Politique

Mali : où est l’ancienne otage Sophie Pétronin ?

Mis à jour le 3 novembre 2021 à 11:42

Sophie Pétronin, ancienne otage au Mali. © Sophie Petronin © Matthieu Rosier/Hans Lucas via AFP

Libérée en octobre 2020 après près de quatre ans de captivité, la Française est retournée illégalement au Mali il y a sept mois, selon plusieurs sources. Elle est activement recherchée par la gendarmerie malienne.

Son retour était passé inaperçu. L’ancienne captive du Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (GSIM) est pourtant bien revenue au Mali, confirment plusieurs sources concordantes à plusieurs médias dont Jeune Afrique. Elle s’y trouve depuis sept mois, mais sa présence n’a pourtant été rendue publique que le 30 octobre, avec la fuite sur les réseaux sociaux d’une note émanant de la direction générale de la gendarmerie.

Le document, dont l’authenticité à été confirmée à Jeune Afrique par le ministère malien de la sécurité, est destiné à « toutes les unités » de gendarmerie du pays. Ces dernières sont instruites de rechercher « très activement » la Française de 76 ans, « signalée vers Sikasso », une ville située à 370 kilomètres au sud-est de la capitale, et de la « conduire sous bonne escorte » auprès de la gendarmerie nationale de Bamako.

Avalanche de rumeurs

Depuis la fuite de cette note, une avalanche de rumeurs faisant état de la « disparition » et des motifs de retour de Sophie Pétronin se répand sur les réseaux sociaux, relayée notamment par certaines personnalités et sites d’extrême droite. L’ex-otage, convertie à l’Islam durant sa captivité, « s’est-elle volontairement jetée de nouveau dans les bras de ses anciens ravisseurs » ? A-t-elle tenté de rejoindre Gao où elle avait été enlevée en 2016 ? Celle qui avait revendiqué sa conversation à l’Islam lors de sa libération, est-elle « repartie vivre sa foi auprès des terroristes » ?

« Rien de tout ça », répond le journaliste Anthony Fouchard qui a pu s’entretenir avec l’ex-otage. « Sophie Pétronin cristallise la haine d’une partie de l’extrême droite, car son discours ne correspond pas à celui qu’on attend d’un ex-otage. Beaucoup ont estimé que son manque de colère à l’encontre de ses ravisseurs relevait du syndrome de Stockholm. Pourtant, elle n’a pas refusé de condamner Iyad ag Ghali, le chef du GNIM, cependant, elle n’a pas  condamné les petites mains qui étaient ses geôliers, pour la simple raison qu’elle connaît bien le désœuvrement des jeunes dans le Nord du Mali qui les pousse parfois à rejoindre des groupes djihadistes », décrypte-t-il.

Dans un article paru sur le site de Mediapart, l’auteur du livre Il suffit d’un espoir – qui revient sur les années de captivité de la Française –, détaille le retour de Sophie Pétronin à Bamako. Moralement et physiquement affectée depuis son retour en Suisse, elle n’aurait eu qu’une hâte : retrouver Zeinabou, la jeune fille qu’elle a adoptée à Gao. Ne parvenant pas à la faire venir en France, l’ex-humanitaire aurait décidé de retourner au Mali pour la voir. À plusieurs reprises pourtant, ses demandes de visa ont été rejetées par Bamako. Avec le soutien de son fils Sébastien, elle a décidé d’un plan B : passer par le Sénégal, qui n’exige pas de visa, puis franchir la frontière malienne clandestinement, lors d’un voyage en bus.

Rallier Gao ?

Présente illégalement sur le sol malien depuis le mois de mars, Sophie Pétronin n’a pourtant pas été inquiétée avant la fin du mois d’octobre. Les autorités maliennes étaient-elles au courant de sa présence ? L’ambassade de France avait-elle été informée ? Aucune ne souhaite donner d’information. Les autorités de Bamako disent seulement vouloir lui « poser des questions », sans plus de précision.

Sophie Pétronin était tout à fait consciente que sa présence au Mali était conditionnée par la discrétion

Plusieurs sources croient savoir que la Française a été repérée alors qu’elle cherchait à rejoindre la ville de Gao. Une version démentie par Anthony Fouchard, à qui Sophie Pétronin a confié être toujours à Bamako : « Évidemment, son envie initiale était de regagner Gao, mais depuis son retour, elle n’a, à ma connaissance, pas entrepris le voyage. Sophie Pétronin était tout à fait consciente que sa présence au Mali était conditionnée par la discrétion », confie cet ancien correspondant au Mali. La Française a vécu durant vingt ans au Mali. Elle travaillait dans une association d’aide à l’enfance à Gao, lorsqu’elle a été enlevée en 2016. Sa libération n’a été obtenue que quatre ans plus tard, en octobre 2020, avec celle de Soumaïla Cissé, en échange de celle de 200 djihadistes.