Politique

Belgique – RDC : un rapport explosif sur la colonisation

Mis à jour le 3 novembre 2021 à 16:43
Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Damien Glez © Damien Glez

La Commission parlementaire spéciale sur le passé colonial a rendu un rapport qualifié de « bombe » par la presse locale. Ouvrant la voie à d’éventuelles réparations…

La Belgique n’est pas la moins méritoire des anciennes puissances colonisatrices en matière de mea culpa. En 2018, le musée royal de l’Afrique centrale de Tervuren avait rouvert après une refonte de bon aloi. En 2020, le roi Philippe a exprimé au président Félix Tshisekedi ses « regrets » pour les « blessures » infligées au peuple congolais durant l’époque coloniale. Et comme pour « mettre des faits sur des mots », en parallèle du mouvement international Black Lives Matter et des regrets du monarque, le Parlement a mis sur pied une commission pour faire la lumière sur le passé colonial belge.

Histoire brutale

À l’œuvre depuis plus d’un an, les dix experts sélectionnés ont rendu, ce 27 octobre, un rapport de 689 pages qui fera office de base de travail pour les parlementaires chargés du « traitement du passé colonial ». La fameuse journaliste du quotidien Le Soir Colette Braeckman évoque « une bombe qui bousculera aujourd’hui encore les certitudes de nombreux Belges » qui pourraient considérer l’épopée africaine comme une « œuvre civilisatrice ».

Le préjudice subi est impossible à quantifier, estime une des expertes

La structure du rapport se scinde en deux parties. La première constate l’enchaînement brutal de 80 années d’histoire coloniale belge au Congo, de 1885 à 1960, et au double protectorat du Ruanda-Urundi après la défaite allemande de 1918, jusqu’en 1962 : travail forcé, violences, lois contraires aux sociabilités traditionnelles, rabaissement du statut de la femme ou encore racisme fondateur de l’administration coloniale. Même les routes et autres infrastructures, brandies par les spin doctors des « effets positifs de la colonisation », seraient des trompe-l’œil uniquement destinés à l’exploitation optimale des fruits du pillage.

Lois réparatrices ?

La deuxième partie du rapport recommande des réparations : qualifier la colonisation de « crime », prononcer des excuses officielles et non de simples « regrets », indemniser financièrement les victimes ou encore restituer des milliers d’objets africains présents dans les musées belges.

Mais le document des experts n’est qu’un point de départ. Les élus prendront le temps de l’étudier, avant de produire d’éventuelles lois réparatrices. « Le préjudice subi est impossible à quantifier », précise d’ailleurs une des expertes de la commission, l’historienne de l’art Anne Wetsi Mpoma, non sans préciser : « ce qui ne change rien au fait qu’il doit être réparé par une compensation financière. »