Politique

Union pour la Méditerranée : à quoi sert-elle encore ?

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Mis à jour le 27 octobre 2021 à 10:08

© Ainhoa Goma/UPMSenior Official’s Meeting in Barcelona21 October 2021, UPM © © Ainhoa Goma/UPM Senior Official’s Meeting in Barcelona 21 October 2021, UPM

Un « machin » de plus pour certains, un outil de coopération indispensable pour d’autres : le bilan de l’UpM, lancée en 2008 par Nicolas Sarkozy, paraît en tout cas bien éloigné de ses objectifs initiaux.

« C’est un grand espoir que nous avons commencé à faire naître, tous, à notre place. Cet espoir, on n’a pas le droit de le décevoir. Cet espoir, il porte un nom, la paix, la paix et encore la paix. Cela, c’est la feuille de route pour chacun d’entre nous. »

C’est par ces mots que Nicolas Sarkozy donnait naissance à l’Union pour la Méditerranée (UpM), lancée en grande pompe lors d’un sommet à Paris en 2008, dans la continuité du Processus de Barcelone, initié en novembre 1995, soit quasiment vingt-six ans d’existence.

À défaut de peser sur les débats politiques, le travail de l’UpM est très axé sur les questions climatiques

Treize ans plus tard, entre les joutes verbales franco-algériennes, la crise entre le Maroc et l’Espagne en mai, les tensions gréco-turques, la crise que traverse le Liban, la rupture des relations entre Rabat et Alger, les inquiétudes sur la démocratie tunisienne, « la paix, la paix et encore la paix » devra attendre dans l’espace méditerranéen.

Une « machinerie technocratique dont la vie est animée essentiellement par la réunion de hauts fonctionnaires », fruit d’une initiative « franco-française sans concertation préalable » qui en font un projet « mort-né » : si le bilan de l’institution dressé par Béligh Nabli, chercheur associé au CERI de Sciences-Po, est bien sévère, c’est que l’UpM ne semble remplir aucune des missions qui lui ont été assignées en 2008. « L’idée de départ a beaucoup évolué », concède son secrétaire général, Nasser Kamel, dans les colonnes de JA en 2019.

Questions climatiques

Les objectifs énoncés dans la déclaration de Barcelone – « créer un espace de paix, de stabilité, de sécurité et de prospérité économique partagée, dans le plein respect des principes démocratiques, des droits de l’homme et des libertés fondamentales, tout en favorisant la compréhension entre les cultures et les civilisations de la région euro-méditerranéenne » – paraissent bien loin des ambitions, aujourd’hui plus modestes, de l’institution régionale.

L’UpM comprend les 27 États-membres de l’UE et 15 pays méditerranéens [Albanie, Algérie, Bosnie-Herzégovine, Égypte, Israël, Jordanie, Liban, Mauritanie, Monténégro, Monaco, Maroc, Palestine, Syrie, Tunisie et Turquie]. La Ligue des États arabes a participé à toutes les réunions depuis 2008 et la Libye dispose d’un statut d’observateur.

À défaut de peser sur les débats politiques, le travail de l’UpM est très axé sur les questions climatiques. Pour François Guerquin, directeur du Plan Bleu, l’un des Centres d’activités régionales du Plan d’action pour la Méditerranée du Programme des Nations unies pour l’environnement, les questions climatiques ne figuraient pas nécessairement dans le projet initial de l’UpM, mais elles « ont rendu possible la création d’un réseau et d’une interface permettant de faire travailler des gens d’une multitude de pays sur différents thèmes », plaide-t-il.

Pour faire avancer la coopération, il faut commencer par les sujets sur lesquels on est d’accord

Pourtant, pendant la vague d’incendies qui a frappé le pourtour méditerranéen cet été, l’UpM n’a pas été particulièrement remarquée pour sa mobilisation et sa réactivité. C’est que, loin d’être un espace de dialogue entre des États méditerranéens antagonistes, le fonctionnement de l’institution paraît surtout tributaire de l’état de leurs relations.

« Pour faire avancer la coopération, il faut commencer par les sujets sur lesquels on est d’accord, sinon, on ne fera aucun progrès dans aucun domaine, pas même les plus consensuels », explique le secrétaire général adjoint de l’UpM, Isidro González Afonso, contacté par JA.

Le volet technocratique, particulièrement actif dans la mise en place de projets environnementaux et dans l’adoption de déclarations d’intention, a largement pris le pas sur l’action politique et diplomatique.

En ce qui concerne les députés européens, censés incarner au premier plan l’UpM à travers son assemblée représentative, plusieurs d’entre eux, de tous bords politiques, ont confié à JA se sentir très peu concernés par les actions de l’institution. La crise sanitaire a aussi freiné le rythme de travaux parlementaires déjà relégués au deuxième, voire au troisième plan des préoccupations des eurodéputés.

Perte de motivation

Pour l’actuel député européen François Alfonsi (Groupe des Verts), qui siégeait déjà de 2009 à 2014, la pandémie a certes joué un rôle, mais l’activité de l’UpM n’est de manière générale « pas flamboyante ».

Il constate une perte de motivation grandissante des protagonistes concernés. Et l’UpM étant ce que les États-membre décident d’en faire, force est de constater qu’elle ne rencontre qu’un écho limité au sein de la représentation politique.

« J’entends la critique sur le manque d’efficacité de l’Union, mais j’ai envie de leur répondre [aux représentants politiques] : que faites-vous pour que l’UpM soit davantage représentée ? » rétorque de son côté François Guerquin.

Les difficultés de l’institution tiennent à sa structure même selon Béligh Nabli, qui explique qu’elle n’a pas été conçue comme un instrument de coopération politique, mais bien comme un outil fonctionnel, une plateforme permettant la mise en œuvre de projets techniques.

Si l’institution n’existait pas, il faudrait la créer, car son besoin est existentiel

« La limitation de l’UpM liée à sa réalisation formelle ne correspond pas à l’ambition initiale définie par Nicolas Sarkozy, qui s’est heurté à un déficit de volonté politique, principalement venu de l’Allemagne, d’instituer un véritable outil de coopération méditerranéen », poursuit Béligh Nabli.

Interrogé par JA sur le manque de volonté politique de l’UpM, son secrétaire général adjoint, Isidro González Afonso, nuance : « Toute initiative est positive. Si l’institution n’existait pas, il faudrait la créer, car son besoin est existentiel », estime-t-il.

Travailler ensemble

« Elle est la seule organisation qui couvre toute la Méditerranée, et les enjeux sont très importants », poursuit le secrétaire général adjoint. Loin des considérations politiques, elle a su faire naître de nombreux projets de coopération et des plateformes de dialogue ces dernières années. Elle a entre autres lancé en novembre 2020 la « Journée de la Méditerranée ».

Dernier événement en date, celui du 4 octobre 2021, au cours duquel 42 ministres des États membre de l’UpM se sont rassemblés au Caire à l’occasion d’une Conférence sur l’environnement et le climat. À l’issue de cet événement, une déclaration a été adoptée, qui introduit une série d’engagements pour lutter contre le dérèglement climatique.

Et Isidro Gonzàlez Afonso de rappeler que l’UpM est une organisation jeune qui a permis de faire travailler ensemble Israël et la Palestine, ou encore le Maroc et l’Algérie.