Politique

Coup d’État au Soudan : quatre dates pour comprendre le divorce entre civils et militaires

Mis à jour le 3 novembre 2021 à 09:31

Manifestation contre le coup d’État, le 30 octobre 2021, à Khartoum © MAHMOUD HJAJ/ Anadolu Agency via AFP

Depuis la chute d’Omar el-Béchir en avril 2019, le Soudan était dirigé à la fois par des civils et des militaires. Un mariage forcé émaillé de difficultés, qui ont conduit à une séparation brutale le 25 octobre dernier.

En quelques heures, lundi 25 octobre, les militaires soudanais ont mis fin au fragile équilibre construit après la chute d’Omar el-Béchir en 2019. Premier ministre arrêté, gouvernement dissout, frontières fermées… Emmenés par Abdel Fattah al-Burhane, les putschistes ont repris la part de pouvoir qu’ils avaient, sous la pression, cédé aux civils.

En réalité, depuis près de trois ans, le moteur de la balbutiante démocratie soudanaise était composé de pièces qui n’ont jamais souhaité s’assembler. D’un côté, des civils qui voulaient rompre avec la mainmise de l’armée sur les affaires du pays. De l’autre, des militaires qui tenaient à leur influence et leurs privilèges financiers. Au milieu de tout ça, une économie exsangue et une vie politique chaotique.

Signe d’une absence de cohésion entre les deux parties, la fin de la période de transition, initialement prévue pour 2022, avait été repoussée il y a un an jusqu’en 2023. Un objectif qui reste officiellement celui du général Abdel Fattah Al-Burhane. Les militaires accepteront-ils enfin de céder le pouvoir aux civils ? Le divorce entre les deux forces, acté lundi 25 octobre, semble démontrer le contraire. Il est le résultat de mois de tensions.

• Août 2019 : mauvais départ

Dès les heures qui suivent la signature de l’accord de transition, en août 2019, des interrogations apparaissent. Comme si l’idée que l’affaire finirait par capoter flottait déjà dans l’air. Les militaires, au pouvoir aux côtés d’Omar el-Béchir depuis trente ans, accepteront-ils de faire de la place ? Sur le terrain, la réponse est rapide est sanglante.

Mohamed Hamdan Daglo, chef des FSR (Forces de soutien rapide) – unité paramilitaire sous commandement du redouté NISS (National Intelligence Security Service) – s’illustre en réprimant les civils. Le 3 juin, ses hommes font 108 morts parmi les manifestants venus demander pacifiquement plus de démocratie. L’armée régulière, dirigée par Al-Burhane, est restée passive face au massacre. La réaction de l’opposition civile, réunie au sein des Forces pour la liberté et le changement (FLC) ne se fait pas attendre : elles coupent court aux discussions entamées avec le Conseil militaire de transition. Elles reviendront finalement à la table des négociations un mois plus tard.

• Novembre 2019 : une instance anti-corruption qui dérange

Sous Omar el-Béchir, l’appareil de défense et de sécurité représentait 70 % du budget de l’État. Les militaires à la tête du Soudan profitaient de largesses, comme des exemptions de taxes pour les entreprises, dont ils étaient parties prenantes. Selon Roland Marchal, chercheur au CNRS, la création d’un comité chargé de mettre fin à leurs privilèges est l’une des causes possibles du coup d’État survenu le 25 octobre. Le co-président de ce comité, Mahamat Al-Faki, qui dénonce l’influence de l’armée dans la politique soudanaise, fait d’ailleurs partie des personnes arrêtées au matin du putsch.

• Octobre 2020 : des accords de paix fragiles

En octobre 2020, les autorités de transition civiles et militaires paraphent les accords de paix de Juba, essentiels à la stabilisation du pays. Ceux-ci prévoient notamment que des chefs rebelles soient intégrés au Conseil de souveraineté. Parmi eux, deux membres des FLC. Djibril Ibrahim devient ministre des Finances et Minni Minawi est nommé gouverneur du Darfour.

Mais un an plus tard, ces anciens rebelles se retournent contre leurs alliés. Le 13 octobre dernier, ils dénoncent le manque de place accordé aux groupes armés au sein de la transition et contribuent à l’affaiblissement de leurs alliés. Ces opposants de la première heure du gouvernement de transition sont revenus à leurs antiennes en dénonçant, le 13 octobre dernier, un trop grand nombre de postes ministériels accordés aux civils.

• 21 septembre 2021 : un premier putsch, point de non-retour

Un mois seulement avant le putsch du 25 octobre, une tentative de coup d’État échoue à Khartoum. Les responsabilités ne sont toujours pas établies mais les militaires ont aussitôt pointé du doigt leurs adversaires. Le numéro deux du Conseil souverain, le puissant général Mohamed Hamdan Daglo, dit « Hemetti », a accusé les civils de l’organe de transition d’être derrière ce coup manqué.

Tout aussi véhément, Abdel Fattah Al-Burhane a quant a lui déclaré : « Il n’y a pas de gouvernement élu, et nous sommes les gardiens de la préservation de la sécurité de la patrie ». Il mettra ses paroles en acte le 25 octobre, alors même qu’il était censé céder la tête du Conseil de souveraineté le 17 novembre prochain.