Politique

Algérie : Amar Belani, porte-flingue d’El-Mouradia

Après une année sans poste, Amar Belani, plusieurs fois ambassadeur et ancien porte-parole du ministère des Affaires étrangères, fait un retour fracassant en tant qu’envoyé spécial chargé de la cause sahraouie et des pays du Maghreb arabe.

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Par - à Alger
Mis à jour le 9 novembre 2021 à 22:08

Amar Belani, envoyé spécial chargé de la cause sahraouie et des pays du Maghreb arabe. © DR

Le 5 septembre 2021, le président Abdelmadjid Tebboune opère, en concertation avec Ramtane Lamamara, un vaste mouvement diplomatique. Un renouvellement assorti de la création de sept envoyés spéciaux, reflétant les priorités du palais présidentiel d’El Mouradia en matière de politique étrangère : l’antagonisme avec le Maroc, les question africaines, en particulier la géostratégie de l’espace sahélo-saharien et la présidence du comité de suivi de l’application de l’accord d’Alger de paix et de réconciliation au Mali.

Le nom de Amar Belani est le seul proposé pour se charger du Sahara occidental et des pays du Maghreb, deux dossiers sensibles s’il en est après la rupture des relations diplomatiques entre Rabat et Alger.

Il part ainsi en croisade contre « la fiction auto-entretenue  de la marocanité du Sahara »

La nomination de l’ancien ambassadeur d’Algérie à Bruxelles au poste d’envoyé spécial chargé du Sahara occidental et des pays du Maghreb dans un contexte d’exacerbation du conflit entre les deux pays voisins, n’est pas fortuite.

Ami de Lamamra

Le parcours diplomatique d’Amar Belani est truffé de déclarations virulentes envers le Maroc qui reflètent parfaitement le cap actuel d’Alger. Ses proches le décrivent comme un tenant de la ligne dure vis-à-vis du Royaume et un défenseur infatigable du droit du Sahara occidental à l’autodétermination.

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De sa tribune à Bruxelles, lorsqu’il est ambassadeur auprès de la Belgique et de l’Union européenne (2014-2020), il ferraille avec Abdelilah Benkirane sur la question du Sahara, ou s’emploie à faire capoter les accord de coopération entre l’UE et le Maroc.

Il part ainsi en croisade contre « la fiction auto-entretenue de la marocanité du Sahara » ou dénonce « l’argumentaire mensonger et vermoulu [des eurodéputés considérés comme proches du Maroc, NDLR] sur la question du Sahara occidental et une bonne dose d’animosité historique envers l’Algérie de la part de ceux qui n’ont pas digéré l’indépendance, arrachée de haute lutte par le vaillant peuple algérien ».

Un style flingueur qui détonne dans le milieu diplomatique. C’est ainsi qu’il est surnommé, côté algérien, la « bête noire du Maroc », et côté marocain, « l’homme des basses besognes » du pouvoir algérien.

Il qualifie l’ambassadeur du Maroc à l’ONU de « Pinocchio invétéré de la diplomatie makhzénienne »

Ce très proche du ministre des Affaires étrangères Ramtane Lamamra a occupé plusieurs postes d’ambassadeur (Philippines, Thaïlande, Malaisie, Pologne et Lituanie). Il a été également en 2009 porte-parole du ministère des Affaires étrangères, directeur Europe Orientale à la Direction générale Europe de ce département (2000-2004), sous-directeur analyste politique à la direction de prospection et conseiller à l’ambassade d’Algérie à Moscou et Paris.

« Risque d’escalade » avec le Maroc

Auparavant, ce père de trois enfants a été premier secrétaire à l’ambassade d’Algérie à Bucarest, chef de bureau des relations avec l’URSS et membre de la délégation algérienne à de nombreuses réunions de l’ONU (commissions des droits de l’homme et groupes multilatéraux sur le Moyen-Orient).

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Depuis sa nomination, c’est lui qui est chargé de la riposte médiatique contre le Maroc. Et c’est peu dire qu’il prend sa mission à cœur. Dans une tribune publiée sur le site de TSA le 1er septembre 2021, soit quelques jours avant sa nomination officielle, il qualifie l’ambassadeur du Maroc à l’ONU de « Pinocchio invétéré de la diplomatie makhzénienne ».

C’est que l’ambassadeur de Rabat est devenu une cible de choix des officiels algériens après sa sortie en juillet à l’ONU sur « le droit à l’autodétermination du peuple kabyle ».

Il est le premier responsable algérien à riposter à la décision de la France

Quand le Maroc accuse le Hezbollah d’entraîner des éléments du Polisario, Amar Belani assure, fin septembre, que « l’étoffe de certains diplomates marocains est un tissu de mensonges qu’ils tricotent inlassablement ».

Le 22 octobre, après l’ouverture d’une réunion du Conseil de sécurité sur le Sahara, il affirme que « la rupture brutale du cessez-le-feu par les forces d’occupations marocaines et l’annexion illégale de la zone tampon à Guerguerate » font courir un « risque d’escalade sérieux ».

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S’il est envoyé spécial sur le Maghreb, Amar Belani ne manque pas de s’aventurer sur d’autres terrains, comme celui de la relation avec Paris. Il est ainsi le premier responsable algérien à avoir riposté à la décision de la France de réduire de moitié les visas accordés aux Algériens, la qualifiant de « disproportionnée et de malencontreuse » le 28 septembre, renouant pour l’occasion avec un style plus proche des traditions diplomatiques.

Ce jour-là, Amar Belani pallie l’absence du ministre des Affaires étrangères Ramtane Lamamra, qui se trouvait aux États-Unis pour y rencontrer la diaspora algérienne, au lendemain de sa participation au débat général de l’Assemblée générale des Nations unies, qui a pris fin le 27 septembre.

Dernière sortie en date : le 1er novembre, il justifie la décision algérienne de fermer le robinet du gazoduc qui alimente l’Espagne via le Maroc… « Ce pipeline était […] l’expression tangible de notre profonde conviction sur l’importance de l’intégration régionale. » Et de considérer Rabat comme seul responsable de l’échec du « grand Maghreb qu’il a pris en otage à travers la question du Sahara ».