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Salif Keita : « Je veux aider le ballon africain »

Le président de la Fédération malienne de football, ex-gloire des terrains européens, brigue un poste au comité exécutif de la Fifa.

Ex-attaquant de Saint-Étienne, plus jeune international malien de l’Histoire, ancien ministre, Salif Keita a également fondé un centre de formation à Bamako avant d’occuper ses actuelles fonctions.

Jeune Afrique/l’Intelligent : Quel bilan faites-vous de vos cent jours à la tête de la Fédération malienne de football [FMF] ?
Salif Keita : La FMF avait des dettes qu’il fallait vite éponger. Outre une subvention du ministère de la Jeunesse et des Sports et l’apport de quelques sponsors locaux, des membres du bureau ont avancé des fonds. Nous avons ainsi pu faire face aux échéances et régler, entre autres, des arriérés de factures d’électricité et de téléphone. En dépit de cette situation financière critique, nous avons pu également organiser le match de Coupe du monde Mali – Congo et sommes parvenus à boucler le championnat et la Coupe du Mali 2005.
J.A.I. : Après les urgences, il y a les priorités…
S.K. : Dans le football africain, il y a deux entités à gérer. D’abord, l’élite professionnelle expatriée. Il est indispensable d’entretenir de très bonnes relations avec tous ses membres. À la mi-août, nous en avons rencontré un grand nombre à Rennes. Ils ont – et c’est encourageant – envie de rejouer avec l’équipe du Mali. Vient ensuite le football local et ses problèmes. Les clubs sont démunis : il faut les aider matériellement. La FMF prévoit de leur accorder, en début de saison, une subvention de 5 millions F CFA. Chaque ligue régionale recevra 3 millions de F CFA. Les clubs qualifiés pour les Coupes d’Afrique bénéficieront quant à eux d’un coup de pouce initial de 5 millions F CFA et d’un second du même montant par tour franchi.
J.A.I. : Le manque de moyens financiers des clubs est effectivement un problème de première importance…
S.K. : Oui, c’est notre talon d’Achille car, pour le reste, nous ne manquons ni de talent ni d’infrastructures. Les clubs n’ont pas beaucoup d’argent et, du coup, ne parviennent pas à motiver leurs jeunes, qui ne s’entraînent pas assez. Conséquence : ils ne progressent pas, et le niveau technique du championnat reste assez bas.
J.A.I. : Un effort de formation est donc nécessaire.
S.K. : La formation des jeunes est elle aussi au centre de nos préoccupations. Pour ce faire, nous avons sollicité l’ancien international français Jean-Marc Guillou, qui a fondé une Académie du football à Abidjan. Il est venu au Mali afin d’étudier l’implantation d’une structure identique. Reste aussi à assurer la régularité des compétitions. Au cours de la saison, il arrive qu’on arrête le championnat deux ou trois semaines, qu’on avance ou retarde la reprise. Ce n’est pas rationnel. La FMF veillera à ce que tous les matchs soient disputés aux dates fixées.
J.A.I. : Quatre grands clubs de Bamako sont encadrés par des entraîneurs non maliens. Est-ce une bonne chose ?
S.K. : Partout en Afrique, la mode est aux techniciens expatriés. Évidemment, il y a des bons et des moins bons. Notre règle : s’interdire de recruter aveuglément, privilégier la compétence et la conception de jeu. Par ailleurs, peu de techniciens locaux ont obtenu des résultats convaincants. Et beaucoup d’entre eux refusent de travailler pour les salaires qu’on leur propose.
J.A.I. : La FMF a adressé, fin juin, à la Confédération africaine de football [CAF] votre candidature à un poste au comité exécutif de la Fifa. Pourquoi cette démarche ?
S.K. : C’est une décision qui avait été prise par l’ancien bureau de la FMF. Compte tenu de ma carrière professionnelle, de ma connaissance du foot ainsi que des langues que je parle, on a pensé que j’étais le mieux placé pour postuler. Au sein du comité exécutif de la Fifa, l’Europe compte parmi ses huit représentants deux anciens joueurs : Michel Platini et Angel Maria Villar Llona. L’Afrique, aucun. Par ailleurs, aucun ancien footballeur ne dirige d’association nationale africaine, à part Mario Coluna au Mozambique et moi-même.
J.A.I. : Un poste au comité exécutif, c’est une confortable situation de rente [100 000 dollars d’indemnité annuelle plus les per diem et autres avantages et privilèges]. L’argent fait-il courir Salif Keita ?
S.K. : Ma candidature n’a aucun but lucratif. Mon unique motivation, c’est de pouvoir réaliser ce que pendant des années on m’a empêché de faire : mettre mon expérience au service du ballon malien, africain et mondial.
J.A.I. : La nomenklatura du foot africain n’a pas favorablement accueilli votre candidature : on vous reproche de manquer d’expérience et on estime votre ambition prématurée…
S.K. : Manquer d’expérience à 60 ans, cela prête à rire ! Par ailleurs, il n’y a pas, que je sache, d’école où l’on apprend à diriger les affaires du foot. Sans doute, pour certains, n’ai-je pas d’expérience, mais mon vécu sur et en dehors du terrain parle pour moi. J’ai été professionnel en France, en Espagne, au Portugal et aux États-Unis. Je suis malien et africain et je connais bien le foot de mon pays et du continent.
J.A.I. : L’Algérien Rachid Mekhloufi en 2000 puis le Ghanéen Abedi Pelé en 2004 n’ont pas été élus au comité exécutif de la CAF. Pourquoi ne veut-on pas des anciens joueurs dans cette instance ?
S.K. : Je regrette profondément que les anciens joueurs soient complètement exclus de la gestion du football africain. Regardez, en Europe, comme les Beckenbauer, Platini, Cruyff, et autres Butragueno sont influents. Pourtant, ils n’ont fait que jouer au ballon. Comme nous.
J.A.I. : Lors de l’élection à la présidence de la Fifa en 2002, de grands joueurs africains comme Roger Milla, Joseph-Antoine Bell, Abedi Pelé et George Weah ont soutenu Joseph S. Blatter. Le président de la Fifa renverra-t-il l’ascenseur et soutiendra-t-il votre candidature au comité exécutif ?
S.K. : Une fois élu, Blatter a accompli des gestes conséquents envers les joueurs. Il a créé et responsabilisé une commission du football que préside Angel Maria Villar Llona et dont sont membres Platini, Pelé, Beckenbauer, Eusebio, Abedi Pelé, Milla et Weah, pour ne citer qu’eux. Le président Blatter n’a pas à soutenir ou à s’opposer à ma candidature, il devrait se réjouir que je puisse me retrouver au sein de l’exécutif.

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