Politique

Ceni en RDC : pourquoi les négociations entre Tshisekedi et Katumbi ont échoué

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Mis à jour le 22 octobre 2021 à 18:06

Felix Tshisekedi et Moïse Katumbi. © MONTAGE JA : Tchandrou Nitanga / AFP ; Yasuyoshi CHIBA / AFP

Quelques jours avant que Denis Kadima ne soit désigné pour diriger la commission électorale, des discussions ont eu lieu entre le camp présidentiel et celui de l’ex-gouverneur. Des tractations confidentielles révélées par Jeune Afrique.

Alors que tous les regards sont désormais tournés vers Félix Tshisekedi, qui doit décider dans les prochains jours s’il valide ou non la nomination des membres de la Commission nationale électorale indépendante (Ceni), l’hypothèse d’un départ de Moïse Katumbi de la majorité présidentielle semble progressivement se concrétiser.

Si l’entente entre le camp du leader du parti Ensemble pour la République et celui du président congolais s’est détériorée depuis plusieurs semaines, ce sont les négociations autour du partage des postes au sein du bureau de la future commission électorale qui pourraient conduire à une rupture.

Katumbi face à deux refus

Sollicité pour participer aux discussions, Moïse Katumbi avait préféré dépêcher son discret bras droit Salomon Idi Kalonda. Pour le représenter, le chef de l’État avait quant à lui choisi un trio : le président de l’Assemblée nationale Christophe Mboso, le premier vice-président de celle-ci et président intérimaire de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS, parti présidentiel) Jean Marc Kabund-a-Kabund et le Premier ministre, Sama Lukonde Kyenge.

Alors qu’ils devaient être logés au Fleuve Congo Hôtel, où se tenaient les réunions, les émissaires de Moïse Katumbi ont refusé de séjourner dans cet établissement du quartier de La Gombe où étaient installés les membres de la commission paritaire ainsi que les représentants des six confessions religieuses qui ont désigné Denis Kadima à la tête de la Ceni.

Face au blocage suscité par le partage des postes, le camp de l’ex-gouverneur du Katanga aurait, selon l’un des participants aux négociations, tenté de parvenir au compromis suivant : s’il acceptait que Denis Kadima soit désigné président de la Ceni, un membre de son parti devait recevoir en compensation le poste de premier vice-président. Mais cette offre a été rejetée par le trio présidentiel, au motif que les transfuges du Front commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila, qui compte environ 150 députés – alors que Ensemble pour la République n’en a que 70 -, étaient prioritaires pour le poste.

Privé du poste stratégique de numéro deux de la Ceni, Moïse Katumbi a tenté de se rabattre sur le poste de rapporteur. Mais il s’est cette fois heurté au refus de Kabund, qui a estimé que l’UDPS, à l’origine de la formation de l’Union sacrée, devait avoir la priorité pour ce poste, même s’il dispose d’encore moins de députés qu’Ensemble pour la République.

Vers une validation de Tshisekedi ?

Alors qu’on lui prête des ambitions à la prochaine présidentielle de 2023, l’ancien gouverneur conditionne aujourd’hui sa participation au sein de l’Union sacrée à la validation ou non par Tshisekedi des nouveaux membres de la Ceni. L’entourage du président maintient que ce dernier compte malgré tout signer l’ordonnance de nomination.

Parallèlement à ces négociations, les discussions autour de la composition du nouveau bureau de la Ceni ont également agité les sphères diplomatiques. L’ambassadeur des États-Unis, Mike Hammer, s’est ainsi vu refuser un rendez-vous avec Simon Kimbangu, le représentant de l’église kimbanguiste, laquelle est à l’origine de la candidature de Denis Kadima.

Dans une note datée du 15 octobre, à laquelle Jeune Afrique a eu accès, le cabinet du leader religieux précise au diplomate que, pour des « raisons logistiques », la rencontre initialement prévue ne pourra finalement plus se tenir. Le lendemain, l’Assemblée nationale a finalement entériné la nomination des membres de la Ceni.