Politique

Mali : Moussa Timbiné s’émancipera-t-il du RPM ?

C’est l’un des plus éphémères présidents de l’Assemblée nationale du Mali. Arrêté en août 2020 en même temps qu’Ibrahim Boubacar Keïta, son mentor, Moussa Timbiné a créé son mouvement politique en juillet dernier.

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Par - à Bamako
Mis à jour le 25 octobre 2021 à 14:46

Moussa Timbiné, président du mouvement « An Ka Ben », à Bamako, le 18 octobre 2021. © Nicolas Réméné pour JA

Nous retrouvons Moussa Timbiné dans un café de quartier du nord-est parisien. Cela fait déjà plus d’un an qu’Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), dont il fut l’un des plus proches lieutenants, a été renversé et que lui-même a été arrêté. Membre fondateur du Rassemblement pour le Mali (RPM), le parti d’IBK, il n’est plus apparu en public depuis des mois.

Comme nombre de proches de l’ancien président, ce natif de Dè, dans le cercle de Bandiagara, a souhaité « prendre le temps de la réflexion ». Entre Bamako et Paris, il a regardé comment évoluait la transition. « Après mon arrestation, je n’ai pas souhaité m’impliquer directement dans la vie politique, il me fallait un moment d’observation », explique-t-il.

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Fraîchement nommé à la tête de l’Assemblée nationale, Moussa Timbiné est à l’époque le deuxième personnage de l’État. Détenu à Kati pendant cinquante et un jours, dont une vingtaine avec Boubou Cissé, il est également la deuxième personne à avoir été appréhendée par les militaires putschistes en ce matin d’août 2020. Il avait posé ses valises dans la résidence dévolue aux présidents de l’hémicycle à peine deux jours plus tôt.

Moussa Timbiné et IBK se connaissaient depuis longtemps. Le premier, ancien député, a même été considéré comme l’un des fils politiques du second.

Proche de Karim Keïta ?

Au début des années 2000, Moussa Timbiné suit IBK lorsque celui-ci claque la porte de l’Alliance pour la démocratie au Mali-Parti africain pour la solidarité et la justice (Adema- PASJ). Et qu’importe si c’est le parti dans lequel il milite depuis le lycée, où il ferraille également au sein de la très influente Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM).

Pendant les années d’IBK au pouvoir, certains soupçonnent Timbiné de préparer le terrain pour Karim Keïta. « D’aucuns ont vu dans ma désignation la patte du fils du président, qui me plaçait là pour préparer son accession au pouvoir parce qu’IBK était malade. Ce n’était pas le cas, Karim et moi n’avons jamais eu d’autre lien que notre appartenance au même parti », assure aujourd’hui l’intéressé.

Membre fondateur du RPM en 2001, soutien d’IBK à la présidentielle de 2002, il est aussi à la tête d’un « mouvement d’action patriotique » nommé « An Ka Ben » (« rassemblons-nous », en bambara). Un courant politique qui n’est associé à aucune formation, souligne-t-il : « Selon le contexte, les partis ne suffisent pas pour traiter certains problèmes auxquels le Mali est confronté et pour lesquels il faut davantage d’adhésion et de cohésion. C’est pour cela que j’ai souhaité un cadre qui s’établisse au-delà du fait partisan. »

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Dans sa première mouture, le mouvement, devenu politique le 14 juillet dernier, était une plateforme citoyenne. À l’époque où il est créé, en 2015, il affiche un titre bien moins rassembleur : « Antèson », qui se traduit par « nous refusons ». « C’était un mouvement conçu pour veiller sur l’accord de paix d’Alger pour tous ceux – homme politiques, représentants de confessions religieuses ou de différentes ethnies – qui n’étaient pas directement associés aux négociations et souhaitaient avoir voix au chapitre. Je faisais passer leurs observations aux diverses parties prenantes », précise Moussa Timbiné.

Attaché au RPM

Puis le mouvement se politise. S’il reste « très attaché au RPM », dont il est encore membre, l’ancien syndicaliste s’active à épaissir les rangs de son mouvement. Notamment au sein de la diaspora. Au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Burkina, mais aussi dans l’est parisien, dont la communauté malienne représente l’une des plus importantes diasporas africaines de l’Hexagone.

Il a d’ailleurs ouvert une permanence à quelques encablures du café où il nous a donné rendez-vous. « Les Maliens de l’extérieur se sentent souvent plus à l’aise dans des mouvements comme An ka ben. Ils peuvent ainsi contribuer au développement du pays en cohésion avec d’autres compatriotes sans que leur appartenance à tel ou tel parti politique ne les divise », affirme Moussa Timbiné.

Le RPM n’a jamais voulu libérer la parole

Pour certains observateurs, le changement d’étiquette d’An ka ben est surtout le signe d’une prise de distance de Moussa Timbiné avec le RPM. Entre deux cafés, l’intéressé dresse d’ailleurs le bilan d’un parti exsangue, « pris en otage par ceux qui en tiennent les rênes » : « Le RPM n’a jamais voulu libérer la parole, ce qui a freiné son dynamisme. Avant même les législatives, nous avions lancé le renouvellement des structures. Mais une fois la date des législatives fixée [en février et mars 2020], la direction du parti a décidé de surseoir au processus en attendant la fin des élections. Depuis, les débats n’ont pas repris. Lors des scrutins, il y a eu de nombreux crocs-en-jambe, les textes du parti ont été violés par certains. Ce sont des choses qui doivent être tirées au clair », tance-t-il, pointant sans le nommer Bokary Treta, l’actuel président du parti.

Jeu ouvert

« Le premier responsable du parti se permet de proroger le mandat d’une section par-ci par-là, afin de se créer une petite majorité pour, le moment venu, être conforté à la tête de la formation, alors même que les responsabilités dans la crise n’ont pas été adressées », accuse-t-il.

Je pense que l’élection à venir se jouera davantage sur des questions d’hommes que de partis

À 48 ans, Moussa Timbiné a-t-il changé les statuts de son mouvement afin de pouvoir rebondir si le RPM ne se relevait pas de la crise politique qui l’a bouté hors du pouvoir ? À ceux qui voient dans cette prise de distance les prémisses d’une course en solo vers Koulouba, il répond qu’« il ne faut rien exclure ». « Le jeu est très ouvert, poursuit-il. Je pense que l’élection à venir se jouera davantage sur des questions d’hommes que de partis. Mais il faut un leader qui acquière l’assentiment du peuple malien et qui soit capable de fédérer au-delà du fait partisan. »

Moussa Timbiné pourrait-il se lancer en solitaire ou créer la surprise en devenant le prochain visage du RPM pour la présidentielle ? « Je ne suis pas demandeur, mais je serai peut-être preneur. »