Politique

Centrafrique : entre Ziguélé, Dologuélé et Touadéra, l’immunité contre le dialogue ?

La procédure de levée d’immunité parlementaire qui les visait a été suspendue. Une première victoire pour Martin Ziguélé, Anicet-Georges Dologuélé et Simplice Aurélien Zingas dans leur bras de fer contre le pouvoir de Faustin-Archange Touadéra.

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Mis à jour le 3 novembre 2021 à 13:05

Anicet-Georges Dologuélé (en bleu, à droite) lors du lancement de la COD-2020 à Bangui, le 11 février 2020. © CAMILLE LAFFONT/AFP

Le feuilleton agitait Bangui et Paris depuis le 27 octobre dernier. C’est en effet à cette date que le président de l’Assemblée nationale, Simplice Mathieu Sarandji, a publié une note annonçant la convocation d’une commission parlementaire chargée de relancer la procédure de levée d’immunité de trois députés, Martin Ziguélé, Anicet-Georges Dologuélé (tous deux actuellement à Paris) et Simplice Aurélien Zingas.

Ces trois élus sont en effet visés par l’enquête d’un juge d’instruction ayant pour but de faire la lumière sur le rôle qu’ils ont joué dans la création et l’accompagnement de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC), une alliance de groupes armés rebelles aujourd’hui coordonnée par François Bozizé. L’ancien président est d’ailleurs la principale cible de l’enquête judiciaire, au côté de son ancien ministre Thierry Savonarole Maleyombo, détenu depuis janvier.

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Après s’être vu temporairement interdire de sortir du territoire en mars, Ziguélé, Dologuélé et Zingas avaient fait l’objet en avril d’une demande de levée d’immunité parlementaire émise par le ministre de la Justice, Arnaud Djoubaye Abazene. Un quatrième député, Karim Meckassoua, était aussi concerné. Ce dernier, ancien président de l’Assemblée nationale, a depuis été déchu de son mandat parlementaire dans une autre affaire et a fui la Centrafrique.

« Vraiment pas le moment »

Le ministre de la Justice disait alors agir à la demande du juge d’instruction car des « présomptions de culpabilité » avaient été mises au jour dans la procédure visant Bozizé pour « atteinte à la sûreté de l’État » et « rébellion ». Cependant, sa démarche n’avait pas été suivie d’effet, Dologuélé et Ziguélé étant même autorisés à se rendre en France. La note de Simplice Mathieu Sarandji, ce 27 octobre, l’avait ensuite réactivée.

Ferdinand-Alexandre Nguendet (à gauche) et l'ancien président de la Centrafrique François Bozizé (au centre), le 24 novembre 2020. © CAMILLE LAFFONT/AFP

Ferdinand-Alexandre Nguendet (à gauche) et l'ancien président de la Centrafrique François Bozizé (au centre), le 24 novembre 2020. © CAMILLE LAFFONT/AFP

La réaction de l’opposition ne s’est pas fait attendre. Dès le 30 octobre, la Coalition de l’opposition démocratique (COD-2020), soutien de Dologuélé, la formation Patrie, de Crépin Mboli-Goumba, et le Mouvement de libération du peuple centrafricain (MLPC), de Ziguélé, annonçaient qu’ils retiraient leurs représentants du comité d’organisation du futur dialogue national, que Faustin-Archange Touadéra espère toujours tenir avant la fin de l’année. Un coup dur pour le président centrafricain.

C’est prendre le risque d’unir les opposants contre le dialogue

Le comité d’organisation avait en effet dévoilé quelques jours plus tôt les grandes lignes de l’événement promis par le chef de l’État dans les deux mois. « Nous sommes dans la dernière ligne droite. Ce n’est pas le moment de nous mettre à dos les cadres de l’opposition, qui hésitent à participer, explique un ministre à Jeune Afrique. C’est prendre le risque d’unir les opposants contre le dialogue, alors que nous essayons d’en faire participer le plus possible. »

« Victoire temporaire et recul stratégique »

Le 2 novembre, Simplice Mathieu Sarandji a donc fait marche arrière : dans une nouvelle note, il a annoncé retirer la convocation de la commission parlementaire, mettant à nouveau en suspens le processus de levée d’immunité. Le président de l’Assemblée explique agir « dans l’intérêt supérieur de la paix » et à la suite des « réactions négatives » des opposants. Une victoire pour Martin Ziguélé et Anicet-Georges Dologuélé dans le bras de fer qui les oppose à Faustin-Archange Touadéra ?

« Sarandji présente cela comme un cadeau, alors que cette procédure montée de toutes pièces aurait dû être stoppée au niveau de la justice », dénonce Anicet-Georges Dologuélé, contacté par Jeune Afrique. « On parle d’un retrait, et non d’une annulation », nuance encore un proche de l’opposition. C’est une victoire temporaire et un recul stratégique de Sarandji. Il a trouvé une occasion d’être celui qui agit avec sagesse pour ne pas faire capoter le dialogue. »

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L’opposition n’a pas pour autant encore annoncé qu’elle reprenait sa place au sein du comité préparatoire dudit dialogue national. « Le seul rêve de Sarandji et de Touadéra, c’est de ne pas nous avoir sur le dos pendant le dialogue, affirme Dologuélé. Ils n’avaient pas prévu cette grande réaction de l’opposition, qui pourrait compromettre le financement du dialogue par nos partenaires internationaux. Alors ils font semblant de reculer. »