Politique

Mali : qui Assimi Goïta a-t-il désigné pour organiser les Assises nationales ?

Le président de la transition a annoncé la composition du Panel de personnalités chargé d’encadrer les Assises nationales de la refondation. Plusieurs membres du régime déchu d’Ibrahim Boubacar Keïta en feront partie.

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Par - à Bamako
Mis à jour le 30 octobre 2021 à 10:37

Le Premier ministre malien Choguel Kokalla Maïga, ici à Bamako, le 16 octobre 2021, cristallise les critiques au sujet des « Assises nationales de la refondation ». © Nicolas Réméné pour JA

Le 26 octobre, le président de transition Assimi Goïta a installé le Panel des hautes personnalités qui siègeront lors des « Assises nationales de la refondation » qui doivent se tenir du 20 au 26 décembre prochain. Un pas de plus vers la tenue de ce rendez-vous qui cristallise les critiques, certains le percevant comme un moyen de prolonger la transition et de repousser les élections prévues initialement en février 2022.

Une frange importante de la classe politique malienne a ainsi déjà annoncé qu’elle n’y participerait pas. Pour le parti Solidarité africaine pour la démocratie et l’indépendance (Sadi), d’Oumar Mariko, ces « assises budgétivores » sont « un prétexte du Premier ministre pour contenter le reste du clan et un alibi pour prolonger la durée de la transition ».

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Faisant fi de ces attaques, les autorités sont décidées à passer à la vitesse supérieure, quitte à donner l’impression de vouloir passer en force. Dans l’entretien qu’il avait accordé à Jeune Afrique, le 16 octobre dernier, le Premier ministre Choguel Maïga avait déjà balayé les critiques, assurant que les tenants de la politique de la chaise vide étaient « tous des tenants de l’ancien régime ».

« D’autres ont changé d’avis pour des raisons crypto-personnelles. Si ceux-là ne veulent pas participer, soit. Le consensus, ce n’est pas l’unanimité. Mais ceux-là ne pourront pas dire qu’ils n’ont pas été démarchés, car nous sommes allés voir tout le monde et continuerons de le faire pour expliquer le bien fondé des Assises nationales de la refondation », avait-il ajouté.

Zeyni Moulaye président

L’installation de ce Panel des hautes personnalités est la première concrétisation de cette volonté politique. Chargé de préparer les assises, ce conseil sera notamment chargé de conduire les concertations avec les forces politiques et sociales et d’élaborer le règlement intérieur. Et à l’issue de l’événement, c’est à lui que reviendra la charge de soumettre un rapport à Assimi Goïta.

Composé en tout de dix-neuf membres, le Panel est dirigé par Zeyni Moulaye, 67 ans, qui était jusqu’ici conseiller spécial du chef de la junte. Après avoir été ministre des Affaires étrangères dans le premier gouvernement de Moctar Ouane, il a été reconduit, en mai dernier, dans le très éphémère gouvernement nommé quelques heures avant le second coup d’État. Cet ancien ambassadeur du Mali en Arabie Saoudite est présenté dans les cercles du pouvoir comme une « personnalité consensuelle, respectée et au-dessus de la mêlée ». D’autres, au contraire, évoquent son passé de ministre des Transports [1989-1991] sous le pouvoir monolithique de Moussa Traoré pour indiquer qu’il ne saurait incarner le Mali Kura [nouveau Mali] promis par les autorités de transition.

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Trop d’anciens proches d’IBK ?

L’une des critiques récurrentes qui vise le Panel est d’ailleurs le fait qu’il soit constitué d’anciens membres du régime déchu d’Ibrahim Boubacar Keïta. « C’est un faux débat. Le rôle dévolu à ces personnalités exige une grande expérience et une connaissance profonde du pays. Or, Zeyni Moulaye fait quand même partie de ces cadres, intellectuels chevronnés et rompus à l’exercice des fonctions technocratiques. Il maîtrise son domaine, notamment les questions sécuritaires », estime Mohamed Ag Assory, analyste politique.

Parmi ces personnalités figure également Mohamed Alhousseyni Touré. Le 13 avril dernier, il avait été nommé secrétaire permanent du Comité d’orientation stratégique (COS) sur les réformes politiques et institutionnelles. Sous IBK, il a été d’abord directeur de cabinet du président de la République puis secrétaire général de la présidence entre 2013 et 2016. Un poste qu’il avait déjà occupé sous Moussa Traoré, entre 1983 et 1987.

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Décrit à l’époque comme un proche d’IBK, Mohamed Alhousseyni Touré n’en a pas moins rompu brutalement avec l’ancien président malien en 2016. Technocrate discret, plusieurs fois ministre, fort d’une expérience de diplomate et ancien fonctionnaire international – à la Banque mondiale – , il connaît en outre très bien les acteurs et les rouages de la scène politique malienne.

À ces caciques installés à la tête de ce « conseil des sages » s’ajoutent les anciens ministres Marie Madeleine Togo et Seydou Idrissa Traoré ainsi que Sanogo Aminata Mallé, médiateur de la République. Des personnalités de la société civile ont également été nommées, parmi lesquels l’avocat Amadou Tieoulé Diarra et l’ancien secrétaire général du Haut conseil islamique malien Mamadou Diamoutani – qui fut également président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni). Enfin, la junte a désigné le général Yamoussa Camara, officier à la retraite qui a été nommé en septembre dernier secrétaire permanent du Conseil de sécurité nationale.

« Demande pressante »

Le Panel aura sous son autorité une Commission nationale d’organisation, chargée, entre autres, de conduire la préparation scientifique, matérielle et logistique des assises. Elle sera présidée par Mamadou Hachim Koumaré, ancien ministre.

« Les assises sont une demande pressante des populations », a assuré Choguel Maïga, affirmant que « ses conclusions seront exécutoires » et promettant que « des lois seront prises, des dispositions (…) constitutionnalisées ». Et si le gouvernement de transition ne parvient pas à tout traduire dans le domaine législatif avant que le pouvoir ne soit rendu aux civils, le Premier ministre l’a promis : ce qui n’aura pas pu être fait « sera transmis au futur gouvernement ». Reste à savoir quand celui-ci sera effectivement mis en place…