Société

Hommage au « Vieux » Tshitenge Lubabu M.K.

Mis à jour le 2 novembre 2021 à 16:17
Trésor Kibangula

Par Trésor Kibangula

Analyste politique, Congo Research Group/Groupe d'étude sur le Congo

Tshitenge Lubabu en 2014, à Paris © Vincent Fournier/JA

Tshitenge Lubabu s’est éteint à Kinshasa, le 31 octobre, à l’âge de 66 ans des suites d’une éprouvante maladie. Les mots manquent pour raconter tout ce que fut cet ancien collaborateur de Jeune Afrique à la plume acérée.

Élégance. C’est ce qui frappe lorsque l’on croise pour la première fois Tshitenge Lubabu M.K. dans les couloirs de Jeune Afrique, au 57 bis rue d’Auteuil, à Paris. Son style vestimentaire raffiné, ses cheveux toujours soigneusement peignés qui lui donnaient un air de dandy et, surtout, son langage soutenu.

En RDC, ceux qui sont nés au début des années 1980 connaissaient surtout son nom – mieux sa signature – grâce aux coulisses de ses reportages, à ses analyses sans concession des questions politiques et de société dans les deux Congo et à ses incontournables « Post-scriptum ». Très peu l’ont vu présenter son émission littéraire sur l’OZRT, la radiotélévision publique du Zaïre. Peu importe. Tshitenge Lubabu était un modèle pour beaucoup de jeunes qui aspiraient à faire ce métier. On l’a beaucoup lu et on voulait écrire comme lui.

Nos dernières fois dans la capitale congolaise, au restaurant et chez lui, furent troublantes. Cela faisait quelque temps déjà que « mkubwa » – le grand, l’aîné, voire le supérieur, en swahili, comme je l’appelais – avait décidé de rentrer en RDC après vingt-six années de riches expériences journalistiques, notamment au sein de L’Autre Afrique et de Jeune Afrique. Tshitenge Lubabu apparaissait changé, affaibli dans sa lutte épuisante contre la maladie.

Idéaliste

Son retour au pays ne s’était visiblement pas passé comme il espérait. Au sein de la rédaction du journal économique local dont il était devenu le rédacteur en chef en 2014, il travaillait avec des « journalistes mal formés » qui ne répondaient pas à ses attentes en matière de rigueur, et encore moins d’un point de vue déontologique. Il effectuait également des voyages dans le Maniema pour suivre les traces d’un politique sur lequel il écrivait un livre – c’est d’ailleurs dans cette province orientale du pays que sa santé a commencé à se dégrader. Le dimanche 31 octobre, Tshitenge Lubabu s’est éteint à Kinshasa, à l’âge de 66 ans.

Ce n’est pas parce qu’un Kasaïen est président, que je devrais forcément rejoindre le navire du pouvoir

Tout au long de son combat éprouvant contre la maladie, il a repris ses collaborations avec Jeune Afrique pour livrer, ponctuellement, ses post-scriptum. Plusieurs fois, certains hommes politiques aujourd’hui au pouvoir, admirateurs pour la plupart de sa plume parfois acérée, mais non sans une dose d’ironie, demandaient de ses nouvelles. D’autres l’auraient bien imaginé conseiller dans leur cabinet. Fidèle à ses convictions, « Tshi » n’a jamais voulu véritablement franchir le pas. « Ce n’est pas parce qu’un Kasaïen est président de la République, comme moi, que je devrais forcément rejoindre le navire du pouvoir », me confiait-il lors de l’un de nos derniers rendez-vous. Par idéalisme, il a parfois opéré des choix de vie ou de carrière difficiles ou intenables.

Mais on gardera surtout de lui l’image d’un spécialiste de l’Afrique centrale et, surtout aussi, celle d’un fin connaisseur de l’histoire subsaharienne, capable de passer des heures sur un plateau de télévision à commenter, en direct, un événement sur le continent. Ce fut le cas, début décembre 2013, à la mort de Nelson Mandela. C’est aujourd’hui son tour de partir. Mais pas facile de trouver les mots justes pour raconter tout ce qu’il fut. Sa disparition est, en tout cas, une grosse perte pour notre profession.