Société

Mali : pourquoi Issa Kaou Djim, fervent défenseur de Goïta, a-t-il été arrêté ?

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Mis à jour le 27 octobre 2021 à 18:24

Issa Kaou Djim le 31 mai 2021, à Bamako. © Nicolas Remene/LePictorium/MAXPPP

Accusé d’avoir eu un « comportement délictuel via les réseaux sociaux », le quatrième vice-président du CNT dort en prison. Il y a quelques jours, il s’en était pris vertement au Premier ministre, Choguel Maïga.

Il a le verbe haut, mais ses positions souvent tranchées ont fini par le rattraper. Sur ordre du procureur près du tribunal de grande instance de la commune IV de Bamako, Issa Kaou Djim, quatrième vice-président du Conseil national de transition (CNT), a été interpellé ce mardi 26 octobre dans le quartier de Lafiabougou Taliko, à Bamako, pour « comportement délictuel via les réseaux sociaux ».

Dans un message transmis au tribunal, le commandant de la brigade de recherches de la rive gauche de Bamako a fait savoir qu’au « terme de son audition et en raison des indices graves et concordants », Issa Kaou Djim avait été placé en garde à vue. Selon nos sources, il a été immédiatement conduit à l’École de la gendarmerie, dit camp 1, située dans le centre-ville de la capitale malienne, et il y a passé la nuit. 

Tard dans la soirée, il a également fait appel à Me Kassoum Tapo, dernier ministre de la Justice du président Ibrahim Boubacar Keïta. Contacté par Jeune Afrique, celui-ci n’a pas souhaité commenter l’affaire en cours. 

Plein de colère

Que reproche-t-on vraiment à ce personnage haut en couleur qui passe pourtant pour être un fervent défenseur du président Assimi Goïta ? Selon les informations que nous avons pu recueillir, son arrestation fait suite à la diffusion d’une vidéo, le lundi 25 octobre, par la radio Joliba FM. Issa Kaou Djim était invité à réagir au communiqué du ministère des Affaires étrangères actant le renvoi du représentant de la Cedeao au Mali, Hamidou Boly, accusé d’être « impliqué dans des activités de déstabilisation contre la transition ».

Le problème, selon Issa Kaou Djim, c’est que Bamako aurait pu demander le remplacement de Hamidou Boly par « les voies diplomatiques sans faire de tapage ». Et d’expliquer qu’il aurait fallu dépêcher « le ministre des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, auprès du président de la Cedeao, pour l’informer que [Bamako] [n’était] pas d’accord avec les activités que mènent Boly ». 

Ancien membre du Mouvement du 5-juin, Issa Kaou Djim en veut à son ancien compagnon de lutte, Choguel Maïga

La vidéo dure sept minutes. Installé dans un fauteuil, vêtu d’un boubou blanc, un chéchia sur la tête, le quatrième vice-président du CNT s’exprime tantôt en bambara, tantôt en français, en esquissant de grands gestes avec les mains. Le ton est accusateur, parfois plein de colère. Un long monologue dans lequel un nom revient avec insistance : celui du Premier ministre, Choguel Maïga.

Ancien membre du Mouvement du 5-juin, Issa Kaou Djim en veut à son ancien compagnon de lutte, dont il fustige les méthodes. Il estime d’ailleurs que Hamidou Boly a été expulsé à cause du chef du gouvernement, à qui il reproche de « tenir un discours irresponsable qui embarque le pays dans l’abîme ».

Sort incertain

Alors que Bamako vit sous la menace de sanctions diplomatiques et économiques, Issa Kaou Djim prévient aussi qu’engager un bras de fer avec la Cedeao pourrait être un pari risqué pour les autorités de la transition. Il ajoute que la crise actuelle est « une fuite en avant venant d’un Premier ministre qui vient de la rue ». « Il faut arrêter, poursuit-il. Nous n’allons pas nous associer à cela. Nous allons appeler toutes les forces politiques dignes à dire non à ce bras de fer contre la Cedeao. »

Très offensif face à Choguel, Issa Kaou Djim demeure néanmoins fidèle au président Assimi Goïta. « La solution est de remercier Choguel et que Assimi prenne toutes ses responsabilités », conclut-il.

Le sort d’Issa Kaou Djim est aujourd’hui incertain. Ses proches espèrent faire valoir l’immunité conférée par son statut de membre du CNT. À condition qu’elle ne soit pas levée : « Selon le règlement intérieur, nous avons une immunité mais elle peut être levée en cas d’accusation d’atteinte à la sûreté et de flagrant délit », confie un membre de l’organe de transition.