Société

Achraf Hakimi : « Je représente le Maroc et l’Afrique tout entière »

Mis à jour le 7 novembre 2021 à 10:07

Achraf Hakimi, international marocain et joueur du Paris Saint-Germain, au Camp des Loges, à Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), le 1er novembre 2021. © Antoine Cheltiel

Le football a toujours été un moyen pour l’Afrique d’exister sur la scène internationale. Alors lorsqu’un joueur du continent se démarque par son talent, il en devient un symbole de réussite. Rencontre avec l’étoile montante des Lions de l’Atlas.

À seulement 23 ans, Achraf Hakimi, fils d’immigrés marocains qui a grandi à Getafe, dans la banlieue de Madrid, suscite l’admiration des amateurs de ballon rond. Joueur du Paris Saint-Germain depuis cet été, et figure de proue de la sélection marocaine, il collectionne les titres et les récompenses individuelles autant que les louanges des supporters et de la presse spécialisée.  

Mais quel est son rapport au Maghreb, à l’Afrique et à ses origines ? Pour répondre à ces questions, Jeune Afrique est allé rencontrer l’Hispano-Marocain à Saint-Germain-en-Laye, en région parisienne. Après un entraînement matinal aux côtés de stars planétaires telles que Lionel Messi, Neymar et Kylian Mbappé, c’est un jeune homme réservé et posé qui vient à notre rencontre dans une petite salle du Camp des loges, le centre d’entraînement du club de la capitale. Entretien avec celui qui vient d’être élu par la FIFA meilleur latéral droit au monde.

Jeune Afrique : Quand tu joues dans un club européen comme c’est ton cas depuis des années, comment est-ce que le public marocain te montre l’affection qu’il a pour toi ?

Achraf Hakimi : Cela me rend très fier de voir que les gens apprécient ce que je fais, ma façon de jouer, ce que je dégage, sur le terrain et en dehors du terrain. Les supporters marocains m’apportent beaucoup de bonheur et je veux leur montrer ma gratitude en donnant le meilleur de moi-même à chaque match.

Quel regard portes-tu sur le travail réalisé par la fédération marocaine de football ces dernières années ?

La fédération fait du très bon travail. Elle a déployé de gros efforts pour la sélection, mais pas seulement. La fédération s’implique beaucoup pour les équipes de jeunes, pour tous ceux qui viennent « d’en bas », pour tous les amateurs de football en général. Elle cherche à offrir les meilleures conditions possibles à la pratique de notre sport.

Il est important que le Maroc dispose de grands stades et d’infrastructures modernes

Concernant la sélection nationale, la fédération met tout en œuvre pour que nous nous préparions au mieux en vue de réaliser de grandes choses dans les deux grandes compétitions que nous visons (la Coupe d’Afrique des Nations au Cameroun, en janvier 2022, et la Coupe du monde au Qatar, dix mois plus tard). La fédération investit beaucoup et nous a ainsi doté d’un superbe centre d’entraînement. Nous sommes très heureux d’évoluer dans ces conditions et de profiter de telles installations.

Quelle est ta relation avec Noureddine Naybet [nommé, en janvier 2020, directeur technique national par le président de la FRMF (Fédération royale marocaine de football), Fouzi Lekjâa, NDLR] ?

Nous nous entendons bien et communiquons régulièrement par WhatsApp. Nous parlons de choses et d’autres, de nos vies respectives, mais surtout il me donne des conseils et me félicite quand j’ai réalisé de bonnes performances. Noureddine Naybet est une légende de la sélection marocaine, c’est un honneur de pouvoir discuter avec lui et surtout d’apprendre de son expérience, de ses recommandations, afin que je puisse suivre ses pas.

Le 9 octobre dernier, la Guinée-Bissau devait recevoir le Maroc mais, ne disposant pas de stade aux normes requises, le match s’est finalement tenu à Casablanca. Le royaume occupe-t-il une place plus importante au sein du football continental ?

Dans ce cas précis, la Guinée-Bissau ne pouvait pas jouer dans son stade et a donc demandé à la Confédération africaine de football (CAF) où cette rencontre pouvait être disputée. Plusieurs pays ont été proposés. La plupart ont refusé d’accueillir les Bissau-Guinéens, contrairement au Maroc. Le match s’est donc déroulé à Casablanca. Il est important que le Maroc dispose de grands stades et d’infrastructures modernes, et j’aime savoir que joueurs et sélections apprécient y évoluer.

L’Afrique produit des joueurs qui comptent parmi les meilleurs

As-tu l’impression que les Marocains sont plus fiers de leur équipe nationale ces dernières années ?

Chaque fois que tu grandis dans ta vie de footballeur ou dans ta vie personnelle, que tu continues de progresser dans les différents aspects de ton jeu, tu sens toujours plus d’affection. Cela donne beaucoup de satisfaction aux Marocains, qui se sentent fiers de toi, et le montrent, bien plus qu’auparavant, c’est vrai.

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Comment juges-tu le niveau des qualifications pour le mondial, des équipes africaines?

Le niveau est bon, et ce sont en général des matchs relevés. Mais il est difficile de jouer en Afrique, ce n’est pas comme en Europe : le climat, la qualité des terrains, les installations, les hôtels… Il faut savoir s’adapter à toutes ces circonstances si l’on veut atteindre les objectifs de victoire et de qualification. C’est cet ensemble de choses qui contribue à te faire progresser et grandir en tant que joueur.

Si les stars du football africain sont sur le devant de la scène, ne trouves-tu pas que les joueurs africains sont sous-estimés de façon générale ?

Il y a de grands joueurs africains qui font de grandes choses pour leur pays et dans leurs clubs. Petit à petit, les Africains montrent au monde entier qu’ils peuvent rivaliser avec les meilleurs. C’est le cas de Mohamed Salah, de Sadio Mané, de Riyad Mahrez…  Je pourrais donner tellement de noms qui figurent potentiellement dans le top 10 mondial.

La décision de jouer pour la sélection marocaine s’est prise naturellement

Je suis ravi que les gens s’intéressent au football africain et vouent une telle admiration aux joueurs précités. J’espère que les choses continueront d’évoluer dans ce sens. Ce serait une erreur de sous-estimer le football africain, car l’Afrique produit des joueurs qui comptent aujourd’hui parmi les meilleurs.

Tu as évolué dans de grands clubs européens – le Real Madrid, le Borussia Dortmund, l’Inter Milan – et joues aujourd’hui à Paris. Tout au long de ces expériences, sentais-tu que tu représentais le Maroc ? L’Afrique ?

J’ai la chance de jouer dans de grands clubs. Bien sûr, j’y représente le Maroc, mais je représente aussi le grand continent qu’est l’Afrique. De nombreux Africains s’identifient à moi et, un peu partout, m’apportent leur soutien quand je vais jouer en sélection sur le continent. Ils me témoignent leur affection, m’encouragent et m’incitent à m’améliorer encore et encore. Cela me rend très fier de représenter non seulement le Maroc mais aussi l’Afrique tout entière.

Ces dernières années, en France, la question de l’intégration des jeunes issus de l’immigration s’est imposée dans le débat public. Tu vivais à Getafe, dans la banlieue de Madrid, que peux-tu nous dire de ce que tu as vécu pendant ton adolescence ?

Je ne me sens pas particulièrement concerné par ce débat. Là où je vivais, il y avait beaucoup de gens d’origine marocaine, et il n’y avait pas spécialement de problèmes entre les uns et les autres. En réalité, tout est affaire de bonnes ou de mauvaises personnes. À Getafe, j’ai eu la chance de côtoyer des gens qui m’ont permis de m’épanouir et de devenir celui que je suis.

Tu es né en Espagne et aurais pu choisir la Roja, mais tu as préféré les Lions de l’Atlas. Était-ce un rêve d’enfant ou est-ce que ce choix a été une décision difficile ?

C’est une décision qui a été mûrement réfléchie et prise au moment opportun. Ce choix a été fait en discutant avec mes parents, avec ma famille. À la maison, nous regardions beaucoup de football marocain et suivions naturellement la sélection. Je regardais ces joueurs et pensais intérieurement : « Si seulement un jour je pouvais jouer pour l’équipe nationale ». Le jour où ils m’appellent arrive, je vais faire un essai et me sens tout de suite très bien. Je suis de culture musulmane, arabe, et lorsque tu baignes dans une culture, tu es plus habitué à certaines choses et te sens plus à l’aise à un endroit qu’à un autre. La décision s’est prise naturellement, en accord avec ce que j’avais connu dans mon environnement familial.

Envisages-tu d’aller vivre au Maroc après ta carrière ?

Qui sait de quoi demain sera fait ? J’aime le Maroc. J’aime profondément mon pays et sa culture. Alors pourquoi pas ? On verra bien ce que la vie me réservera. Mon père vient de Oued Zem, et ma mère est originaire de Ksar El Kébir, mais si je vivais là-bas, selon moi, ce serait dans une autre ville.