimba, tour à tour ministre de la Fonction publique, de l’Éducation nationale avant de prendre en charge le département de la Santé, cette forte tête qui a démissionné en 2009 du parti au pouvoir est décrite comme étant une « bosseuse ». Fille d’un notable de Lastourville (Ogooué-Lolo), linguiste formée à l’université de Lille, en France, enseignante et veuve de l’ancien Premier ministre Casimir Oyé Mba (autre figure charismatique de l’UN, décédé en septembre dernier), la voici patronne du parti qu’elle a cofondé en 2010 avec André Mba Obame. Nantie de cette toute nouvelle légitimité, Paulette Missambo va-t-elle briguer l’investiture de son parti à la présidentielle de 2023 ? Entretien.

Jeune Afrique : Vous avez été élue présidente de l’Union nationale, que ferez-vous de cette victoire ?

Paulette Missambo : En 2009, une succession de type monarchique a été imposée à notre pays, au mépris de la vérité des urnes. En réponse à cette négation de la souveraineté du peuple et de la démocratie, des compatriotes ont décidé de créer l’Union nationale, non pas pour servir les ambitions d’une personne, mais pour se mettre au service des Gabonais. C’est cette vocation première que nous devons retrouver et qu’incarne l’équipe que je conduis pour la direction de notre parti.

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Nous devons mobiliser les Gabonais autour d’une ambition commune : rétablir la République et l’État de droit afin de construire une communauté de destin. Mon arrivée à la tête de notre parti devra être perçue comme une réaffirmation de ces fondamentaux.

Avez-vous l’intention de vous porter candidate à la présidentielle prévue en 2023 ?

Une chose à la fois ! Pour l’instant, il s’agit de diriger l’UN, rien que cela. Le candidat du parti à la future présidentielle sera désigné, comme en 2016, lors d’un congrès extraordinaire. Si nous avons plus d’un candidat, la mission du président de notre parti sera de faire en sorte qu’une primaire soit organisée et qu’elle se passe dans les meilleures conditions de transparence et d’équité.

En 2023, il y aura des élections locales, des législatives et la présidentielle. L’UN participera à tous ces scrutins avec l’ambition de les remporter et d’ouvrir une nouvelle ère pour le pays.

Quelle opposition souhaitez-vous incarner ?

Au cours de notre congrès de décembre 2020, nous avons adopté notre projet pour le Gabon. Ce projet est à la hauteur des défis de notre temps. Nous devons le partager avec nos compatriotes, les convaincre de s’engager, et rassembler les forces de progrès autour de cette ambition. Nous devons aussi rassurer nos voisins et l’ensemble des partenaires du Gabon. Tout cela en moins de deux ans. Il n’y a donc pas de temps à perdre ! C’est cela qui doit préoccuper le président de l’Union nationale.

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Si nous ne sommes pas en guerre, nous sommes en lutte pour l’avenir de notre pays. Cela nécessite la mobilisation effective de tous. La présidence de l’UN n’est pas une fin en soi. C’est une position qui doit permettre de favoriser l’expression des nombreux talents que compte notre parti, l’opposition et, pourquoi pas, le Gabon.

Quel regard portez-vous sur cette fin de septennat ?

Les deux septennats qui s’achèvent ont le mérite d’avoir permis aux Gabonais de comprendre que la prospérité et les libertés publiques ne sont pas des dons du ciel mais le résultat de la bonne gouvernance. Nos compatriotes savent désormais que rien n’est naturel, que de bons dirigeants font avancer l’économie et le vivre-ensemble, et que d’autres peuvent les faire reculer. Au niveau international, le Gabon n’est plus audible. Observez son silence sur des questions comme le franc CFA. Regardez sa faible représentation au sein des instances de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC).

Le pouvoir s’est enfermé dans une bulle étanche, où personne n’entre s’il n’appartient au cercle ou si le cercle ne lui ouvre la porte. Rien à voir avec une République

Sur le plan intérieur, la démocratie et l’État de droit ont reculé et le bilan économique et social est catastrophique. Le panier de la ménagère n’est plus difficile à remplir, il est devenu impossible à remplir. Les hôpitaux manquent de tout pour assurer un minimum d’accueil – comment comprendre que notre capitale ne puisse toujours pas disposer de 50 lits de réanimation pour faire face à la crise sanitaire ! Le système éducatif est en lambeaux. Le service public de l’eau et de l’électricité est un désastre. Le réseau routier aussi. Je viens d’effectuer un voyage par la route à l’intérieur du pays : j’ai mis neuf heures, alors qu’il ne pleuvait plus, pour parcourir moins de 200 km entre Libreville et Médouneu (Nord-Ouest). Imaginez le calvaire des populations en saison des pluies. Bref, notre jeunesse va hériter d’un pays à reconstruire entièrement.

Sur le plan économique, que préconisez-vous ?

Il est urgent de rendre effective la redevabilité des détenteurs de l’autorité publique, de renforcer la transparence dans la vie publique et de mobiliser l’ensemble des énergies, sans distinction aucune, autour d’objectifs clairement définis. L’amélioration du climat des affaires, l’investissement dans le capital humain et la construction d’infrastructures ne doivent plus être des formules incantatoires. Ils devront être au fondement de la renaissance de notre pays.

Les dernières réformes constitutionnelles vous semblent-elles aller dans le sens du renforcement de la démocratie et de l’État de droit ?

Les trois révisions constitutionnelles de ces douze dernières années ne renforcent ni la démocratie ni l’État de droit. Bien au contraire. Elles n’avaient pour seuls objectifs que de renforcer la confiscation du pouvoir et assurer l’impunité des oligarques du régime. En personnalisant à ce point la Constitution, celle-ci a fini par ne plus ressembler qu’à une juxtaposition de situations personnelles. Clairement, le pouvoir s’est enfermé dans une bulle étanche, où personne n’entre s’il n’appartient au cercle ou si le cercle ne lui ouvre la porte. Rien à voir avec une République.

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Le Gabon ne pourra se satisfaire d’une simple révision constitutionnelle. Il faudra en réécrire une autre, comme ce fut le cas en 1990, afin de doter notre pays d’un instrument républicain, porteur de démocratie et de bonne gouvernance. Selon nous, la Constitution doit reposer sur des principes clairs : l’affirmation des droits fondamentaux et des libertés individuelles ; la séparation des pouvoirs ; la transparence dans la vie publique ; l’implication de l’ensemble des citoyens dans la vie de la cité et ; l’égal accès de tous à l’éducation, à la santé, à une justice libre et indépendante. Bien entendu, nous considérons que cette nouvelle Constitution devra nécessairement être soumise à référendum.

Comment améliorer le climat politique et l’acceptation des résultats électoraux ?

La crise que traverse notre pays est avant tout éthique et morale. Nos compatriotes qui sont aux commandes croient être au-dessus du peuple alors qu’ils devraient se mettre à son service. Ils ne se sentent responsables de rien. Ils ne peuvent donc accepter que d’autres les remplacent. L’acceptation du principe d’alternance est une question fondamentale qui engage notre vivre ensemble et qui se trouve au centre du malaise gabonais. Les dernières révisions de la Constitution laissent le sentiment que ceux qui dirigent le pays craignent de devoir rendre des comptes. C’est cette crainte qui justifie la violence que nous avons eu à déplorer lors de la présidentielle d’août 2016. Mais ils se trompent en agissant de la sorte : seule une alternance démocratique peut garantir à tous le respect de ses droits et la protection de l’État. Si nous croyons en une destinée commune, nous devons être en confiance et nous convaincre des intentions de chacun.