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Burkina Faso : Kemi Seba expulsé avant une manifestation contre la présence française au Sahel

Par - à Ouagadougou
Mis à jour le 2 novembre 2021 à 14:55

Kemi Seba, de son vrai nom Stellio Capo Chichi, lors d’une manifestation contre le franc CFA et la « Françafrique », à Dakar, le 19 août 2017. © Clement Tardif pour Jeune Afrique

Selon les informations recueillies par Jeune Afrique, l’activiste franco-béninois Kemi Seba a été expulsé du Burkina ce samedi. La veille, il avait été interpellé alors qu’il était en route pour Bobo-Dioulasso.

Le séjour de Kemi Seba au Burkina Faso aura été de courte durée. L’information a été confirmée à Jeune Afrique par plusieurs sources : Kemi Seba a été expulsé du pays samedi 30 octobre après-midi, le lendemain de son arrivée. Il aurait embarqué dans un avion en direction de Cotonou.

Vendredi 29 octobre, aux alentours de 14 heures, Kemi Seba et plusieurs personnes travaillant avec lui ont été interpellés à Sabou, une petite ville située sur la RN 1, à 80 km de Ouagadougou. L’activiste franco-béninois se rendait à Bobo-Dioulasso pour participer à une manifestation « contre le néocolonialisme » qui devait se tenir ce samedi.

Selon nos sources, Kemi Seba et trois membres de son ONG, Urgences panafricanistes, ont été détenus par les services de sécurité burkinabè mais les motifs de leur interpellation restent inconnus. À ce stade, nous ignorons ce qui leur est reproché », a déclaré à Jeune Afrique Roland Bayala, porte-parole de la Copa-BF, organisatrice de la manifestation. Dans la matinée de samedi, ils ont été conduits à l’aéroport de Ouagadougou, selon Prosper Farama, l’avocat de Kemi Seba. Si ce dernier a été expulsé, ses trois collaborateurs sont toujours détenus par les services de sécurité burkinabè.

Lutte contre la présence française

L’activiste était arrivé dans le pays à l’invitation de la Coalition des patriotes du Burkina Faso (Copa-BF), une plateforme qui milite contre la présence militaire française au Sahel. Des manifestations similaires ont déjà eu lieu au Mali et en Guinée ces derniers mois.8’

 

N’ayant pas reçu le feu vert des autorités, les organisateurs ont décidé de surseoir à la marche et proposé de tenir en lieu et place un meeting. « Là encore, nous avons reçu un refus catégorique. Les autorités pensaient que Kemi Seba venait pour déstabiliser le pays. Après d’intenses pourparlers, elles nous ont concédé la salle du gouvernorat pour une conférence publique. À notre grande surprise, Kemi Seba a été interpellé avant même d’arriver à Bobo Dioulasso », explique Roland Bayala, porte-parole de la Copa-BF. Lequel tient à clarifier la position de son mouvement : « notre lutte est dirigée contre la présence française et l’impérialisme et non contre nos autorités ».

Coutumier des coups d’éclats

En 2019, Kemi Seba avait été condamné au Burkina Faso après des propos jugés outrageants contre le chef de l’État burkinabè, Roch Marc Christian Kaboré, qu’il avait accusé d’être aux ordres de Paris. Un an plus tôt, le militant anti-CFA, qui effectuait une tournée de présentation de son ouvrage intitulé « L’Afrique libre ou la mort » avait pourtant été reçu avec tous les égards par le président Roch Marc Christian Kaboré.

Kemi Seba, de son vrai nom Stellio Capo Chichi, se définit comme un « polémiste et conférencier panafricain ». Jouissant d’une certaine popularité, mais adepte des déclarations extrémistes contre la France et le franc CFA, il est coutumier des interpellations et a été de nombreuses fois expulsé de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest ces dernières années.

Avant de se rendre à Ouagadougou ce vendredi, il était à Conakry. Trois ans après avoir été expulsé du pays, il avait fait son grand come-back, s’affichant avec Mamadi Doumbouya, le chef de la junte qui a renversé Alpha Condé le 5 septembre dernier.