Économie

Maroc : le nouveau gouvernement face au cas Samir

Plaidoiries des salariés auprès du chef de gouvernement, recours judiciaires tous azimuts du syndic de liquidation… La Samir, unique raffinerie du royaume, en liquidation judiciaire depuis 2016, fait partie des dossiers sur lesquels le nouvel exécutif va devoir statuer.

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Par - à Casablanca
Mis à jour le 5 novembre 2021 à 10:40

À Mohammedia (Casablanca-Settat), la Samir, seule raffinerie du royaume, est à l’arrêt depuis 2015. © Samir

Le pétrole, son stockage et sa distribution n’ont aucun secret pour Aziz Akhannouch. Le nouveau patron de l’exécutif marocain, propriétaire du plus grand réseau de stations-service du royaume via sa société Afriquia (détenue par le groupe Akwa), est donc très attendu sur le dossier de la Samir, la délicate affaire de l’unique raffinerie du pays, à l’arrêt depuis 2015.

Les salariés de l’entreprise ont interpellé le chef du gouvernement dans une lettre rendue publique durant le mois d’octobre. Ils en appellent à son « courage » et sollicitent son intervention pour le sauvetage de l’entreprise, tout en pointant au passage « la dérobade et la passivité » du gouvernement précédent.

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« Jusque-là, nous n’avons reçu aucune réponse de la part du chef du gouvernement, ni de la part de la ministre chargée de la Transition énergétique », pointe Houcine El Yamani, secrétaire général du syndicat national des industries du pétrole et du gaz (affilié à la CDT).

Feuilleton judiciaire

Également secrétaire du Front national pour la sauvegarde de la raffinerie la Samir (FNSS), le syndicaliste affirme que « le dossier reste tributaire d’une décision politique ». « La situation géopolitique impose au Maroc de diversifier sa politique d’approvisionnement en produits énergétiques. Et la Samir est au cœur de cette équation sachant que le retour au raffinage apparaît comme l’option la plus optimale », reprend-t-il.

De son côté, le syndic de la Samir multiplie les actions judiciaires pour mettre la pression sur l’État. Il a introduit récemment deux recours auprès du juge-commissaire chargé de la liquidation. Le premier vise l’annulation de l’ordonnance ayant autorisé en mai 2020 la puissance publique à exploiter les bacs de stockage du raffineur.

La situation géopolitique impose au Maroc de diversifier sa politique d’approvisionnement en produits énergétiques

Abdelkbir Safadi, le syndic judiciaire depuis 2018, déplore que l’État n’ait jamais concrétisé son contrat de location avec la Samir, pourtant autorisé depuis seize mois. En effet, le ministère de l’Énergie, dirigé à l’époque par Aziz Rebbah, a tardé à saisir l’opportunité de la chute des prix du pétrole sur le marché international. Alors que le prix du baril avait dégringolé en dessous de 20 dollars (il est depuis remonté autour des 80 dollars), le ministre n’a pas cherché à renflouer les stocks de sécurité en s’appuyant sur les capacités de stockage de 1,8 million de tonnes dont dispose la Samir.

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Selon nos informations, il est question de réclamer des dédommagements estimés à 100 millions de dirhams (9,5 millions d’euros) par mois. « D’autant que des opérateurs privés avaient officiellement manifesté leur intérêt à utiliser les sites de stockage de la raffinerie répartis entre Mohammedia et Sidi Kacem », précise une source proche du syndic.

Liquidation qui patine

Le deuxième recours tend à démettre CFG Bank de son rôle de banque d’affaires chargée d’accompagner le processus de liquidation de la société. Le syndic estime que l’établissement n’a quasiment rien fait depuis sa désignation par ordonnance judiciaire rendue le 16 juin 2020.

Non seulement la prospection pour trouver un éventuel repreneur n’a rien donné mais, surtout, les offres transmises par le syndic de la Samir n’auraient jamais été prises au sérieux. Contactés par JA, les responsables de la banque d’affaires n’ont pas souhaité commenté cette marque de défiance.

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Les différentes formules de reprise envisagées jusque-là n’ont pas abouti, que ce soit la cession à un tiers ou à l’État. Ce dernier est d’ailleurs le principal créancier de la Samir à travers l’administration des douanes à qui la société doit plus de 16 milliards de dirhams.

Parmi les autres options, également accueillies favorablement par les salariés, figurent la vente à la collectivité des créanciers et le passage à une gérance libre. Le gouvernement n’a plus qu’à trancher, à moins de choisir la facilité et de laisser le dossier suivre les interminables méandres de la liquidation judiciaire.