Économie

G20 : de la parole aux actes… et si les pays riches tenaient leurs engagements ?

Mis à jour le 30 octobre 2021 à 16:46
Friederike Röder

Par Friederike Röder

Friederike Röder est vice-présidente Plaidoyer de Global Citizen.

Au palais des Congrès de Rome, qui accueille le sommet du G20, les 30 et 31 octobre. © PAVEL BEDNYAKOV/AFP

Réduire les inégalités engendrées par la pandémie de Covid-19, telle est l’une des principales priorités des pays riches réunis en Italie les 30 et 31 octobre. Pour y arriver, ils devront définir des objectifs clairs et, surtout, s’accorder sur un plan de bataille.

Ce week-end s’ouvre un grandiose ballet des nations à Rome. Il est l’heure, pour les plus riches de ce monde, d’entrer dans la danse pour apporter des solutions concrètes aux enjeux majeurs auxquels l’humanité est confrontée. Force est de constater que toute décision prise lors de ce forum de gouvernance mondiale pèsera sur notre avenir. Les chiffres qui illustrent cette vérité sont étourdissants : les pays du G20 constituent les deux-tiers de la population mondiale, et représentent à eux seuls sur la planète 85 % du PIB, 75 % du commerce ainsi que 80 % de l’investissement.

Quatre priorités, ô combien primordiales, détermineront la capacité du monde à retrouver le chemin d’une relance verte et équitable après deux années de pandémie foudroyante. Si le bilan aujourd’hui est loin d’être positif, il est encore temps de changer le cours des choses et de faire preuve de bon sens. Personne n’est protégé du virus mortel de la COVID-19 tant que nous ne le serons pas tous. Personne n’est, non plus, à l’abri des répercussions du changement climatique si certains pays continuent de polluer la Terre.

Un « bien public mondial »

Le constat, après le début des campagnes de vaccination, est alarmant : le monde est scindé entre les grandes puissances d’un côté, qui ont la main sur les vaccins et s’apprêtent à commencer à injecter une troisième dose à leur population et, de l’autre, les pays les plus pauvres qui n’en ont pas. Tandis que six milliards de doses de vaccins contre la COVID-19 ont été administrées à travers le monde, seuls 3 % de la population des pays à faible revenu a été vaccinée, contre près de 70 % en France. Si l’adage veut qu’il vaille mieux tard que jamais, il est temps que le G20 se fixe comme objectif de vacciner au moins 70 % de la population de chaque pays d’ici le milieu de l’année prochaine… et qu’il s’accorde sur un véritable plan de bataille pour atteindre cet objectif.

Le G20 doit s’engager à livrer un milliard de doses de vaccin contre la COVID-19 d’ici à la fin de l’année

Première étape pour assurer un semblant de normalité : les membres du G20 pèsent assez sur la scène internationale pour exiger que l’industrie pharmaceutique fasse preuve de davantage de transparence. Mais eux-mêmes devraient commencer par suivre cette voie. Si la vaccination contre la COVID-19 progresse dans une partie du monde, les données les plus essentielles ne sont guère disponibles : combien de doses les laboratoires pharmaceutiques produisent-ils et combien de doses supplémentaires pourraient-ils produire ? À qui ces doses sont-elles destinées, sous quelles conditions et à quel prix ? Quand les vaccins seront-ils livrés ? Sans ces informations, comment pouvons-nous véritablement atteindre l’objectif de vacciner 70 % de la population mondiale au plus vite ?

Si de nombreux pays ont promis de partager des doses avec ceux qui en ont besoin, les promesses restent en deçà des attentes pour assurer l’immunité collective. Le G20 doit publier les calendriers de livraison et s’engager à livrer un milliard de doses de vaccin contre la COVID-19 d’ici à la fin de l’année. En outre, la question de la propriété intellectuelle des vaccins va de paire avec celle de l’augmentation de la production. Il appartient, en effet, au G20 de combler le fossé qui divise les partisans d’une levée temporaire des brevets et leurs détracteurs au sein du G20. Levée temporaire, précisons-nous, jusqu’à ce que la planète sorte de la pandémie. Nous le savons pertinemment bien : les laboratoires pharmaceutiques tirent profit de la fabrication de vaccins. Faire des vaccins contre la COVID-19 un « bien public mondial » n’est pas seulement une question de santé publique. C’est également un impératif moral et politique.

Un verdict sans appel

Les pays du G20 sont les plus importants pollueurs de la planète, à l’origine des deux tiers des émissions de gaz à effet de serre : le verdict est sans appel. S’ils ne prennent pas, aujourd’hui, les mesures nécessaires pour réduire leurs émissions de CO2, le monde continuera de se réchauffer au-delà des 1,5 degrés et les phénomènes météorologiques extrêmes décimeront des communautés entières.

Il est temps que les plus puissants honorent leur engagement à mobiliser, enfin, 100 milliards de dollars par an pour les plus démunis

Il importe de rappeler aux dirigeants du G20 que les pays pauvres sont les plus vulnérables au changement climatique alors qu’ils ne sont responsables que d’une infime partie des émissions de CO2. Après une décennie d’inaction, il est temps que les plus puissants de ce monde honorent leur engagement à mobiliser, enfin, 100 milliards de dollars par an pour aider les nations les plus démunies à lutter contre la crise du climat. En outre, il est temps aussi que les pays du G20 s’engagent à prendre des mesures concrètes et urgentes pour parvenir à des émissions de gaz à effet de serre nulles d’ici 2050. Il s’agirait de supprimer progressivement les subventions aux combustibles fossiles au plus tard d’ici à 2025, de cesser dès maintenant toute construction de centrales électriques brûlant du charbon et de s’engager à préserver, planter et restaurer 1 000 milliards d’arbres d’ici 2030. Ceci, bien sûr, sans entourloupes diplomatiques, sans notes de bas de pages, et avec des dates et des cibles claires.

Enrayer la crise alimentaire

Résoudre les défis les plus urgents, tels que la pandémie de COVID-19 et le changement climatique, nécessite de repenser radicalement les méthodes de  financement. Il y a peu, le FMI a pris la décision historique d’allouer 6,5 milliards de dollars pour contribuer à lutter contre les répercussions de l’épidémie. Ces Droits de tirages spéciaux (DTS) sont un instrument monétaire unique utilisé en temps de crise. Ironie du sort, les pays du G20 sont les premiers bénéficiaires de ces fonds alors qu’ils n’en ont guère besoin. À l’instar du président Macron, qui a annoncé que la France réorienterait 20 % de ses DTS vers l’Afrique, les grandes puissances ont l’opportunité de les redistribuer aux pays les plus pauvres, à hauteur d’au moins 100 milliards de dollars, pour amorcer une véritable relance mondiale.

La pandémie de COVID-19 a plongé des millions de personnes dans la pauvreté tandis que la faim se répand dans certaines régions du monde. On estime aujourd’hui que 41 millions de personnes sont au bord de la famine, soit les deux tiers d’une population comme celle de la France. Il est nécessaire que les dirigeants du G20, qui se délecteront à Rome, débloquent 300 millions d’euros d’aide d’urgence pour combattre la crise alimentaire, tout en investissant dans des systèmes durables à long terme et en soutenant les petits exploitants agricoles pour qu’ils s’adaptent au changement climatique. Les décisions prises lors de ce ballet des nations à Rome détermineront si le plus grand sommet sur le climat qui s’ensuit, la COP26, offrira une sortie de crise ou pas. Il n’y a plus aucune excuse à rester passif, ou à manquer à ses obligations. C’est maintenant ou jamais.