Politique

Sénégal : la maire de Dakar, Soham El Wardini, empêchée de se présenter

À la tête de la capitale depuis 2018, Soham El Wardini ne pourra pas concourir lors des prochaines locales. Le résultat d’un nouvel imbroglio au sein de la coalition Yewwi Askan Wi.

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Par - à Dakar
Mis à jour le 26 octobre 2021 à 18:23

Soham El Wardini dans son bureau à l’hôtel de ville de Dakar, en janvier 2019 Soham El Wardini (Senegal), Maire de Dakar, dans son bureau a l’Hotel de Ville, le 28.01.2019. © Youri Lenquette pour JA

Fin de partie pour Soham El Wardini ? Après avoir exercé pendant trois ans la fonction de maire de Dakar – elle avait succédé à Khalifa Sall après la révocation de ce dernier –, cette ancienne professeure d’anglais entendait représenter le mouvement Taxawu Dakar (créé par son prédécesseur) lors des élections locales du 23 janvier 2022. Mais au sein de la coalition Yewwi Askan Wi (Libérer le peuple), qui regroupe notamment Taxawu Dakar et le Pastef d’Ousmane Sonko, un mélodrame inattendu en a décidé autrement.

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Samedi 23 octobre, la commission d’investiture de Yewwi Askan Wi était réunie à Dakar pour recueillir les actes de candidatures de ses membres à la mairie de la capitale. Au total, six dossiers ont ainsi été déposés dans les formes. Mais alors qu’approchait l’heure fatidique (initialement fixée à minuit dans la nuit du 22 au 23 octobre puis repoussée à 16 heures ce samedi-là), aucune trace du dossier de Soham El Wardini !

Candidature manquée

« J’ignorais la tenue de cette réunion, déclare à Jeune Afrique la maire de Dakar, qui assure avoir été prévenue en cours de séance par un élu de la capitale, présent sur place. Quand j’ai été informée de la situation, j’ai rédigé en urgence une déclaration de candidature qu’un proche s’est chargé d’apporter à la commission d’investiture. » Une précipitation d’autant plus incompréhensible que, selon elle, son dossier de candidature était d’ores et déjà bouclé.

Lorsque cet émissaire arrive sur les lieux, il est près de 18 heures. Or l’heure limite pour le dépôt des candidatures avait été fixé à 16 heures. « On m’a dit par la suite qu’une circulaire de la coalition avait fixé cette règle, mais je n’en avais pas eu connaissance. Je l’ai trouvée par la suite sur les réseaux sociaux », indique Soham El Wardini.

Le procès-verbal constatant le dépôt des candidatures reste valable et ne peut en aucun cas être annulé

Cheikh Guèye, maire de la commune de Dieuppeul-Derklé et coordinateur départemental de Taxawu Dakar, déposera le jour même un recours au nom de sa camarade afin de demander l’annulation du procès-verbal de réception des candidatures. Mais deux jours plus tard, le président, le vice-président et le rapporteur de la Commission des investitures de Yewwi Askan Wi lui répondent que « le procès-verbal constatant le dépôt des candidatures, avec les noms y figurant, reste valable et ne peut en aucun cas être annulé ».

Une décision qui signifie que Soham El Wardini est forclose et qu’elle ne pourra briguer le renouvellement de son mandat au nom de Taxawu Dakar/Yewwi Askan Wi. « Je ne veux pas aller à l’encontre de ce qui a été établi », assure, philosophe, l’élue de la capitale, soucieuse de ne pas jeter de l’huile sur le feu. « Moi, rien ne m’ébranle ! », ajoute-t-elle.

Couacs et départs

Reste que le processus adopté par la coalition Yewwi Askan Wi pour désigner le « candidat à la candidature » de maire de Dakar pose question. En effet, selon la charte de la coalition, un seul candidat pouvait être présenté par les différents mouvements réunis dans cette formation créée pour l’occasion au début de septembre. Or Barthélémy Dias, le maire de Mermoz-Sacré-Cœur, avait, lui, pris le train à l’heure et déposé sa candidature dans les délais au nom de Taxawu Dakar – le mouvement de Soham El Wardini.

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Autre bizarrerie : une réunion de Taxawu Dakar est prévue ce 29 octobre pour déterminer qui seront les candidats du mouvement dans chacune des 19 communes de Dakar, mais aussi pour désigner le candidat à la mairie centrale… alors que les dépôts de candidature à ce poste ont été enregistrés six jours plus tôt !

Joint par Jeune Afrique, Cheikh Guèye estime que la réunion n’avait pas pour objet initialement de statuer sur cette question, tout en rappelant que « les candidatures étaient censées émaner de chaque parti ou mouvement et non des intéressés eux-mêmes ». Selon lui, la Conférence des leaders et la Commission nationale d’investiture de la coalition, saisies de la question, devront désormais se prononcer sur ce contentieux.

Ce couac au sein de Yewwi n’est pas le premier depuis sa création, pourtant récente. Le jour même de sa conférence de presse inaugurale, la coalition – qui se voulait XXL – avait déjà enregistré les départs inopinés du Parti démocratique sénégalais (Abdoulaye Wade), d’AJ-PADS (Mamadou Diop Decroix) et de la Convergence démocratique Bokk Gis Gis (Pape Diop). Et en octobre, plusieurs sections communales et coordinations départementales de Pastef-Les Patriotes avaient également annoncé leur décision d’en sortir.

Manifestement échaudé par la boulimie d’Abdoulaye Wade, Pape Diop vient d’annoncer son départ de Wallu Sénégal

Des déclarations qui ont obligé le président du parti, Ousmane Sonko, à taper du poing sur la table, le 22 octobre : « Ces décisions sont prises sans aucune concertation avec le bureau politique, qui est mis devant le fait accompli, écrivait-il. Ceci constitue une violation flagrante des règles d’organisation, de fonctionnement et de discipline interne du parti. »

Quant à la seconde coalition de l’opposition, Wallu Sénégal, qu’avaient fondé le 8 octobre les déçus de Yewwi Askan Wi, elle rencontre, elle aussi, des difficultés. Pape Diop, ex-maire de Dakar, ancien président de l’Assemblée nationale et ancien président du Sénat, vient en effet d’annoncer qu’il en claquait la porte, manifestement échaudé par la boulimie de l’ex-président Abdoulaye Wade, qui revendique une représentation hégémonique du PDS dans 42 des 46 départements du pays.

À ce rythme-là, l’union tant attendue de l’opposition risque fort d’avoir du plomb dans l’aile le 4 novembre, date limite de dépôt des listes pour le scrutin à venir.