Économie

Tanger, Lagos, Mombasa : les ports africains face au renchérissement du fret maritime

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Mis à jour le 17 novembre 2021 à 15:51

Déchargement et chargement de containers de l’entreprise CMA CGM, dans le port de Dakar, au Sénégal. © Sylvain Cherkaoui pour Jeune Afrique

Entre pénurie de conteneurs et embouteillage sur les routes maritimes, les coûts de transport vers les ports du continent connaissent une envolée.

Avant la pandémie, le tarif du fret maritime depuis la Chine jusqu’en Afrique s’élevait à 1 400 dollars américains en moyenne pour un conteneur de 40 pieds. Les prix oscillent désormais autour de 5 000 dollars sur le marché spot (hors contrats de transport à long terme), selon un expert du secteur consulté par Jeune Afrique. Un chiffre qui illustre la crise en cours dans le secteur de l’affrètement, particulièrement visible sur le continent.

Désorganisation des chaînes d’approvisionnement

La principale raison de cette flambée des prix est simple : une demande bien plus importante que l’offre. Depuis l’assouplissement des restrictions liées à la pandémie, la relance de l’économie mondiale est enclenchée. Ainsi, le système d’infrastructure portuaire est submergé par les demandes simultanées d’affrètement. D’autant plus que plusieurs navires remplis de cargaisons restent, depuis des mois, amarrés dans des ports chinois temporairement à l’arrêt, à cause des restrictions sanitaires et du ralentissement de l’activité mondiale.

Cette combinaison de facteurs a désorganisé les chaînes d’approvisionnement, en créant des embouteillages sur les routes maritimes et des décalages conséquents entre les demandes de transport et le traitement de ces dernières. D’après des données récoltées auprès de l’Association internationale des ports (IAPH), en juillet 2021, 116 ports faisaient face à des problèmes de congestion et 328 navires attendaient devant des ports à travers le monde.

En 2020, au Nigeria, les exportateurs ont perdu quelque 218 millions de dollars

En Afrique, les ports de Tanger, Port-Saïd, Durban, Lomé, Lagos et Mombasa – respectivement au Maroc, en Égypte, en Afrique du Sud, au Togo, au Nigeria et au Kenya –, sont particulièrement exposés.

Coût de fret mondial par conteneur. Dollar US par conteneur équivalent 40 pieds

Coût de fret mondial par conteneur. Dollar US par conteneur équivalent 40 pieds © Source : Fitch Ratings

Changements de route forcés

Rien qu’au Nigeria, au cours de l’année écoulée, les exportateurs ont perdu environ 218 millions de dollars en denrées périssables et autres produits endommagés en raison de l’engorgement du port d’Apapa, selon la presse locale.

Nous sommes parfois obligés de ramener des conteneurs vides

Des difficultés conjoncturelles qui s’ajoutent, dans certains cas, à des inefficacités opérationnelles plus structurelles. Résultat, les transporteurs CMA CGM et Maersk, dont les navires ont l’habitude de faire escale dans les ports de Lagos (Apapa et Tincan Island), ont dû changer de route et passer par le port moins engorgé de Pointe-Noire, au Congo, depuis août 2021, note le rapport la société de conseil néerlandaise Dynanmar.

La société d’analyse de données Alphaliner a révélé, elle, que la capacité des services de ligne à destination et en provenance de l’Afrique a diminué de 6,5 % en 2021 par rapport à l’année précédente. Par exemple, la compagnie MSC a transféré 13 000 conteneurs de 20 pieds des routes commerciales africaines vers le Pacifique, où le transport continental est plus fluide.

En effet, le continent continue de pâtir de sa moindre rentabilité pour les armateurs, les flux d’importations y étant bien plus importants que les volumes d’exportations. « Le but, c’est de ne pas ramener des conteneur vides. Pourtant, en Afrique, nous sommes parfois obligés de le faire », commente un bon connaisseur du secteur.

Vers une régionalisation des échanges?

Alors que cette crise des conteneurs met en lumière les points faibles du commerce sur le continent, les experts tablent de plus en plus sur une régionalisation des échanges en Afrique dans le cadre de la Zone de libre-échange continental africaine (Zlecaf), entrée en vigueur en début d’année.

À l’image du groupe CMA CGM, plusieurs transporteurs misent de plus en plus sur le transport régional, grâce au développement des solutions intermodales. « Il ne suffit pas d’investir dans des terminaux en eau profonde, il faut accompagner ce développement par une véritable stratégie à l’intérieur du continent », assure Pascal Hirn, directeur des lignes Afrique chez CMA CGM.

« Aujourd’hui, pour exporter dans un autre pays du continent, un producteur africain doit compter 2 euros du kilomètre. Un handicap considérable qu’il faudra dépasser, pointe l’expert du secteur sollicité. Nous desservirons de plus en plus les nombreux fleuves qui traversent le continent et les routes intérieures pour favoriser un commerce de proximité rentable.»