Société

Algérie : un engouement grandissant pour les activités sportives

Mis à jour le 30 octobre 2021 à 18:50

Départ du semi-marathon international de Béjaia, le 29 octobre 2021. © Saïd Arezki

Grande fête populaire, la 15e édition du semi-marathon international de Béjaia a réuni 3000 participants, confirmant l’engouement grandissant de la population pour la course à pied et plus généralement pour le sport. Reportage.

« Le sport est un vaccin universel contre toutes les maladies, pas besoin de piqûre, juste une bonne paire de baskets », affirme, du haut de ses 70 ans, Hassani Abdelhamid, qui vient de boucler le parcours de 7 kilomètres de la 15e édition du semi-marathon international de Béjaia en tout juste une heure.

Cet homme au sourire avenant ne court presque plus que sur une jambe à cause d’un accident de voiture, mais, avec son groupe d’amis, il est de toutes les courses, de toutes les randonnées qu’on lui propose.

« C’est grâce au sport que j’ai découvert mon pays. Les rencontres, les amis, le plaisir, c’est cela que m’apporte le sport.  Nous avons un très beau pays et une jeunesse en or, et nous sommes reçus à bras ouverts par la communauté sportive partout », se félicite-t-il.

Son ami Djellal, 82 ans, doyen de la course, a bouclé les 7 kilomètres en 75 minutes. « Nous avons fait le Sud, la Kabylie et pratiquement toutes les régions de l’Algérie. Nous faisons cela juste par plaisir et pour le plaisir », explique Djellal, en buvant de petites gorgées d’eau pour se réhydrater après la course.

Une marée humaine bigarrée

Comme eux, ils sont des milliers à avoir pris part au semi-marathon international de Béjaia, en ce vendredi 29 octobre très printanier. Il faut avoir vu, au moins une fois dans sa vie, un départ de marathon. C’est un spectacle que ne s’oublie pas. Une marée humaine bigarrée et joyeuse qu’un simple cordon retient attend fiévreusement le coup de starter.

Au signal, des milliers de coureurs aux maillots bariolés et hauts en couleur s’élancent en même temps. C’est une forêt de jambes tout à coup en mouvement. C’est comme un barrage qui se rompt brusquement pour déverser son trop plein d’énergie en un torrent impétueux, puis en un long fleuve qui va s’étirer sur des kilomètres à mesure que la course avance.

Hommes et femmes de tous âges

Du vif coureur de 18 ans au fringant vieillard de plus de 80 printemps, ils sont des deux sexes, de tous âges et de toutes les classes sociales. Chez le peuple de coureurs, on trouve aussi bien le lièvre qui file à grand train que la tortue nonchalante qui va son bonhomme de chemin sans se soucier des autres, l’important étant d’arriver à bon port.

Côté femmes, elles sont de toutes les tranches d’âge également. Il y a là la déesse callipyge, écouteurs vissés aux oreilles et tenue de sport griffée de la tête aux pieds, chaussée de Nike ou de Reebok, et il y a la quinquagénaire un peu rondelette qui court pour perdre ses bourrelets. Il y a même dans le lot une maman qui court avec son bébé dans la poussette. Une seule chose réunit tout ce beau monde : l’amour du sport et le plaisir de la course à pied en groupe.

Un moyen de se maintenir en forme

Dans le peloton de tête, il y a les professionnels, sportifs aguerris, qui courent pour gagner. Derrière ces bolides, il y a tous les autres. Les amateurs qui ne sont là que pour le plaisir d’aligner les kilomètres. Les uns cherchent la performance, les autres un moyen de se maintenir en forme et en bonne santé.

Pour ce vendredi sportif, Béjaia, port méditerranéen aux 2 000 ans d’histoire, organise une « matinée sans voitures ». Les automobilistes ont été priés de laisser leurs encombrants véhicules au garage. La ville n’appartient plus qu’aux coureurs.

Le semi-marathon international de Béjaia est revenu après une pause de deux ans pour cause de pandémie mondiale. Une quinzième édition qui n’a drainé qu’un peu plus de 3 000 participants sur les 6 000 habituels.

Cette course s’est imposée au fil des ans comme la manifestation sportive de masse la plus importante du pays

Qualité de l’organisation, double parcours (7 et 21 kilomètres), sérieux, convivialité, cette course s’est imposée au fil des ans comme la manifestation sportive de masse la plus importante du pays. La seule homologuée par les instances internationales de l’athlétisme mondial. Celle qu’il ne faut pas rater quand on est un passionné du running.

Plus qu’un rendez-vous sportif, c’est une grande fête populaire, haute en couleurs, où hommes et femmes communient dans l’effort, la joie et la convivialité.

Une année de préparation

Derrière cette belle réussite se cache une association qui fonctionne comme une entreprise, avec rigueur, discipline et professionnalisme : l’Athletic Mediterranean Club de Béjaia (AMCB), qui mobilise chaque année plus de 700 jeunes et 120 médecins et infirmiers pour encadrer la course. L’événement, qui dure une demi-journée, requiert une année complète de travail et de préparation.

Le semi-marathon est l’occasion idéale pour sensibiliser la population aux bienfaits du sport afin de préserver son capital santé. « Courir est la base de tous les sports. Si on court, on peut dire adieu aux maladies. Le semi-marathon est l’évènement idéal pour faire la promotion des vertus du sport », affirme tout de go Mohamed, l’un des organisateurs.

Chez le peuple des coureurs, on n’est pas fainéant : on court deux à trois fois par semaine, on fait très attention à son alimentation et on possède une bonne hygiène de vie. « C’est une passion qui m’aide à trouver mon équilibre », estime Kamel, 42 ans, médecin généraliste de son état, qui s’astreint à courir deux à trois fois par semaine.

Randonnées, courses de fond et exercices en salle

Rencontré sur la ligne d’arrivée, Mahfoud, 70 ans, ne manque pas un marathon depuis des années. Il est membre du club « Les amis de la course à pied sur route », qui regroupe près de 300 membres. Ils louent des bus et se déplacent en groupes à chaque course.

Meriem, pharmacienne originaire d’Alger, en est à son deuxième semi-marathon. Avec son groupe, elle participe autant aux randonnées qu’aux courses de fond un peu partout en Algérie. « On s’entraîne ensemble et cela m’apporte un bien être physique et moral », dit-elle.

Ces dernières années, beaucoup de salles de sport ont ouvert leurs portes jusque dans les villages le plus reculés. Pour lutter contre la sédentarité, le stress ou l’obésité, beaucoup d’Algériens s’adonnent au sport en salle ou en plein air.

Chez le peuple de sportifs, le rat des champs, qui ne jure que par la course dans la nature, côtoie son cousin, le rat des villes, qui ne se rencontre que dans les salles encombrées de tapis et de machines à dégraisser.

Un facteur d’équilibre

« Depuis que j’ai repris le sport, je me sens très bien moralement et physiquement », dit Amel, 26 ans. Pour cette anthropologue et professeure d’université, le sport est un indispensable facteur d’équilibre qui l’aide à supporter, puis à surmonter certains de ses problèmes, comme le fait d’être au chômage.

Ne pas avoir de salaire ne l’empêche pas pour autant de débourser 6 000 dinars par mois pour ces quatre séances hebdomadaires à raison d’une heure et demie à deux heures par séance. Le sport est sa drogue douce, sa thérapie.

Quand j’ai arrêté le sport pour me consacrer à ma thèse de doctorat, puis à ma soutenance, au bout de deux mois, je ne pouvais plus entrer dans mes jeans et je me sentais horriblement mal dans ma peau

« Quand j’ai arrêté pour me consacrer à ma thèse de doctorat, puis à ma soutenance, au bout de deux mois, je ne pouvais plus entrer dans mes jeans et je me sentais horriblement mal dans ma peau », dit-elle. C’est l’un des coachs de la salle qui l’a encouragée à reprendre le sport. « Je me suis réinscrite directement pour quatre séances par semaine », dit-elle.

La séance est une série d’exercices sur vélo, sur tapis, puis sur d’autres machines pour travailler abdos, fessiers, lombaires, etc… « On termine selon le programme par le squat, la musculation du haut et du bas ou un quart d’heure de gainage », explique-t-elle. Pour Amel, une journée sans sport est une journée perdue et triste.

Le semi-marathon fini, les rues de la ville sont de nouveau livrées aux automobilistes. Les sportifs rentrent tranquillement chez eux, fatigués mais heureux. Ils se sont donné rendez-vous à la prochaine course et se sont juré d’être plus nombreux et plus déterminés que jamais.