Politique

Mali : pourquoi Hamidou Boly, le représentant de la Cedeao, est sommé de partir ?

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Mis à jour le 25 octobre 2021 à 17:43

Hamidou Boly, représentant spécial de la Cedeao au Mali © Emmanuel Daou Bakary pour JA

Personnage central dans les négociations entre l’organisation ouest-africaine et les autorités de transition, Hamidou Boly a appris ce 25 octobre qu’il avait 72 heures pour quitter le Mali. Bamako l’accuse de tentative de « déstabilisation ».

L’annonce est tombée comme un couperet. Dans un communiqué publié ce lundi 25 octobre, le gouvernement du Mali a déclaré « persona non grata » Hamidou Boly, le représentant spécial de la Cedeao dans le pays pour « agissements incompatibles avec son statut ».  Le document notifie également que cette décision intervient après plusieurs mises en gardes adressées à l’intéressé à travers sa hiérarchie.

Hamidou Boly est sommé de quitter le pays dans un délai de 72 heures. Convoqué dans la matinée au ministère des Affaires étrangères et de la coopération, il l’a appris par un officiel de haut rang du cabinet de Abdoulaye Diop. Alors que ce diplomate était devenu une figure centrale des discussions entre la Cedeao et le pouvoir malien, que s’est-il passé ?

« Déstabilisation contre la transition »

« Nous n’avons pas de problèmes avec les décisions qui ont été prises ces derniers temps par la Cedeao, explique Abdoulaye Diop à Jeune Afrique. Les faits qui lui sont reprochés n’ont rien à avoir avec l’organisation. C’est plus grave : l’intéressé est impliqué dans des activités de déstabilisation contre la transition, nous avons des preuves. Il est en contact avec des groupes issus de la société civile et avec des partis politiques qui visent à déstabiliser la transition en cours. C’est à cet agenda qu’il répond, non à celui de la Cedeao. » Le ministre précise que les autorités maliennes ont déjà informé, il y a plusieurs mois,  la présidence et la commission de l’organisation des « activités » de leur représentant au Mali.

Il n’a jamais été conciliant. À chaque fois que des propositions étaient faites, il en prenait le contre-pied

Selon nos informations, Hamidou Boly était dans le viseur des autorités maliennes depuis longtemps. Ses prises de positions ont souvent dérangé le pouvoir de transition. « Cela remonte à la période du Comité national pour le salut du peuple [CNSP, constitué après le coup d’État contre Ibrahim Boubacar Keïta, en août 2020], bien avant que les autorités officielles ne soient nommées. Il n’a jamais été conciliant, et à chaque fois que des propositions étaient faites, il en prenait le contre-pied », confie à Jeune Afrique un cadre de l’ancien gouvernement. Le franc-parler d’Hamidou Boly en agaçait plus d’un. « Dans les négociations entre les autorités de transition et la communauté internationale, on disait souvent que le représentant de la Cedeao nous heurtait », poursuit cette source.

Bras de fer

Arrivé au Mali en juillet 2019, ce professeur burkinabè agrégé des Cames s’était pourtant montré à l’aise dans son costume de diplomate au plus fort de la crise. Au lendemain du second coup d’État, le 24 mai, c’est lui qui a accueilli la délégation de la Cedeao, conduite par l’ancien président nigérian, Goodluck Jonathan, dépêché en urgence à Bamako. C’est à ses côtés que celle-ci s’est rendue à Kati pour s’entretenir avec l’auteur du nouveau putsch, Assimi Goïta, et rencontrer le président déchu, Bah N’Daw, et son Premier ministre, Moctar Ouane, tous deux mis aux arrêts.

Dans son communiqué, Abdoulaye Diop a réaffirmé la « volonté du gouvernement à maintenir le dialogue avec la Cedeao ». L’organisation ouest-africaine qui, depuis le renversement d’Ibrahim Boubacar Keïta, s’est montré ferme avec les nouvelles autorités, n’avait pas réagi en fin d’après-midi ce lundi 25 octobre. Alors que l’exécutif malien ne cache plus sa volonté de reporter le scrutin exigé par la communauté internationale le 22 février prochain, cet incident ne devrait pas améliorer leurs relations.