Économie

Résilience : pourquoi l’Uemoa s’en sort mieux que la Cemac

Dans la course à la relance, les pays d’Afrique de l’Ouest sont mieux placés que ceux d’Afrique centrale, souligne le dernier rapport de la Banque de France sur la zone franc. Éclairage.

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Par - à Ouagadougou
Mis à jour le 29 octobre 2021 à 12:04

Côte d’Ivoire, Abidjan : vue aerienne du quartier d’affaires du Plateau. © Macareux/ANDBZ/ABACA

L’écart se creuse entre l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale. C’est l’un des constats frappants du dernier rapport sur la zone franc réalisé par la Banque de France et publié le 27 octobre*.

Revenant sur les performances de la Commission économique et monétaire d’Afrique centrale (Cemac) et de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) en 2020, le rapport égrène les difficultés auxquelles ont dû faire face les économies africaines : croissance en berne, chute drastique du produit intérieur brut (PIB) par tête, effondrement des prix du pétrole…

Même si la zone a montré une « relative résilience » en étant l’une des seules au monde à échapper à la récession avec une faible croissance de 0,4 %, « la crise a induit un recul significatif du PIB par tête », décrypte Bruno Cabrillac, adjoint au directeur général des statistiques et des études internationales de la Banque de France, interrogé par Jeune Afrique.

Disparités croissantes

Ainsi, la pandémie a aggravé la pauvreté dans la région, soumise à une forte croissance démographique de 2,5 % par an. Résultat, la richesse par tête d’habitant a dégringolé de plus de 2 %. « C’est significatif et c’est la première fois qu’il y a une telle baisse du PIB par tête dans la zone », insiste Bruno Cabrillac.

La reprise de la croissance sera beaucoup plus lente dans l’espace Cemac

Outre ce point, le rapport met en lumière les disparités croissantes entre une Uemoa qui connaît une belle résilience et une Cemac engluée dans la crise.

« Cela s’explique par une différence importante entre les économies des deux zones. L’une, l’Uemoa, importe du pétrole alors que l’autre, la Cemac, est exportatrice de cette matière première. La chute des prix du baril a frappé durement les pays exportateurs de la Cemac, qui font moins bien que ceux de l’Uemoa », détaille le responsable de la Banque de France.

Si les Comores et l’Uemoa ont maintenu un taux de croissance positif (respectivement 0,2 % et 1,5 %), la Cemac a, elle, basculé en récession (-1,7 %). Les quatre pays dépendants des exportations d’or noir de la zone – Congo, Gabon, Guinée équatoriale et Tchad – ont enregistré des taux de croissance négatifs quand le Cameroun, à l’économie plus diversifiée, s’est maintenu de justesse dans le positif (+ 0,7 %).

Rattrapage

Le même phénomène s’est produit en zone Uemoa, quoique dans une moindre mesure. Le Sénégal, par exemple, dont l’économie est relativement diversifiée, a mieux résisté à la crise que d’autres pays, comme le Mali (-2 %) et le Niger (1,5 %) : son taux de croissance du PIB a baissé de 2,9 points à 1,5 %.

Si les perspectives économiques pour 2021 demeurent incertaines, le rapport estime que la tendance générale devrait être à la reprise, sous réserve d’une amélioration des conditions sanitaires. « Ceux qui ont résisté vont rebondir, quand la reprise de la croissance sera beaucoup plus lente dans l’espace Cemac », prévoit Bruno Cabrillac.

Ainsi, la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) table sur une croissance du PIB de 5,6 % dans l’Uemoa, avec un effet de rattrapage plus marqué dans les pays les plus affectés en 2020, notamment ceux ayant subi la baisse des prix du pétrole comme le Gabon et le Congo-Brazzaville.

Quant à la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), elle anticipe un léger rebond de la croissance de la Cemac, à 1,3 % (un taux toutefois très inférieur à celui de la croissance démographique), grâce à des conditions internes et externes favorables (regain de la demande mondiale, forte reprise des prix du pétrole) mais à condition que tous les pays bénéficient d’un accord avec le Fonds monétaire international (FMI)…

L’accroissement de l’endettement auprès du FMI a augmenté la dette publique extérieure

Le rebond est aussi lié à la capacité à relever quatre défis : progresser sur le plan du développement – la crise sanitaire ayant eu de graves répercussions sur la santé, la pauvreté et l’éducation ; améliorer la réponse au changement climatique ; renforcer l’intégration régionale et muscler la gouvernance, qui reste défaillante au Sahel et dans les pays de la Cemac.

Risque de surendettement

Alors que la réponse des banques centrales (BCEAO et BEAC) a été salutaire, le risque de surendettement s’est en revanche accru.

Le déficit budgétaire est ainsi passé d’une moyenne de 3,9 % du PIB en 2019 à 6,6 % en 2020, avec neuf pays au‑dessus du taux de 9 % contre un seul en 2019.

« Il y a eu une intervention massive des bailleurs, dont le FMI via la facilité de crédit rapide, qui a permis une réponse budgétaire significative de la plupart des pays et une hausse des réserves de changes. Mais l’accroissement de l’endettement auprès du Fonds a augmenté la dette publique extérieure », constate Bruno Cabrillac, pour qui le recours à des financements extérieurs concessionnels devient une urgence.

 

* Rapport économique et financier 2020 sur la Cemac (Commission économique et monétaire d’Afrique centrale), l’Uemoa (Union économique et monétaire ouest africaine) et l’Union des Comores.