Politique

Maroc : de Mehdi Bennouna à Zineb El Rhazoui, Driss Ajbali distribue hommages et coups de chicotte

Dans « Figures de la presse marocaine », le médiateur de l’Agence marocaine de presse (MAP) dresse les portraits des grandes figures qui ont incarné le journalisme marocain depuis l’indépendance.

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Mis à jour le 28 octobre 2021 à 17:15

Driss Ajbali, médiateur de l’Agence marocaine de presse (MAP). © MAP

L’épaisseur du volume proposé est à la mesure de l’ambition de l’exercice : un annuaire biographique de 573 pages, avec plus de 200 portraits de personnalités éclectiques et parfois clivantes.

Sociologue de formation, Driss Ajbali, actuel médiateur de la MAP, avoue d’emblée écarter la méthode scientifique pour laisser libre cours à une subjectivité assumée tout au long de son travail.

Subjectivité assumée

L’objectif est en apparence simple : évoquer les figures qui ont marqué la presse marocaine et leur rendre une manière d’hommage. En l’espèce, il faut bien le constater, l’hommage tourne souvent à la distribution de coups de chicotte, non sans y mettre la forme.

L’ex-journaliste de Charlie Hebdo se voit reprocher de s’être constitué une rente médiatique avec l’attentat de 2015

C’est à Zineb El Rhazoui qu’Ajbali réserve ses traits les plus acérés. Qualifiée d’« hystérique capable de suivre tous les courants […] tel un poisson mort », l’ex-journaliste de Charlie Hebdo, reconvertie depuis en égérie de la laïcité française, se voit reprocher de s’être constitué une rente médiatique avec l’attentat de 2015 contre le journal satirique.

Catherine Graciet, au cœur d’une affaire de chantage présumé contre Mohammed VI avant la sortie de son ouvrage Le Roi prédateur, voit pour sa part son parcours qualifié de « sordide et vénal ». Ultime délicatesse, cette fois à l’endroit du journaliste marocain Omar Brouksy, auteur de Maroc, les enquêtes interdites (Nouveau Monde éditions) : « Il croit faire du journalisme, il ne fait que l’éloge du ressentiment. »

Mais l’ambition initiale semble atteinte. L’auteur retrace en introduction l’histoire de la presse francophone et arabophone au Maroc, qu’il divise en trois âges. D’abord celui du mouvement national, de 1959 à 1990, quand les principaux détenteurs de journaux étaient de fortes personnalités politiques, telles que Allal El Fassi ou Mehdi Ben Barka.

« L’invasion des imbéciles »

Viennent ensuite les années 1990 avec l’arrivée de la presse privée non détenue exclusivement par des hommes politiques. Enfin, depuis les années 2000, ce serait, nous dit Ajbali, l’âge du « nouvel eldorado pour une nouvelle génération que rien ne prédestinait au journalisme ». Sans oublier, bien sûr, l’émergence des réseaux sociaux.

Sur les réseaux sociaux, justement, l’auteur semble quelque peu en décalage avec son époque. Il n’hésite pas à citer le célèbre écrivain italien Umberto Eco, pour qui « l’avènement des réseaux sociaux a contribué à l’invasion des imbéciles ».

Passé ce rappel historique, ce qui ressort à la lecture de l’ouvrage, c’est un amour sincère du Maroc et même, en dépit des descriptions parfois incisives de quelques figures, une certaine forme d’affection pour celles-ci.

Avec sa liste, Ajbali ne prétend pas à l’exhaustivité et traite de figures tantôt médiatiques, comme Tahar Benjelloun ou Leïla Slimani, mais aussi de personnalités qui affectionnent davantage le travail de l’ombre.

En voici quelques-unes :

  • Mehdi Bennouna : « Le père fondateur »

Surnommé ainsi par Ajbali, Mehdi Bennouna, fondateur et premier directeur général de la MAP, estimait que celle-ci est une « source de fierté pour le Maroc ». Il était également journaliste et écrivain. Il a dirigé plusieurs journaux, tels que La Dépêche ou Al-Oumma. Mehdi Bennouna est décédé à Rabat en 2010.

  • Bahia Amrani : « L’étoffe d’une cheffe »

« Là, on est devant quarante ans de journalisme. » D’emblée, le ton est donné pour décrire Bahia Amrani, ou celle qui deviendra présidente de la Fédération marocaine des éditeurs de journaux (FMEJ). Décrite comme une femme de caractère, elle a collaboré à JA, puis a créé son journal d’information Le Reporter.

  • Ahmed Belhaloumi : « Le façonnier européen de la MAP »

D’origine modeste, Ahmed Belhaloumi est l’un des « bâtisseurs de la présence européenne de la MAP ». Fin connaisseur des arcanes du Vieux Continent après avoir passé 21 ans à Bruxelles, il figure aujourd’hui au sein des instances dirigeantes de l’Institut des Hautes Études des communications sociales, basé en Belgique.

  • Abderrahmane Youssoufi : « Le Tanjaoui »

Journaliste pas comme les autres, Youssoufi fut surtout un militant. Un temps rédacteur en chef d’Attahrir, ancien secrétaire général de l’USFP et proche de Ben Barka, il accèdera au poste de Premier ministre en 1998, après plusieurs années d’exil. Abderrahmane Youssoufi est décédé le 20 mai 2020.